R.D. Congo : La marche de protestation avec la présence de “Kabila” et Shadari qui révulse les Congolais

Jeudi, des dirigeants de l’ancien régime de Joseph Kabila ont pris part aux côtés de centaines de marcheurs se réclamant du Front Commun pour le Congo (FCC), à une manifestation dite de « soutien aux “institutions de la République” ».

Par le nombre de personnes qui ont battu le pavé à Kinshasa ce 23 juillet 2020, l’impression de l’étiolement de la côte du régime démocratique issu de l’élection présidentielle du 30 décembre 2019 était en passe de s’installer au sein de l’opinion publique, quoique la mobilisation du FCC, rapportée  –statistiquement s’entend-  aux marches des partisans du chef de l’Etat Félix Tshisekedi quelques semaines plus tôt, avait l’air d’un regroupement résiduel de mécontents.

Il n’en demeure pas moins que compte tenu de l’inclination des Congolais au rejet de la “Kabilie” et à l’adoubement en revanche du nouveau pouvoir dont l’engagement du chef à remettre le pays sur les rails fait quasiment l’unanimité, y compris dans les milieux de l’opposition, de nombreux observateurs ont manifesté leur incompréhension par rapport aux personnes qui ont quand même accepté de participer à la farce de la manifestation du 23 juillet dont tout le monde sait qu’elle avait pour but de  soutenir le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba et la Présidente de l’Assemblée Nationale, Jeannine Mabunda Lioko Mudiayi, issus de la majoritaire parlementaire tronquée que l’ancien régime a imposée au peuple congolais dans le but d’empêcher le régime Tshisekedi de gouverner.

« Les Congolais sont-ils devenus des spécialistes de l’auto-flagellation   pour se remettre à soutenir aussi bruyamment un régime qui a passé son temps à le malmener et à le massacrer depuis son arrivée au pouvoir sous les couleurs de l’AFDL conduite par Kabila père, puis sous celle du PPRD de Kabilla-fils chassé  en  2018 ? », peut-on entendre ou lire ça et là depuis jeudi, aussi bien en RDC qu’à l’étranger où les témoins de la tragédie infligée sans ménagement  par l’ancien régime Kabila aux Congolais, jugent incongru qu’ils puissent exister des Congolais qui, n’ayant plus à craindre des “représailles d’Etat”, Kabila ne tenant plus les leviers du pouvoir pour le faire, continuent toutefois de se comporter comme si son seul souvenir les glaçait d’effroi et les mettait au garde à vous.

« Les Congolais sont devenus des sorciers tellement troublés par leur malfaisance qu’ils ne savent plus ce qu’ils veulent. Ils ont obtenu la démocratie tant recherchée, et les voilà qui tirent sur la démocratie en encourageant la tyrannie », arguent d’autres. Tandis que pour quelques-uns, plus tolérants, « cela a quelque chose de bon,   puisque ça montre le caractère démocratique du régime de FATSHI(*). Ça montre que les Congolais, par leur bulletin de vote, ont réussi à vaincre le despotisme pour installer à sa place une démocratie exemplaire qui laisse l’antagonisme s’exprimer. ».

A ces condamnations à l’unanimité des marcheurs qui ont paradé hier aux côtés des Kabilistes et du candidat de la “coalition FCC” son dauphin à la dernière présidentielle, Emmanuel Ramazani Shadary, viennent se greffer des tentatives d’explication du phénomène : « Ils ont été achetés. C’est pour quelques pauvres dollars qu’ils ont accepté de marcher pour donner l’impression que malgré son caractère odieux, la dictature a laissé des nostalgiques et des partisans en quittant  la tête de notre pays. ».

« Certains d’entre eux ont prétendu que le manque que le régime Kabila a laissé en héritage aux Congolais justifiait toutes les compromissions pour le combler, dussent-ils tendre la main aux Kabilistes pour prélever ainsi indirectement ce que ces derniers ont volés. Ils se disent que c’est sans conséquence, parce que dans les urnes, ils vont faire payer à Kabila l’affront de les avoir transformés en mendiants de leurs propres biens. C’est pour cela qu’on voit certains défiler aux côtés des kabilistes après avoir auparavant marché pour dénoncer la nomination de Ronsard Malonda à la présidence de la CENI »,

analyse sur Facebook  “Jérôme Elonga”, activiste se réclamant du mouvement citoyen Filimbi.

Pour d’autres encore, il faut relativiser, voir  minimiser le nombre des marcheurs du FCC, car « pour la plupart, ce ne sont pas des Congolais, mais les frères rwandais de Hyppolite Kanambe Kazemberembe, alias Joseph Kabila …  Leur accent les a bien trahis, que ce soit quand il parlait le Lingala, le Swahili ou le Français… » assène un autre commentateur sur Youtube.

Aux dernières nouvelles, le personnage faisant partie de la marche qui a été présenté comme Joseph Kabila en personne ne serait autre qu’un quidam que de mauvaises langues disent avoir été désigné par le Comité d’organisation (CQFD) pour “servir de doublure à l’ancien satrape de Kinshasa”. Autrement dit, le Général ancien président n’a pas usé ses souliers sur le macadam de la capitale comme ses partisans.    

(*)  Appellation affectueuse du président Tshisekedi, procédant de l’acronyme  de Félix Antoine Tshisekedi

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