Crimes crapuleux “signés” Amba-boys dans le NOSO : Après Kamto, Dieudonné Essomba tient le régime Biya pour responsable

Pour une fois, Cameroonvoice l’économiste statisticien et Maurice Kamto pourraient s’accorder les violons : le développement infernal  de ce qui fut appelé à ses débuts, en 2016,  « la crise anglophone »,  et qui est devenu depuis un jeu de massacres,  est uniquement le résultat de l’incapacité du régime réactionnaire de Yaoundé d’appréhender opportunément dans leur globalité, les écueils rencontrés pendant l’accomplissement de sa mission et de les gérer conséquemment, plutôt que de les prendre par petits bouts et de les résoudre partiellement et hasardeusement comme il le fait depuis  toujours et par la violence.

Dans une tribune fleuve, l’homme réputé pour l’antipathie qu’il éprouve contre le leader du MRC, dit ses quatre vérités au pouvoir en place au Cameroun dont il est évident que le penchant despotique à réduire tout le monde à penser comme lui –sous peine d’être accusé d’avoir “un agenda caché”- l’a conduit à vouloir pousser les anglophones à admettre que leur mal vivre procédait d’une loi immuable dont la moindre tentative d’amendement serait sacrilège. 

Il faut dire qu’au même moment, en réaction aux assassinats effroyables dans le NOSO, le leader du MRC, Maurice Kamto, rendait public jeudi,  un communiqué dans lequel il affirmait que « le régime en place emporte une lourde responsabilité à l’égard de cette horreur, en raison de son opposition persistante à un règlement inclusif et définitif de la crise qui meurtrit les deux régions anglophones du pays depuis bientôt quatre ans ».

Ci-dessous, la tribune incisive de Dieudonné Essomba

BIENVENUE A L’HORREUR !

Avec la décapitation d’une femme par les Ambazoniens dont la vidéo circule de manière virale sur le NET, nous avons atteint un autre niveau de l’horreur ! Ce n’est pas la mort qui est en cause ici, puisque cette guerre a déjà entraîné au moins 3.000 morts, si on s’en tient à un grand nombre de sources. Un mort de plus ne traduit pas une rupture qualitative dans l’évolution des événements.

C’est la méthode et le message qui sortent de cette scène de décapitation hallucinante d’épouvante et d’horreur! Même les films n’ont pas imaginé quelque chose de plus horripilant. Et ce message parait clair :

« Le citoyen Ambazonien qui soutient l’Armée du Cameroun est un traitre qui sera exécuté publiquement et le Gouvernement colonial du Cameroun sur lequel il compte ne pourra rien pour lui ! »

Si nous lisons dans cette scène un tel message, nous sortons alors de l’émotion pour appréhender les choses dans leur véritable nature. Ce genre de message est commun à toutes les guerres de libération, et singulièrement, dans les Mouvements de sécession qui se prétendent aussi des guerres de libération. Ceux-ci, par leur nature, doivent verser le sang pour obtenir gain de cause, le sang des occupants et le sang des concitoyens considérés comme traitres !

L’indignation ici n’a aucune utilité pratique et en tout cas, aucun effet ! Des rebelles qui prennent des armes pour exiger leur autonomie n’ont aucun besoin de l’avis des autres, ni de leur opinion sur leurs méthodes, car ils croient en une seule chose : leurs armes ! Et le seul but qu’ils poursuivent, c’est nuire à leur adversaire et le contraindre à lâcher prise!

Il ne faut donc pas s’attendre à ce que les Amba Boys se préoccupent du regard qu’on porte sur leurs actes, leur seul désir étant de voir l’Etat du Cameroun sortir de ce qu’ils appellent « leur pays ».

On pourra se scandaliser de ces réalités, mais les états d’âme n’ont jamais résolu un problème dans aucune communauté humaine ! Ce que font les Amba Boys, c’est bien ce que font tous les rebelles du monde entier, suscitant toujours les mêmes : « ils sont violents, ils sont terroristes, ils n’ont aucun mandat du peuple, etc. »

Tous ! Sans aucune exception ! Que ce soit les frères Maccabées livrant un combat à mort contre les Romains dans la Bible, que ce soit les anciens pays colonisés combattant le colon, que ce soit l’apartheid, que ce soit les mouvements autonomistes, la violence contre les forces légales et les soutiens locaux de ces forces a toujours été la même et le discours d’indignation a toujours été systématiquement tenu.

Les cris d’indignation n’ont cependant rien changé dans le cours des événements.

Nous ne changerons donc rien au NOSO à travers cette indignation hyperbolique des actes sanglants des Amba Boys qui participent de leur combat de « décolonisation ». Bien au contraire ! Car, cette indignation, bien loin de les attendrir, suscite leurs réactions de triomphe !

Mais plus fondamentalement, cette émotion généralisée met en évidence l’impuissance totale de l’Etat ! Un Etat qui fanfaronnait sur sa capacité à faire régner l’ordre sur tout son territoire, à appliquer sa loi partout, mais qui, aujourd’hui, se retrouve devant le spectacle des jeunes gens en guenilles qui imposent leur loi et exécutent en plein jour et en pleine rue ses propres partisans, sans qu’il puisse lever le plus petit doigt !

Et c’est justement là l’enjeu ! Il y a quatre ans, l’Etat du Cameroun était puissant et maîtrisait tout son territoire. A la moindre instruction du sous-préfet, la population obtempérait, la queue basse ! Moins de 4 ans plus tard, le Gouvernement en est aujourd’hui à s’indigner comme n’importe quelle ONG parce qu’on tue les gens sur son propre territoire, sans qu’il puisse vraiment réagir ! L’Etat n’existe pratiquement plus au NOSO que comme une force d’occupation, obligé de créer des bunkers partout, à coûts de dépenses faramineuses, alors que sa présence civile est réduite à néant.

Les Villes Mortes, les Rentrées Mortes et les Lockdown sévissent durement. Le Gouvernement a beau vouloir entretenir l’illusion à travers son programme de reconstruction, la répression des fonctionnaires qui ont abandonné le NOSO et les fanfaronnades sur la paix retrouvée, personne ne se fait plus d’illusion sur la perspective d’une fin prochaine des hostilités.

Je n’ai jamais compris comment le Gouvernement du Cameroun s’est laissé engluer dans la mélasse anglophone de manière aussi bête et aussi grossière. Les choses étant pourtant claires au départ : à partir du moment où un seul Anglophone était tombé par les balles du Gouvernement, l’Etat unitaire était mort. Il fallait immédiatement ouvrir les perspectives d’une fédéralisation du pays, de manière à neutraliser les thèses sécessionnistes qui diffusaient dans les milieux anglophones à la vitesse de l’éclair.

Malheureusement, les gens de Yaoundé qui contrôlent l’Etat du Cameroun ne connaissent la vraie définition qu’ils prennent pour une divinité investie de puissance magique, capable d’imposer tout ce qu’il veut à travers son armée et sa police.

Ils ne savent pas qu’un Etat n’est qu’un groupe d’individus organisés, les agents publics, qui s’imposent au reste de la Communauté en justifiant sa légitimité par son rôle de gestion des besoins collectifs.

Cette définition implique d’office que ce groupe usurpateur suscite l’adhésion de tous, l’Armée et la Police n’étant alors que des instruments d’accompagnement et non les instruments qui fondent l’Etat !

Dès lors que l’Etat s’impose par la force et non l’adhésion, il devient immédiatement une force d’occupation. Dans ce cas, les populations occupées vont prendre les armes et supprimer le monopole militaire de l’Etat qui, dès lors, devient menacé dans son existence même.

C’est exactement ce qui s’est passé chez les Anglophones !

Mais en s’appuyant sur de faux exemples, certains ont conduit le Gouvernement du Cameroun à aller imposer une forme d’Etat aux Anglophones, à coup de violence, plongeant le Cameroun dans une terrible mélasse dont il ne pourra jamais sortir indemne. A coups d’arguments philosophiques, ils ont transformé ce qui n’était qu’un problème politique de forme de l’Etat en une guerre coloniale.

Et ça, ça change tout !

Ils se plaignent aujourd’hui que les populations anglophones ne soutiennent pas l’Etat ! C’est normal, puisque, avec leurs méthodes de brutalité, leur absence d’écoute, leurs convictions dogmatiques sur l’Etat, ils ont donné l’image d’un Etat colonial à ces populations!

Comment peut-on espérer le soutien des populations à des forces perçues comme coloniales ?

Les Anglophones ne baisseront jamais les armes et l’Etat unitaire ne pourra jamais les battre. La Sécession anglophone est une affaire de 40 ans et se résoudra soit par une Confédération de fait entre les deux parties, soit par l’indépendance du Southern Cameroon.

Il n’existe aucune possibilité humaine pour que le NOSO revienne sur un Etat unitaire, aussi décentralisé soit-il !

C’est un pur perd-temps !

Et cela, je l’ai dit dès le premier jour: les crimes que nous voyons chaque jour et qui suscite l’indignation ne sont que des broutilles devant le grand événement qui se prépare : l’autonomie ou l’indépendance des Anglophones.

Et le Gouvernement du Cameroun n’a aucun moyen de changer quoi que ce soit dans cette évolution ! Aucun ! Et à force de persister, c’est lui qui va s’effondrer !

Dieudonné ESSOMBA

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