Congo-Brazza : Décès de l’ancien président Pascal Lissouba, victime de la Françafrique (Témoignages)

L’homme à la double carrière intellectuelle et politique très chargée s’en est allé. C’est lundi, 24 août 2020, que l’ancien président congolais Pascal Lissouba, 88 ans, a tiré sa révérence à Perpignan, dans le Sud de la France.

Plusieurs fois ministre et Premier ministre sous le régime du président Massamba Débat, plusieurs fois prisonnier sous les régimes “révolutionnaires” du Commandant André Marien Ngouabi, puis du Général Joachim Yhombi-Opango, il avait, au terme de la seule élection présidentielle démocratique jamais organisée au Congo-Brazzaville, succédé en 1992 au  dictateur Denis Sassou Nguesso. Ironie du sort, c’est le même Sassou qui, à la tête d’une rébellion armée pilotée depuis la France pour le contrôle du pétrole congolais, le renversera en 1997, à l’issue d’une guerre civile hautement meurtrière.

L’Ingénieur Agronome puis Professeur de Génétique qui avait lancé lors d’un meeting politique en février 1992 au palais des congrès de Brazzaville le mémorable  « Je suis venu pour vous servir, et non pas pour me servir » passait pour un nationaliste doublé d’un Panafricaniste en matière de gestion des ressources des pays  africains en général et de son Congo natal en particulier.

Il avait eu le malheur de croire que son pays, ancien pupille de la France dans le cadre de l’Afrique Equatoriale Française (AEF) avait le droit de diversifier ses partenaires extérieurs, notamment en faisant des “affaires pétrolières” avec les plus offrants, à l’instar des Etats-Unis. Ulcérée comme à son habitude en pareille circonstance, la France avait ourdi la violente rébellion de Sassou qui déboucha sur son renversement.

A ce sujet, interviewée par RFI, son ancienne Directrice de Cabinet, Claudine Munari, qui loue « Son grand amour pour notre pays. Sa grande foi dans les Congolais pour faire de ce pays, comme il le disait lui-même, “une petite Suisse” », affirme à ce sujet que « … les guerres chez nous, elles sont souvent préparées d’ailleurs. C’est des complots politiques, parce que ceux qui voulaient à tout prix en découdre ont mis le feu au pays et puis voilà. ».  Et quand nos confrères de la radio française la relancent en lui demandant sa compréhension de l’isolement politique du président Lissouba pendant la guerre civile par son homologue gabonais d’alors, Omar Bongo, et le soutien apporté à son ennemi Denis sassou Nguesso par l’ancien président angolais Jose eduardo dos Santos, elle répond : « C’était sous l’instruction de qui, à votre avis, que l’Angola et le Gabon ont soutenu Sassou-Nguesso ? C’est sous l’instruction de la France et de Elf. À l’époque, c’était encore Elf. ».

La panafricaniste Nathalie Yamb, elle aussi sous le charme de l’autorité morale du Professeur-président  a affirmé, sur Twitter, retenir du défunt un témoignage laissé à la postérité, à propos du pillage des ressources naturelles de son pays par la France.

Pascal Lissouba qui souffrait ces dernières années de la maladie d’Alzheimer avait suspendu ses activités au sein de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (Upads), parti politique qu’il avait créé en juillet 1991 en mettant ensemble plusieurs partis ayant participé à la Conférence Nationale Souveraine, et qui l’avait porté au pouvoir l’année suivante.

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