Cameroun-Démission: Pourquoi Roméo Dika abandonne ses 90 millions à Paul Biya et rejette la médaille… posthume?

Je le dis ouvertement: il est méchant, il ne mérite pas de continuer à diriger le Cameroun.

Prévisible depuis au moins deux ans, le clash final entre l’artiste et promoteur culturel Roméo Dika et le régime de Paul Biya a fini par se produire.

Officiellement la rupture est intervenue le mardi 8 septembre 2020, sous la forme d’une lettre de démission en bonne et due forme servie au Président national du parti au pouvoir, le RDPC.

Monsieur Paul Biya qui est par ailleurs le président de la République se voit ainsi servir par son désormais ancien camarade politique un avis de séparation  dans lequel « le banni de la république » -comme Roméo Dika se nomme dans cette correspondance- décrit avec amertume le dépit amoureux de ses 35 ans de copinage avec une formation politique qui a fait de l’exploitation de l’homme par son semblable, le modèle par excellence de la gestion des relations humaines.

Au passage, le père du célèbre tube de Makossa « A Muto » et du très entraînant « Compréhension » -pour ne citer que quelques-unes de  ses productions à succès- rappelle qu’il y a 16 ans, lors de la campagne électorale pour l’antépénultième réélection de Paul Biya, il s’est risqué pour 90 millions de francs CFA, à charge de rentrer dans ses frais. Malheureusement, depuis lors, il s’entend accuser de chantage,  y compris par celui qui n’est le Directeur du Cabinet Civil du président de la République que depuis quelque trois ans seulement.

Quelques jours avant la publication de sa lettre de démission, Roméo Dika avait tiré le coup de semonce sans pour autant qu’en face on daigne lui apporter un semblant de réponse : «Je préfère devenir un opposant et je vous le dis en
face. Je suis dorénavant un opposant à Paul Biya»
, avait-il lâché le
5 septembre 2020 sur les ondes de la “Radio des Artistes“.

#ctaText??#  Cameroun : Chronique d'une nuit militarisée chez Maurice Kamto

Il expliquait alors : que

«Pendant 16 ans, il (Paul Biya. Ndlr) ne m’a pas payé mon argent. Il ne pouvait pas laisser travailler Franck Biya ou Junior Biya et ne pas le payer pendant 16 ans. Un père ne peut pas le faire à son fils. Je le dis ouvertement: il est méchant, il ne mérite pas de continuer à diriger le Cameroun. Il m’a reçu trois fois en personne, il m’a fait boire du champagne dans sa maison. Il m’a dit: ‘‘rentrez à Yaoundé, je vais payer cet argent’’ […] mais il ne l’a pas fait. Parce que je suis un Duala et il n’aime pas les Duala ».

Roméo Dika quitte donc la barque du régime, au moment où celui-ci s’apprête à faire face à l’une des frondes les plus sérieuses de ses presque quarante années d’existence, et laisse au bon Dieu, Vengeur des faibles et juge entre le faible et l’oppresseur, le soin de disposer de ses 90 millions de francs CFA.

Très avisé du pharisaïsme ancré dans les mœurs des pontes du régime dit du “Renouveau”, Roméo Dika qui a conscience de n’être qu’un mortel, contrairement aux “apiculteurs” du régime qui savent menacer de secouer la ruche et déverser les abeilles sur les mortels qui ne peuvent « pas fuir », a déjà avisé les spécialistes des distributions des distinctions à titre posthume qu’il n’en voudra pas en ce qui le concerne s’il venait à y passer. En tout cas, pas de la part d’un régime qui n’a pas reconnu, de son vivant, sa contribution pour la promotion de la culture camerounaise pendant les trente-cinq années pendant lesquelles il sera allé jusqu’à engranger des lauriers particulièrement  dignes d’éloges (trois disques d’Or et deux disques de Platine,  non sans compter la centaine d’artistes produits par ses soins.

Des réalisations auxquelles il faut ajouter le fait qu’il avait mis sa qualité d’artiste au service du parti au pouvoir, transportant les artistes quand il le fallait,
pour des prestations lors des meetings du RDPC, pi parfois pour le plaisir du prince dans son palais villageois de Mvomeka’a. Son matériel de sonorisation, dit-on, en a quelquefois pâti, et il n’a pas reçu la contrepartie financière, ses interlocuteurs semblant lui faire comprendre qu’il devrait se contenter de se prévaloir de leur insigne amitié.

Ci-dessous la copie de la lettre de démission de  Louis Roméo N’Doumbe Dika au président national du RDPC que Cameroonvoice propose à la lecture de ses visiteurs.

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