Cameroun- Elèves massacrés à Kumba : Pour que force reste à la loi de la violence d’Etat !

Au risque de perdre sa lucidité, il est presque conseillé à tout observateur de toujours lire à l’envers les déclarations du gouvernement au sujet de la crise anglophone.

Des morceaux ensanglantés de cranes éparpillés sur le sol, un thorax déchiqueté par une arme d’une violence indescriptible et qui laisse voir le cœur et les poumons en pleine et intense activité comme s’ils pouvaient par ces seuls battements saccadés maintenir en vie leur “propriétaire”, des flancs transpercés et brûlés à l’arme à feu, des morceaux de bras et jambes arrachés par la violence des tirs à l’arme lourde… Tels sont, de manière résumée, les images (photos et vidéos) de l’horreur qui a plongé samedi 24 octobre 2020 dans une consternation innommable la ville de Kumba dans la région anglophone du Sud-ouest.

Cliquez sur les liens 1, 2, 3 pour regarder quelques images (âmes sensibles s’abstenir)

Les Camerounais qui ont découvert samedi sur les réseaux sociaux ces témoignages muets de la cruauté de l’attaque sont sans voix, face aux souffrances infligées à des élèves par des mains criminelles qui semblent être des mains d’êtres humains. Ils en sont même à espérer que le temps qui passe viendra démentir la nouvelle du massacre des élèves du Mother Francisca Memorial College par de présumés “assaillants séparatistes”.

Ils sont cependant ramenés à la réalité dans toute sa brutalité quand ils sont informés d’une réaction à la radiotélévision d’Etat du préfet du département de la Meme, Ntou’ou Ndong Chamberlain, qui annonce l’interpellation des populations riveraines de l’établissement scolaire, coupables, d’après lui, de n’avoir pas volé au secours des élèves à l’arrivée des terroristes. Et promet que tout sera fait  pour« rattraper par tous les moyens ces gens (les assassins des élèves, ndlr) ». Non sans insister sur le fait que l’école était «non déclarée», avant d’annoncer qu’il donnera des instructions pour que « toutes les écoles du département de la Meme soient déclarées ».

Proposée par Facebook, une autre version de la réaction à chaud et en anglais du “chef de terre” –dont Cameroonvoice n’a pas pu vérifier la véracité-, indique qu’il a ajouté à la liste des personnes devant être interpelées à cause de cette tragédie, les parents d’élèves. Parce qu’ils n’ont rien fait face aux assaillants !

Toujours est-il que la réaction inconséquente et embrouillée du représentant du Président de la république et du gouvernement camerounais  a donné l’impression que cette autorité cherchait à cacher quelque chose à traves son empathie maladroitement feinte et son empressement à pointer du doigt les séparatistes anglophones avant toute enquête.

« Un crime n’est jamais parfait », dit-on. Et il suffit d’un geste ou d’une parole de trop, ou en moins, dans l’optique de s’innocenter, pour que celui qui a quelque chose à dissimuler soit trahi. La menace du préfet a-t-elle donc été celle de trop qui a mis la puce à l’oreille, et occasionné les nombreux questionnements qui fixent les opinions sur les vrais responsables de l’horrible carnage de Kumba ? Peut-être que non ! Peut-être aussi que oui, car en pointant tout de suite le doigt accusateur à la fois sur les sécessionnistes, sur les responsables de l’établissement scolaire et sur les populations riveraines, le préfet a laissé croire qu’il y avait en amont de ce drame, un plan avec des réponses toutes faites aux trois principales questions qui n’allaient pas manquer d’être posées : qui est à l’origine du drame ? Pourquoi ? Et comment cela a-t-il pu être possible ?

La revanche des forces du régime sur les sécessionnistes ?

C’est ainsi que de fil à aiguille, la réaction du Senior Divisional Officer (SDO) de la Meme  a fait germer dans les esprits l’idée que le massacre de Kumba était une sorte de revanche du régime qui avait été pris la main dans le sac en février dernier après le massacre de Ngarbuh, et qui n’avait pu s’en dépêtrer d’une certaine façon qu’en mettant sur pied une commission d’enquête dont les résultats ont plus semé le doute qu’ils n’ont répondu aux interrogations des populations.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois, que le régime tente de susciter la désapprobation des sécessionnistes par la communauté nationale et internationale. On a ainsi vu des horreurs comme le massacre à la machette de la jeune Comfort Tumassang à Muyuka et d’autres qui l’ont suivi entre fin août et septembre, être imputés à de présumés séparatistes par le gouvernement et par des opposants qui ne peuvent le contredire sans risquer d’être arrêtés et accusés devant les tribunaux d’« apologie du terrorisme ». A ce propos, le gouvernement n’avait aucunement fait mystère de sa soif de voir tomber sur les “terroristes” sécessionnistes les condamnations de la communauté internationale et des défenseurs locaux et internationaux des droits de l’homme. Bien plus, avec le concours de ses soutiens tapis dans une certaine “opposition” sponsorisée, le pouvoir avait vivement reproché à ceux qui ne manquent aucune occasion de dénoncer les crimes et exécutions sommaires de ses forces, de ne pas condamner avec la même verdeur les actes imputés sans preuve à « …de présumés séparatistes ». Human Rights Watch et Amnesty International, l’Union Européenne, le Sous-secrétariat d’État Américain aux Affaires Africaines et son titulaire Tibor Nagy furent vivement pris à partie pour leur « soutien au terrorisme visant à terme à balkaniser le Cameroun pour faire aisément main basse sur ses ressources naturelles  ».

En effet, comment ne pas penser que les véritables auteurs du lâche et crapuleux assassinat des élèves de l’Académie internationale bilingue Mère Francisca au quartier Fiango dit “quartier Bamiléké” dans la ville de Kumba, ont choisi cet établissement parce que n’étant « pas déclarée », ce qui aurait permis qu’elle bénéficie de la protection des forces de défense et de sécurité, elle présentait le profil idéal de ventre mou du soi-disant dispositif sécuritaire installé depuis belle lurette dans cette ville qui est l’une des principales bases militaires du secteur militaire du Sud-ouest ?

Comment ne pas penser que des criminels en col blanc ont envoyé des voyous déguisés en sécessionnistes assassiner des enfants pour punir les responsables de l’Académie internationale bilingue Mère Francisca de n’avoir pas fait le « geste qu’il faut » en payant comme d’habitude et/ou comme les autres, la rançon de la protection par les forces gouvernementales ?

Faut-il croire qu’à l’exemple des marchés brûlés pour punir les commerçants de se soumettre au mot d’ordre de cessation des activités lancé par les sécessionnistes, ou encore des hôpitaux incendiés parce qu’ils soignaient des séparatistes blessés lors des combats, l’événement tragique qui a eu lieu dans l’enceinte du Mother Francisca Memorial College était un exemple de punition à la fois des parents qui ont choisi, à l’occasion de la rentrée scolaire 2020-2021 d’envoyer leurs enfants dans les établissements privés et non dans les établissements publics, ainsi que des séparatistes, le leur avaient vivement conseillé par voie de tracts distribués dans les villes du NOSO après qu’ils eurent accepté le principe de ne pas représenter d’obstacle au retour à l’école des enfants des régions en crise ?

Où étaient passés les militaires dont les effectifs ont été considérablement renforcés depuis le déclenchement de la guerre contre les sécessionnistes anglophones, quand des voyous sortis de nulle part cheminaient jusqu’au quartier Fiango -qui est censé bénéficier d’une attention plus accrue des autorités administratives et sécuritaires ne serait-ce qu’en raison de son caractère populeux et populaire- pour y massacrer à l’arme à feu et à l’arme blanche des enfants et s’en sont retournés dans leur maquis sécessionniste ?

N’est-on pas en droit de penser que les vrais auteurs de la tragédie de Kumba sont des éléments des forces spéciales de l’armée camerounaise que le génie de certains pontes illuminés du régime de Yaoundé  ont transformés en “terroristes” ou en “sécessionnistes”, afin de les faire passer pour d’irréductibles sécessionnistes capables de commettre rapts, rackets et autres ignominies contre « ceux qui ne soutiennent pas la “cause” », et ainsi décrédibiliser le combat des véritables sécessionnistes  en semant la terreur  au sein des populations qui se mettraient alors à désavouer des « libérateurs devenus intolérants et plus oppressants que l’oppresseur » ?

Est-il exclu que les “hommes armés non identifiés” qui ont tué à Kumba samedi soient ces individus à la solde de certains anglophones du régime (membres du gouvernement, députés, maires, officiers supérieurs et généraux de l’armée, directeurs généraix de sociétés publiques ou parapubliques, aspirants à une place de choix au sein du sérail…) infiltrés dans rangs des groupes armés pro-séparatistes, pour épier les mouvements des véritables sécessionnistes et les répercuter à leurs commanditaires qui disposeraient alors de données informatives nécessaires pour mettre en déroute leurs adversaires ?

Qui avait intérêt à semer la désolation au sein des populations anglophones qui ont montré depuis belle lurette, malgré toutes les intimidations et violences, qu’elles adhéraient aux mots d’ordres des sécessionnistes plus qu’elles ne s’y soumettaient ? Les séparatistes qui y ont leurs familles et qui, comme le souligne Max Senior dans un de ses posts sur les réseaux sociaux, ont besoin de leur appui, ne serait-ce que lorsqu’au cours d’une altercation ils doivent battre en retraite et bénéficier de la bienveillante discrétion desdites populations, ou bien leurs adversaires qui, quand bien même ils sont des natifs des régions du NOSO, se comportent comme s’ils s’étaient déjà fabriqués une planète à eux où ils se retireraient si le ciel s’effondrait sur les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest.

Cameroonvoice n’osera cependant pas de réponse à ce questionnement –ce n’est pas notre rôle-, celui-ci ne constituant pas des opinions, mais un faisceau de non exhaustif de quelques-unes des pistes et clés proposées pour une compréhension équilibrée, c’est-à-dire éloignée du chœur conformiste qui s’est littéralement déroulé et mis en marche samedi, au point où dans leur excès de zèle, les monstrueux imbéciles qui ont tué des enfants innocents dont le retour à l’école contrariait leurs plans consistant à présenter les sécessionnistes aux yeux du monde comme des fous malades empêchant d’aller à la quête de l’indispensable savoir la jeune génération au nom de laquelle ils mènent leur combat, se sont autorisés à attribuer à Julius Ayuk Tabe, une réaction dans laquelle celui-ci impute à ses successeurs à la tête du gouvernement provisoire de la république fédérale d’Ambazonie, l’exécution des élèves du Mother Francisca Memorial College.

Il est en effet une constante relevée en premier par Cameroonvoice au tout début de ce qui fut appelé « la crise anglophone » : Au risque de perdre sa lucidité, il est presque conseillé à tout observateur de toujours lire à l’envers les déclarations du gouvernement au sujet de la crise anglophone.

Ce n’est donc pas un acte de dénigrement gratuit si, en 2019, après avoir requis l’anonymat, un membre du Comité National des droits de l’Homme et des Libertés (CNDHL, organisme gouvernemental de défense des droits de l’homme créé par le président Biya, mais qui passe le clair de son temps à minimiser les violations des droits de l’homme dont le gouvernement est responsable) déclarait à un reporter de Cameroonvoice que

« Les exécutions extrajudiciaires des anglophones par des éléments de l’armée et de la gendarmerie camerounaises, ce n’est pas un fait nouveau susceptible de constituer un événement. C’est plutôt la juste et stricte mise en application du nouveau postulat du nationalo-patriotisme génocidaire institué par le consortium scélérat des “homo-horribilis” constitué des forces dites de défense et de sécurité ».

A l’époque, le gouvernement clamait toujours le professionnalisme de son armée, rejetait toujours toutes les accusations d’exactions sur les anglophones et dénonçait toujours la barbarie des sécessionnistes.

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