Cameroun-Préparation militaire sup’ : les élèves hauts fonctionnaires se plaignent pour harcèlement sexuel, outrages, humiliation…

D’une durée de 6 semaines (45 jours),  la formation militaire de base dispensée aux élèves fonctionnaires, notamment ceux de l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) a pour objectif de développer un esprit de discipline, de rigueur et de leadership chez les futurs  hauts fonctionnaires du Cameroun et des pays qui africains qui y envoient les leurs. Vu sous ce prisme, les méthodes en usage dans les centres qui  sont chargés de la mission d’outillage de ces soldats du service public aux valeurs d’endurance et d’abnégation ne peuvent être que considérées que comme participant à l’atteinte de l’objectif évoqué supra.

Sauf qu’à en croire les bénéficiaires de cette formation, actuellement pensionnaires du Centre de perfectionnement et d’entrainement des forces armées nationales (Cpfan) de Ngaoundal, même s’il est difficilement concevable que l’on s’attende à un traitement princier dans le cadre d’une formation militaire, les conditions de vie auxquelles ils sont astreints frisent le martyre.

 Recueillis au lendemain du passage du Directeur Général de leur école d’origine au CPFAN, des témoignages des élèves de l’ENAM en stage dans ce centre de formation des sous-officiers de l’armée camerounaise font état de tortures qu’ils y subiraient. Au nombre des mauvais traitements dont ils feraient l’objet à l’occasion de cette préparation militaire supérieure, le harcèlement sexuel des filles, la discrimination, les provocations, les humiliations, les arrêts de rigueur abusifs, la marginalisation de certaines régions.

Selon nos confrères de 237online ces révélations sont le fruit des frustrations réprimées que les élèves de l’ENAM en préparation militaire supérieure au CPFAN de Ngaoundal auraient voulu dénoncer à l’intention du Directeur Général de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam), Bertrand Pierre Soumbou Angoula, mais dont ils ont été empêchés par les responsables du Centre :  «Le Dg de l’Enam était là le 12 novembre dernier, on n’a même pas donné l’opportunité à l’un de nous de lui dire ce que nous subissons. Ces instructeurs ont tout fait pour masquer la réalité. Tout s’est géré entre les dirigeants de notre école et ceux du Cpfan. Mais nous avons passé l’information à travers nos aînés, notamment le président des élèves de l’Enam qui était là».

Formation dans les camps militaires, attention danger !

S’il est difficile de savoir si Soumbou Angoula est au courant ou non de ce que ses pupilles considèrent comme de la torture, ceux-ci insistent sur le fait que ce qu’ils reçoivent au CPFAN est tout, sauf une préparation militaire : «Pour dire vrai, en termes de formation, c’est à la dernière semaine que le colonel a entrepris de sélectionner les gens pour qu’ils travaillent du matin au soir pour faire des démonstrations que nous avons faites devant les autorités le 12 novembre dernier. Ce, pour que celles-ci voient que tout va bien. Sinon, on a passé le temps à punir les gens qu’à les former. Ce qui fait que la majorité d’entre nous n’est non seulement pas contente, mais se trouve dans une logique de diabolisation du camp militaire. Du coup, chacun appelle son parent pour dire qu’au cas où un proche passe l’Enam, il n’acceptera sous aucun prétexte qu’il se forme dans un camp militaire».

Provocation

Plus grave encore, d’autres révélations signalent des actes de tortures planifiées qui passeraient par des actes de provocation de la part des élèves militaires à l’encontre des élèves fonctionnaires en formation.

«Il y a une jeune sans galon de 2019 que ces formateurs utilisent pour provoquer les plus âgés d’entre nous. Elle leur demande ce que les vieux comme eux viennent faire à l’Enam au lieu d’envoyer leurs enfants. Bref, elle leur dit que c’est eux qui empêchent les enfants d’évoluer. Sauf que quand les gars se fâchent, on les prend et les jettent en cellule. A ce jour, environ 10% des élèves hommes de l’Enam ont goûté à la cellule parce qu’il suffit d’un petit truc, les aspirants de l’Emia vous promettent de vous nuire, de faire un mauvais rapport sur vous pour que tout au long de votre carrière, vous ne puissiez pas réussir», relate une source. Et d’indiquer que : «Il y a donc deux récalcitrants parmi nous qui en avaient assez et ont fait soulever le camp au point où le colonel voulait déjà les radier. Et le 12 novembre 2020, lorsque le Dg de l’Enam est venu au Cpfan de Ngaoundal, le ministère de la Défense a envoyé deux colonels et un lieutenant des Renseignements, tous de la Semil, pour venir écouter nos deux camarades. Ils ont eu des heures d’échanges par rapport à la situation, mais teintées de menaces et intimidations. Au moins, le calme est revenu au camp»

Une source du Commandement des Ecoles et Centres d’Instructions Interarmées (COMECIIA) que Cameroonvoice à contactée bat pourtant en brèche toutes ces accusations et évoque « le classique de la formation militaire auquel tous doivent être astreints, sans exception ». Il ajoute : « Vos amis sont de petits pleurnicheurs qui doivent être préparés à la dure, sauf si vous voulez des couilles molles qui, une fois sur le terrain de la fonction publique, vont croire que tout est facile, et perpétrer la tradition de la corruption, de la paresse,… que tous les Camerounais subissent aujourd’hui. »

« A vos ordres, mon commandant », est-on tenté de répondre !

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