Exactions de l’armée camerounaise à Ebam : L’aberrante offensive médiatique du gouvernement contre Human Rights Watch

Le public s’y attendait après le rapport du 26 février 2021 de l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, accablant l’armée camerounaise pour des actions ignobles commis dans la nuit du 28 février au 1er mars 2020 dans la localité d’Ebam (arrondissement d’Eyumojock, département de la Manyu – dont est natif le leader sécessionniste anglophone Sisiku Julius Ayuk Tabe, condamné à perpétuité –), dans la région du Sud-ouest.

 L’opinion ne s’y est pas du tout trompée, au regard de la réaction des plus furieuses du ministère camerounais de la Défense, qui s’est voulue une charge implacable contre l’organisation de défense des droits de l’homme, accusée par le ministère de la Défense d’injustice dans son appréciation des faits, systématiquement au détriment des autorités camerounaises et de leur armée : pour qui Human Rights Watch prendrait partie pour les sécessionnistes : « En mettant d’une part I‘Etat du Cameroun et les séparatistes à égalité de légitimité, et en prenant manifestement et maladroitement fait et cause pour des groupes armés, HRW reste fidèle à son étonnante logique. Jamais cette organisation, et c’est bien dommage pour sa crédibilité, n’a daigné jusqu’ici rendre compte de manière objective des évènements dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, préférant toujours à la moindre occasion un acharnement et une diabolisation systématique de l’Armée camerounaise ».

Communiqué du ministère de la Défense (page 1)
Communiqué du ministère de la Défense (page 2)

Vraiment, est-on tenté de se demander quand on sait que parfois, Human Rights Watch a servi tout simplement d’écho aux accusations du gouvernement à l’encontre des sécessionnistes, en leur imputant des atrocités dans lesquelles leur implication était la chose la plus à mettre en doute    

Certes, pour une fois, au lieu de prétendre qu’il n’y a jamais rien eu à Ebam -comme le fait habituellement le ministre de la Communication-, le porte-parole du MINDEF remarque qu’il y a bel et bien eu des affrontements dans cette localité entre des éléments du 22eme Bataillon d’Infanterie Motorisée et des sécessionnistes dans le cadre d’une opération militaire dont le but était de mettre hors d’état de nuire des terroristes armés ayant établi dans  la localité une base arrière à partir de laquelle ils planifiaient des attaques dans l’arrondissement d’Eyumojock et alentours. Mais comme de bien entendu, le patron des armés attribue le beau rôle aux siens et égrène les résultats “positifs” de l’opération : « 01 arme artisanale et des munitions récupérées, 16 motocyclettes saisies, 01 terroriste neutralisé, 35 individus interpellés et mis à la disposition de la Compagnie de Gendarmerie de Mamfé pour exploitation ».

Evidemment, on n’est pas loin d’un aveu complet par rapport aux accusations de Human rights Watch, mais l’ajout des objets saisis et une petite différence dans les chiffres nuance tout, pour permettre au démenti de tenir… sur une patte folle. D’ailleurs, le doigt du ministère ne pouvant crever son propre œil, le Capitaine de Vaisseau, Cyrille Serge Atonfack Nguemo, Chef de Division de la Communication au Ministère de la défense, qui signe le Communiqué fait savoir dans son démenti que  « Les responsables de cette Unité (le 22eme Bataillon d’Infanterie Motorisée, ndlr) avaient procédé à la remise en liberté immédiate d’un individu déclaré atteint de multiples pathologies, avant de boucler interrogatoire des 34 autres, qui avaient à leur tour été libérés dans la soirée de ce même dimanche 1 mars 2021 ».

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C’est donc à juste titre que le collaborateur du président Biya chargé des armées estime qu’« II y a lieu de se demander en quoi le bouclage d’une base terroriste clairement repérée constituerait une “grave” violation des Droits de l’Homme ».

La presse pro-génocide anglophone à l’ouvrage

Il n’y aurait pour ainsi dire, jamais eu de viol de masses et en groupes de femmes, pour certaines handicapées, ni d’incendies de propriétés, encore moins de torture d’hommes, et l’homme, du nom de Ojong Thomas Ebot, 34 ans, tiré d’une cellule de la base militaire de Besongabang puis abattu de trois balles dont une qui lui a presque déchiqueté la tête,  n’est qu’«01 terroriste. neutralisé ».

A défaut donc d’être le dindon de la farce, Human Rights Watch serait le mytho de l’histoire. Raison suffisante pour que soit mobilisée et lancée à son assaut, une certaine presse stipendiée qui a résolument pris fait et cause pour la perpétration du…  pire en zone anglophone et qui essaie de battre en brèche avec une rage indescriptible nimbée de mauvaise foi, la démarche de HRW.

En témoigne la violence des titres de certaines parutions de ce jeudi 4 mars, qui par cette attitude, ont démontré que la réputation de “régime résolument réfractaire aux droits des personnes” que l’on prête à tort ou à raison au pouvoir de Yaoundé n’est pas usurpée.

Car le rapport de Human Rights Watch qui est une mine d’informations permettant aux autorités gouvernementales d’adosser sur des faits et cas précis et exemplaires une politique d’humanisation de l’armée camerounaise, notamment dans ses interventions à l’intérieur des frontières camerounaises,  est considérée ici comme une véritable déclaration de guerre nécessitant le déploiement de toutes sortes d’armes et équipements de guerre. D’où la sortie que l’on soupçonne payante au comptant ou à crédit, des orgues de Staline de la presse “patriotique”, avec des relents pro-génocidaires.

Se sont particulièrement illustrés dans cet exercice deux journaux paraissant à Yaoundé, avec des titres  aussi ronflants que d’une malveillance injustifiée :

L’un, “Le Soir”, écrit par exemple : « Rapport mensonger sur le Cameroun Human Rights Watch Les terroristes camerounais financent-ils Human Rights Watch? »

« Info Matin » quant à lui, titre « Noso Le rapport de la honte de Human Rights Watch »

A ces deux titres, on peut ajouter un troisième, anglophone, “News Watch”, qui à la différence des deux autres, prend la chose de manière moins personnelle :  « Government says damaging human rigts report “hear-say”. Insists rights watchdog, banned from Cameroon, since 2017, is fabricating reports. Accuses the group of conniving with Amba leaders in diaspora to paint country in black. Declares US-demanded inquiry into alleged Ebam atrocities  “baseless” ».

Est-ce pour dire que les droits humains violés pendant la guerre ne méritent pas que l’on combatte pour eux ? Manifestement oui, pour les autorités camerounaises et leur presse, qui ignorent que de par le monde, on trouve de nombreux responsables d’anciens régimes qui mendient pour que soient respectés pour eux les droits à la quiétude, à la vie, à la liberté, qu’ils déniaient aux autres quand ils étaient aux affaires.

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