L’humiliation historique d’Alassane Ouattara

Comme plusieurs chefs d'états africains, Alassane Ouattara a pris part, le 16 avril , à l'investiture du président congolais Denis Sassou-N’Guesso. La virée du numéro un ivoirien aura particulièrement été gênante pour un président mal aimé et rongé perpétuellement de remords après la mort suspecte de quelques-uns de ses proches collaborateurs. CHRIS YAPI détaille le feuilleton de la visite de la honte qu'Alassane Ouattara a dû arrêter brusquement.

Parti de Mougins en France, Alassane Ouattara a atterri à Brazzaville dans la soirée du jeudi 15 avril 2021. Accueilli à son atterrissage par le Premier ministre congolais, Clément Mouamba, il a directement été accompagné dans sa suite du luxueux hôtel Radisson Blu M’Bamou Palace. Une fois ses bagages installés, il confia au Premier ministre son pressant désir d’avoir un entretien avec le Président Denis Sassou-N’Guesso. Une fois le message transmis, le président congolais appela son homologue ivoirien pour lui présenter ses civilités et lui promit qu’ils se verraient en tête à tête après la cérémonie de prestation de serment, prévue pour le lendemain à 10 heures. Après s’être en cachette et copieusement goinfré en ce pieux mois de carême musulman, c’est très exactement à 10h21 minutes qu’Alassane Ouattara se présenta à la cérémonie. Comme à son habitude et avec la désinvolture qu’on lui connait, il a fait fi des mesures de distanciation physique et du respect des mesures barrières contre la Covid, pour se laisser choir dans les bras du Président Sassou-N’Guesso en une effusion de joie mal simulée, suivie d’embrassades à n’en point finir.

Cela choqua bon nombre d’invités, y compris la délégation des ambassadeurs présents, qui ne comprenaient pas que le président ivoirien se donne autant en spectacle. Pour ceux qui ne le savent pas, Alassane Ouattara et Denis Sassou-N’Guesso ont des relations plutôt fraîches pour ne pas dire hypocrites. En réalité, le président ivoirien a été pendant longtemps, un expert en dénigrement contre son homologue congolais auprès de tous les diplomates et les représentants des institutions financières internationales. La lettre du Continent a d’ailleurs rapporté les propos méchants et mesquins qu’Alassane Ouattara a tenu envers le Président Sassou-N’Guesso devant une délégation du FMI venue à Abidjan, après une visite au Congo. Il ne cache pas son mépris pour le président congolais qu’il estime n’être rien d’autre qu’un putschiste, ancien marxiste-léniniste, ne possédant aucun diplôme. Tout juste quelques minutes avant la cérémonie de prestation de serment, son protocole s’est rendu compte que les amis estimés du chef de l’État congolais étaient installés dans des sièges dont la couleur révélait l’importance qu’ils avaient à ses yeux. Le protocole ivoirien s’en inquiéta et informa Alassane Ouattara. En effet, les fauteuils blancs étaient réservés aux chefs d’État à qui le Président Sassou-N’Guesso accordait un grand respect. Ce jour-là, ces sièges blancs devaient être occupés par Macky Sall du Sénégal, Alpha Condé de la Guinée-Conakry, Félix Tshisekedi de la RDC et Idriss Deby Itno du Tchad.

Le Président Ouattara, lui, devait être installé sur les sièges réservés aux VIP, sans plus. Il ne faisait pas partie du cercle des privilégiés du président congolais. L’amer constat ainsi fait, bien que l’incident ait été réparé par le protocole congolais en harmonisant finalement les sièges, cela ne dérida pas notre octogénaire capricieux. Il s’assombrit et plongea dans son fauteuil, donnant l’impression d’être endormi tout au long de la cérémonie. Comble de malheur pour lui, il devait subir une toute autre humiliation lors de la série d’ovations réservées aux chefs d’État étrangers, au Palais des congrès de Brazzaville. Il fut largement battu à l’applaudimètre. Sur les 20 chefs d’État et six premiers ministres présents, celle qui a battu le record des ovations fut la Présidente d’Éthiopie, Mme Sahle-Work Zewde. Elle fut contrainte de se lever une seconde fois pour répondre aux ovations du public qui n’arrêtait pas de l’applaudir. Félix-Antoine Tshisekedi de la RDC fut également fort applaudi. Les deux présidents qui n’ont récolté que de maigres battements de mains à peine audibles furent incontestablement Alassane Ouattara et Alpha Condé. On a même craint le chahut à l’appel du nom du président ivoirien. Mortifié de honte et de jalousie, Alassane Ouattara se laissa glisser dans son fauteuil et s’adonna à la lecture du programme du jour, dédaignant le reste de la cérémonie qui se déroulait sous ses yeux. Il faisait visiblement grise mine.

Il n’admettait pas que même le « petit » Faure Gnassingbé ou le dictateur Idriss Deby Itno ait été plus applaudi que lui qui a été DGA du FMI.À la fin des festivités, il insista pour avoir son entretien avec le Président Sassou-N’Guesso, arguant qu’il ne pourrait pas être présent au dîner gala offert par son homologue. Intrigué par tant de hâte, le président congolais consentit à le recevoir. Lors du tête à tête, il commença par informer officiellement son hôte du décès du Premier ministre Hamed Bakayoko. Il feignit d’ignorer que le Président Sassou-N’Guesso, Grand Maître de la Grande Loge du Congo (GLC) était le collègue d’Hamed Bakayoko qui, lui, était le Grand Maître de la Grande Loge de Côte d’Ivoire (GLCI), toutes deux affiliées à la Grande Loge Nationale Française (GNLF). Alassane Ouattara, sans que Denis Sassou-N’Guesso lui ait demandé quoi que ce soit, se mit à expliquer qu’il n’avait rien à voir avec le décès de son regretté Premier ministre. Comme le parfait suspect qui veut à tout prix convaincre les jurés de son innocence. Il jura ses grands dieux qu’il fut le plus malheureux de ce décès, qu’il ne comprenait rien à ce cancer fulgurant, lui qui, jamais, ne cessa de recommander à son ancien filleul de prendre au sérieux sa santé, d’arrêter les soirées mondaines agrémentées de filles légères, d’alcool, de drogue et dans lesquelles il risquait de se faire empoisonner. Empoisonné a-t-il dit ? Était-ce un lapsus révélateur ? En tout cas, le vieux briscard qu’est Denis Sassou-N’Guesso ne manqua pas de le noter sans mot dire. Ils abordèrent également la situation de Laurent Gbagbo, libéré par la Cour Pénale Internationale (CPI) et qui était impatient de rentrer en Côte d’Ivoire.

#ctaText??#  Le retour de Guillaume Soro en Côte d'Ivoire

Sachant que le Président Sassou-N’Guesso entretenait de bonnes relations avec l’ancien chef d’État ivoirien, il lui demanda de convaincre ce dernier d’engager des discussions préalables sur les conditions de ce retour. Concrètement, il expliqua au président congolais ses conditions pour permettre un retour sécurisé de Laurent Gbagbo : un retour discret, son installation à Mama ou à Marcory dans une résidence aménagée et contrôlée, son renoncement à la vie politique nationale. Il indiqua qu’il avait montré sa bonne foi en lui remettant ses passeports, en annonçant que l’État prendrait en charge ses frais de retour, et lui verserait ses avantages d’ancien chef d’État. Il fallait donc que Laurent Gbagbo à son tour fasse preuve de soumission, de reconnaissance, de bonne foi, en donnant des gages. Il ne fallait pas que son retour occasionne des troubles ou des manifestations de joie qui seraient mal ressenties par les parents des victimes de la crise postélectorale et par ses partisans. Le Président Sassou-N’Guesso, en vieux rusé de la politique, lui rétorqua qu’il était d’accord pour faire le médiateur, à condition que les deux parties soient d’accord sur cette question. Pour ce qui est du décès d’Hamed Bakayoko, il indiqua qu’il n’avait pas besoin de toutes ces explications et que si ce dernier était parti pour l’Orient éternel, c’était la volonté du Grand architecte de l’univers.Persuadé d’avoir convaincu son homologue congolais de sa bonne foi, Alassane Ouattara s’excusa auprès de lui pour son indisponibilité pour le dîner de gala prévu le même soir. Il expliqua qu’il avait un rendez-vous médical qu’il ne pouvait manquer. Il fonça à l’aéroport et quitta le Congo, ce pays où les habitants lui avait montré de fort belle manière qu’il n’était ni la bienvenue ni aimé. Ainsi est le sort des dictateurs manipulateurs de constitution.

Alassane Ouattara devrait être songeur, lui qu’hier était applaudi, est aujourd’hui haï viscéralement par les panafricains de tous bords. Chris Yapi a pu observer et constater que le Président Ouattara a mauvaise réputation non seulement auprès de ses homologues chefs d’État qui le trouvent hautain et orgueilleux, mais aussi au sein de la population congolaise, qui le tient doublement responsable de la mort d’Hamed Bakayoko et du sort du Président Laurent Gbagbo. J’ai avec joie noté que dans les couloirs de la capitale congolaise, mon jingle retentissait régulièrement.

Chris Yapi depuis Brazzaville, au Congo

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