Congo-Brazzaville : Le premier morceau dur pour Sassou-Nguesso

Trois jours seulement après que Denis Sassou-Nguesso a prêté serment pour un 4e mandat à la tête du Congo-Brazzaville, le septuagénaire est épinglé par un rapport d'Amnesty International. L'ONG dénonce dans le document publié ce 19 avril la répression contre les défenseurs des droits humains et autres acteurs de la société civile.

Publié ce 19 avril 2021, ce rapport est dénommé « Sur le dos de la crise : Violations du droit à la santé et répression des défenseurs des droits économiques et sociaux en République du Congo», dénonce notamment des violations du droit à la santé et la répression des défenseurs des droits humains en République du Congo. L’ONG affirme que le pouvoir de Brazzaville conduit une répression contre ceux qui dénoncent les conséquences de la crise économique sur le quotidien de la population et notamment sur l’accès à la santé. 

Le document d’Amnesty International qui s’appuie sur des entretiens menés au Congo et à distance avec plus de 50 personnes dont des patients, des syndicalistes et des membres d’associations de défense des droits humains, documente d’abord l’impact de la crise économique déclenchée en 2014 par la chute des prix du pétrole et qui s’est aggravée avec la pandémie de Covid-19. Il apprend que la faiblesse des budgets publics a eu des conséquences brutales sur la vie des populations, surtout dans le secteur de la santé, nous explique Fabien Offner, chercheur au bureau d’Amnesty international pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

« Le fait que le personnel soignant ne soit pas payé, le fait qu’il y ait des grèves, le fait que des hôpitaux n’aient pas été construits… il y a eu forcément des conséquences sur les patients avec des structures sanitaires dans un état dégradé. C’est le cas notamment du CHU de Brazzaville où on a pu constater, à travers des témoignages, mais aussi à travers différentes communications de syndicats, que du matériel était défectueux avec des pénuries d’eau, des manques d’accès à l’électricité avec des conséquences parfois très graves. Notamment car certains respirateurs ou certains services s’arrêtent quand il n’y a plus d’électricité. Ce qu’on a également constaté, c’est que malgré les annonces des autorités et malgré la législation existante, la gratuité de certains soins, qui est prévue par la loi, n’a pas été complètement assurée. C’est le cas notamment pour les personnes séropositives. Il y a eu des pénuries d’antirétroviraux ces dernières années»renseigne  Fabien Offner, chercheur pour Amnesty International.

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Il nous revient également que la crise a fortement touché les retraités, les fonctionnaires et les étudiants boursiers à l’étranger. Selon Amnesty international, les étudiants sont restés au moins trois ans sans percevoir leurs bourses. Un retard de paiement que les autorités congolaises justifient par les déficits budgétaires. « Toute cette crise et toutes ces justifications de manque d’argent se font quand même dans un contexte d’affaires judiciaires qui ont touché la famille du président congolais Denis Sassou Nguesso. Des affaires en France, en Suisse, mais aussi des révélations qui n’ont pas encore donné de poursuites judiciaires mais ont dévoilé des sources de détournements d’argent colossaux, notamment provenant de la manne pétrolière», rappelle Fabien Offner.

Le rapport indique par ailleurs que plus d’un an d’arriérés de salaire n’ont pas été payés à 280 fonctionnaires et plus de 40.000 retraités ont cumulé 28 mois de pensions impayées. Dans le même temps, ceux qui revendiquent le respect du droit à la santé ou le paiement de leurs dus sont réprimés. « Plusieurs membres et représentants du mouvement ‘Ras-le-bol’ ont été arrêtés et certains sont toujours en détention… Il y a des syndicalistes étudiants qui ont été arrêtés, parfois dans d’autres pays avant d’être ramenés au Congo et d’être torturés, selon les informations qu’on a recueillies. Il y a des syndicats hospitaliers qui ont également été inquiétés, des journalistes mis à pied pour avoir posé certaines questions jugées dérangeantes par le gouvernement», revèle l’organisation qui recommande aux autorités congolaises de garantir un investissement adéquat dans les services de base comme la santé et l’éducation. 

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