« C’est clairement infondé », déclare Emmanuel Lampaert, coordinateur des opérations de MSF en Afrique centrale, en parlant de l’argument du gouvernement pour retirer à MSF l’autorisation de travailler dans cette région à majorité anglophone du Cameroun. « Quelles que soient les perceptions, les accusations ou les griefs, quel raisonnement peut justifier cette suspension permanente et ce coup porté à un soutien vital ? L’accès aux soins ne doit pas être refusé », a-t-il confié dans une récente sortie.
Le bilan des personnes qui ont bénéficié de l’assistance de MSF en 2020 témoigne de l’ampleur du service rendu aux populations de ces deux régions en crise : Les équipes MSF ont assuré plus de 42 500 consultations médicales, réalisé près de 3 300 opérations chirurgicales et pris en charge au moins 4 400 patients qui avaient été orientés vers le service d’ambulance gratuit de MSF, disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
« Notre centre d’appel pour les ambulances continue de recevoir des demandes d’urgence, qu’ils sont obligés de refuser », regrette Emmanuel Lampaert. MSF est l’une des rares ONG médicales présentes dans la région, zone de conflit depuis fin 2017. Autant que les séparatistes, l’armée est régulièrement accusée des atrocités perpétrées dans cette région. 3 soldats camerounais avaient été accusés de meurtre dans un cruel massacre perpétré dans le village de Ngarbuh. Les femmes sont les premières victimes de la violence dans la crise anglophone au Cameroun.
Dans une zone de conflit comme le Nord-Ouest du Cameroun, le manque de services de santé de base, comme le traitement de la diarrhée, des infections des voies respiratoires et du paludisme, a contribué à une crise sanitaire majeure. De plus, MSF a traité 180 survivants de violences sexuelles l’année dernière et a aidé plus de 1 000 femmes à faire face à des urgences obstétriques. De nombreux habitants vivent dans la brousse, car ils craignent pour leur vie, forcés de fuir leur maison. Les conditions d’insalubrité dans la brousse ont également exacerbé les problèmes de santé. Une partie de la mission de MSF dans la région consiste à former et à équiper les agents de santé communautaires, ce qui a également été interrompu par le gouvernement, explique Lampaert.
Les agents de santé, tant locaux qu’étrangers, ont fait l’objet d’attaques, le gouvernement et les séparatistes accusant les personnes qui tentent de fournir des soins de santé de prendre parti dans le conflit. « Où est l’intérêt ? Qu’est-ce qui justifie tout cela ? », s’indigne Lampaert, ajoutant que les habitants de la région confient vivre dans un harcèlement permanent. « Cela continue, et par moments, cela augmente avec une forte insécurité, des attaques régulières et des intimidations contre le personnel médical… et pendant ce temps, les besoins humanitaires et sanitaires ont bondi ces dernières années en raison de cette violence armée, il y a donc là une équation difficile », explique-t-il.
Lampaert indique donc que la détermination de MSF à répondre à toutes les accusations de partialité reste intacte et qu’il en a fait part au gouvernement camerounais. « Mais au final, il n’y a pas eu de signal clair, et l’accès est toujours refusé. Après six mois, la suspension [des activités de MSF] est toujours en cours et nous demandons qu’elle soit levée », souhaite le responsable de l’organisation caritative.
