Emmanuel macron maintient un soutien assidu à Paul Biya dans ses derniers jours

Emmanuel macron maintient un soutien assidu à Paul Biya dans ses derniers jours

 Au-delà du soutien financier (il y a encore quelques mois, les salaires des fonctionnaires ont été payés par l’Agence Française de Développement.) et militaire (ministère français des Affaires Étrangères) dont il s’assure de la continuité, l’ambassadeur de Paris à Yaoundé, Christophe Guilhou, qui va bientôt engager sa dernière année à Yaoundé, semble s’être accommodé du marigot camerounais et se limite désormais au service minimum en attendant les injonctions du Quai d’Orsay (ministère français des Affaires Étrangères). « La situation est difficile, on observe l’évolution des choses comme tout le monde. Le Cameroun est un pays compliqué », résume un diplomate français en poste à Yaoundé.

Négociations

Cette stratégie du « black-out » est suivie à la lettre par le Quai d’Orsay qui n’hésite pas à déployer ses moyens pour empêcher tout débat à l’échelle internationale sur le Cameroun. D’ailleurs, les leaders sécessionnistes ne cachent pas leur exaspération sur la posture française. « Nous avons choisi de quitter la République pour ne plus vivre ce que vous vivez là. Les Français vont continuer à soutenir le régime criminel de Paul Biya qui tue nos frères » confie un avocat ambazonien basé aux Etats-Unis proche de Sissuku Ayuk Tabe, emprisonné à Yaoundé. À ce sujet, l’un des succès de la diplomatie française aura été de convaincre Paul Biya de poursuivre en catimini les discussions avec le leader ambazonien sous la coordination du patron de la DGRE, Leopold Maxime Eko Eko et du Premier ministre Dion Ngute. Ainsi, des rencontres se sont multipliées ces derniers mois entre les différentes parties dans le plus grand secret. Elles vont se poursuivre.

En Afrique du Nord et au Moyen-Orient. À cet effet, le pays de De Gaulle, dont Emmanuel Macron en est l’héritier (le chef d’Etat français n’hésitant pas à revendiquer cet héritage avec son fardeau historique) a pris la présidence du Conseil de Sécurité des Nations Unies à la fin du mois juillet 2021 pour une durée d’un mois comme le veut la tradition. Cependant, dans son agenda, Paris a pris soin d’éviter la situation camerounaise. Ainsi, la France dit vouloir se consacrer avec corps et âme à l’action humanitaire en Syrie et à la paix et la sécurité tenez-vous tranquille : en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Mais, des réunions sont prévues sur la République démocratique du Congo, l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, la Colombie, le Darfour et Chypre. Rien sur la situation de l’Afrique Centrale et encore moins le Cameroun. Or, la situation va de mal en pire.

Problème interne

Mais, tout porte à croire qu’en réalité Paris reste cohérent dans sa démarche de protéger le régime Biya quel que soit le prix fort que devra payer la Nation Camerounaise. S’agissant de cette cohérence dans l’attitude d’Emmanuel Macron qui a en réalité sous-traité sa politique africaine à Jean – Yves Ledrian dont les liens avec les réseaux de la Françafrique sont un secret de polichinelle, un diplomate Onusien souligne : « On se souvient encore de l’opposition française au traitement du dossier Cameroun par le Conseil de Sécurité en 2019. La guerre fratricide dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest n’avait alors pu être évoquée que dans le cadre d’une réunion du style Arria, sous l’angle de la crise humanitaire. Paris soutenait alors, comme aujourd’hui encore, la formule éculée d’un problème interne qui allait être réglé par M. Biya. Deux ans après et un Grand Dialogue National plus tard, la guerre perdure sans perspective de paix à l’horizon. Pourtant, en mai 2019, Paris appelait déjà à un vrai dialogue politique inclusif concernant le NOSO ».

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« Problème interne ». Telle est, en réalité, la vision vendue par Emmanuel Macron à ses partenaires occidentaux. Paris a toujours rejeté l’intervention internationale pour une solution à la crise anglophone. Allant jusqu’à faire pression sur Paul Biya pour mettre un terme à la médiation Suisse financée par les Canadiens à hauteur de près de 10 milliards Fcfa alors que ses plus proches collaborateurs à l’instar de Ferdinand Ngoh Ngoh y étaient favorables. Une thèse qui prévaut jusqu’à ce jour dans l’esprit des diplomates français en poste à Yaoundé. « Le Cameroun est un pays mature pour s’occuper de ses problèmes. Il est hors de question que ce soit les Suisses qui viennent apporter des solutions. Nous avons vu ce qui s’est passé ailleurs et nous devons l’éviter » conclut un conseiller du Premier ministre, Dion Ngute, très proche des milieux français.

Rwanda

À quel prix ce silence ? Les réponses ne peuvent être évaluées que sur la base des morts qui continuent de joncher les rues en zone anglophone et les corps des dizaines de soldats rapatriés à leurs familles dans l’anonymat et les pleurs. Dans ce contexte, la colère monte progressivement et le sentiment anti-français déjà présent s’accroît de jour en jour. À un observateur de la scène politique camerounaise de conclure : « D’autres risques sécuritaires sont signalés de manière sérieuse sur les frontières orientales du pays. Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun sont meurtries par une guerre fratricide dont les horreurs ne sont pas inconnues de la France. Loin s’en faut. Mais pourquoi Paris orchestre l’éloignement du regard du Conseil de sécurité de cette guerre dont les dégâts, connus, ne tarderont pas à exploser à la phase du monde ? A quel prix Paris entend continuer de soutenir le régime de Yaoundé, au risque d’avoir à réchauffer, une vingtaine d’années plus tard le scénario – à la rwandaise, de la reconnaissance de responsabilité de la France ? Les noms d’Emmanuel Macron et de Jean Yve Le Drian ressurgiront sans doute à l’occasion ».

Dès lors, la France serait-elle un pays qui n’apprendrait jamais de ses erreurs ? Les prochains mois permettront d’y voir plus clair. Paul Biya, en court séjour privé à Genève où il se fait soigner peut dormir tranquillement. Il sait que pour l’instant Emmanuel Macron a choisi la dictature contre le peuple.

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