Le Cloud Business, Un Nouvel Outil de Domination de l’Afrique

Imaginez un instant qu’en tant que chef d’un service de renseignement étranger ayant pour cible l’Afrique, vous appreniez l’existence d’un bâtiment où les personnalités importantes du continent gardent leurs photos, vidéos et documents importants. Vous feriez tout ce qui est en votre pouvoir pour y accéder, par effraction ou en achetant les services du gardien de ce bâtiment, du responsable chargé de la protection de ces documents et même du Directeur Général de la compagnie, puisque vous avez de l’argent pour cela.

Si la compagnie qui assure la sécurité de ces documents est ouverte à des financements étrangers, vous y prendriez des parts pour avoir un pied dans la maison. Et peut-être même que vous créeriez votre propre compagnie du même genre. Après tout, pourquoi vous dérangez à acheter le complicité d’employés d’une autre compagnie lorsque vous pouvez en créer une vous-mêmes?  Cette façon de faire de l’espionnage n’est pas nouvelle.

Déjà les années 1980, la société suisse Crypto AG vendit la technologie de cryptage la plus sophistiquée et la plus sécurisée du monde. La société basa sa réputation et apaisa les préoccupations en matière de sécurité de ses clients sur sa (supposée) neutralité dans la Guerre froide ou toute autre guerre. Les nations acheteuses, environ 120 d’entre elles – y compris les cibles du renseignement américain de premier plan telles que l’Iran, l’Irak, la Libye et la Yougoslavie -, convaincues que leurs communications étaient protégées, envoyèrent des messages de leurs capitales à leurs ambassades, missions militaires, bureaux commerciaux, et tanières d’espionnage à travers le monde, par télex, radio et fax utilisant ce système. Et pendant ce temps, en raison d’un accord secret entre cette société et la NSA (National Security Agency), leurs communications furent interceptées par les services de renseignement américains, comme s’ils en étaient les destinataires. C’est à peu près ce que Google Cloud, l’un des démembrements de Google (l’une des compagnies les plus prospères du monde), veut faire en Afrique.

Alphabet, la compagnie mère de Google est la deuxième plus large compagnie au monde en termes de capitalisation du marché, juste après Apple, et suivi de Amazon et Microsoft. Bien que beaucoup d’éléments sur l’étendue et la logistique déployée dans ses centres de données (data Center) soient encore gardés secrets, il est connu que son entrepôt de données initiale situé dans la ville de Dalles contient 75 mille serveurs interconnectés à travers la fibre optique. A ce centre originel ont été associés en 2017 dix autres « Data Centers » qui utilisent une technologie haut de gamme appelée « Internet3 ». C’est ce conglomérat de datacenters que l’on appelle le cloud.

Le principe du cloud est d’offrir des serveurs servant d’archives électroniques à tous ceux qui, comme la plupart de gens vivant dans le monde moderne, sont submergés de photos et vidéos (y compris d’ébats sexuels puisque cela semble être la mode) et documents (certains officiels)  et d’événements importants de leurs vies. Ce faisant, Google leur faciliterait la tâche en les libérant de la gestion fastidieuse de cette grande paperasse en leur en donnant un accès instantané par un simple clic sur un téléphone ou un ordinateur. C’est confortable et pratique et peu de gens résistent à cette tentation. En fait, des millions de gens souscrivent à ce service contre un modique payement mensuel.

C’est probablement comme une opportunité d’affaires que l’Institut Jacky Felly Nafack Institute of Technology (JFN-IT) a perçu la proposition faite par Google de lancer avec elle un projet appelé Google Cloud Career. Les responsables de cet institut ont dû se sentir flattés d’avoir été sélectionnés comme partenaires par une multinationale du calibre de Google pour ce projet apparemment bienveillant. Cependant, ils verraient les choses autrement s’ils avaient conscience du fait qu’il n’y a pas de transfert de technologie volontaire et que Google n’a de raison de les associer à ce projet que parce que cela lui sert.

Voyez-vous, Google n’est une compagnie ni innocente, ni bienveillante. Avec ses articulations, à savoir Google Map, Google Search, Google Earth (un véritable projet de la CIA à travers Key Hole, la compagnie qui conçut ce programme), Gmail, YouTube et son logiciel de gestion de téléphone, Google est un des outils du vaste système de domination du monde mis en place par les Etats-Unis et dans ce cas précis, de contrôle de l’Afrique. Comme avec l’aide au développement ou le vaccin contre la Covid-19, l’offensive prend des apparences humanitaires et bienveillantes. Google, comme la plupart des compagnies High Tech américaines (Microsoft, IBM, Oracle, Facebook, etc.) a été conçue avec le soutien financier des agences de renseignement américaines (CIA et NSA),  et du complexe militaro-industriel.

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Quand ses fondateurs, Sergey Brin et Larry Page, anticipant sur l’explosion d’internet commencèrent à travailler sur un moteur de recherche automatique, ils reçurent en 1995, à travers Stanford University où ils étaient étudiants, une aide de ces agences de renseignements. Leurs travaux furent supervisés par des agents de renseignement des services qui les finançaient en lieu et place des enseignants. C’est comme si le ministère de la Défense camerounais décidait de financer les travaux de recherche à Polytechnique et dans des instituts supérieurs de technologie privés. Cette collaboration constante avec la Silicon Valley permet à l’industrie d’armement et de renseignement des Etats-Unis de rester au top de la technologie.

Google a abondamment recruté dans l’armée, les services de renseignements et des compagnies d’armement comme Lockheed Martin, motivé par son désir de gagner plus de contrats du gouvernement fédéral. Lorsqu’en 2010, Google fut attaqué par ce qui sembla être des ‘hackers chinois, la NSA vint à son secours et lui demanda, en échange de son aide, des informations sur le trafic dans son réseau.  On peut donc affirmer sans risque de se tromper que les agences de renseignement américaines ont accès aux informations gardées sur le cloud (qui veut dire nuage en français) tout comme les services de renseignement français ont accès aux communications faites à travers la compagnie de téléphone française, Orange et toutes leurs compagnies.

Ces services pourront ainsi créer des profils des personnalités utilisant ses services (pour savoir comment les manipuler comme ils firent pendant l’agression contre la Syrie), suivre leurs mouvements dans le cadre d’une tentative assassinat, lire leurs e-mails, enregistrer leurs conversations téléphoniques, récupérer leurs photos et vidéos compromettantes pour le chantage etc…

Google n’est pas la seule compagnie utilisée comme cheval de Troie. Il y a d’autres compagnies qui vont plus loin dans cette logique en offrant des services à ceux qui ont besoin de sécuriser leurs mots de passe. À cause de la multitude de mots de passe qu’il faut retenir (pour l’ordinateur au travail, l’accès au service compte bancaire,  traiter avec l’assurance véhicule, la compagnie d’électricité, de téléphone ou d’internet etc..), ces compagnies vous proposent de les garder pour vous et de les restituer automatiquement et instantanément en cas de besoin par une simple touche. Ce service ne pose pas de risque pour une personne sans beaucoup d’argent, ni influence mais nuira certainement à une personnalité non éveillée de haut-profil devenue une cible.

Le génie malin des prédateurs est de faire la guerre à ses victimes sans qu’elles ne s’en rendent compte. La tromperie qui consiste à faire croire à la victime que son bourreau lui veut du bien est leur plus grande arme. Elle leur a servi pendant des centenaires. C’est lorsque la victime s’éveille de ce jeu pernicieux qu’ils passent à la violence visible comme la France essaye de faire au Mali et en Centrafrique en ce moment. Mais dès que le jeu est révélé, l’emprise que les prédateurs exercent sur leur proie finit par tomber.

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Nous doutons que les responsables du JFN-IT, l’institut de technologie camerounais sélectionné par Google pour ce projet l’abandonnent à cause du prestige et de l’argent qu’il pourrait leur rapporter. Même s’ils rejetaient cette offre, un autre institut l’accepterait penseraient-ils. Après tout, ce n’est pas leur rôle, pourraient-ils se dire de protéger la nation. Nous croyons de notre côté qu’il est de bonne nature et noble de mettre l’intérêt de la communauté au-dessus du sien et que la responsabilité incombe à tous de protéger notre pays. C’est vrai qu’on paye un prix dans ce choix mais aussi une récompense certaine quand le pays sera totalement libéré. Le Jacky Felly Nanfack Institute of Technology gagnerait à s’abstenir de joindre le long rang de journaux, compagnies, ONG, personnalités, radios, télévisions qui pour un gain immédiat ont choisi de participer à la domination du continent.

C’est cependant vrai que la responsabilité principale de protéger le pays incombe à l’Etat. C’est pour cela que l’Etat du Cameroun devrait mettre en place un service de surveillance et de validation des partenariats entre des compagnies ou des institutions nationales camerounaises et des organisations ou compagnies étrangères. Le modèle à suivre pourrait être celui de la CFIUS (Committee on Foreign Investment in the United States) américain.

Gabriel Makang pour le Sphinx Hebdo

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