Secteur minier : le Cameroun actualise sa cartographie géologique et géochimique (PRECASEM)

La restitution des résultats du Projet de Renforcement des Capacités dans le Secteur Minier (PRECASEM)a été faite les 14 et 15 décembre et permettra au Cameroun d'entrer dans une nouvelle phase de son ambition de tirer pleinement profit du secteur minier jusque-là archaïque et sous-exploité.

Après cinq années d’intenses travaux de terrain et de laboratoire réalisés en deux phases, le Projet de renforcement des capacités dans le secteur minier (PRECASEM) a officiellement rendu ses copies. Un atelier de restitution s’est tenu les 14 et 15 décembre 2021 au Palais des congrès de Yaoundé, en présence du ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (MINIDT), Gabriel Dodo Ndoké et des secrétaires généraux des ministères de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, et de l’Enseignement Supérieur. Il s’agit de l’œuvre de trois partenaires aux missions bien spécifiques, regroupées au sein du groupement BRGM/GTK/BEIG3, dans le cadre de deux contrats signés avec le PRECASEM pour la réalisation d’un programme initial en 2014, et en 2019, d’un programme complémentaire de cartographie géologique et géochimique et la mise en place d’un Système d’Informations Géologiques et Minières du Cameroun.

Financé à hauteur de plus de 30 milliards de FCFA avec l’appui de la Banque mondiale, l’ambition de ce projet est d’établir une cartographie géochimique. « On prélève un certain nombre d’échantillons de sols (26 000 au total) qu’on analyse pour trouver des substances minérales qu’elles peuvent contenir. Elle est aussi (la cartographie) de géo matériaux parce qu’il y a un certain nombre de roches qui peuvent servir », renseigne le coordonnateur du PRECASEM, Guillaume Sosthène MANANGA. Les travaux finaux sont des données magnétiques et radio métriques à haute résolution, lesquelles ont fourni des informations préliminaires sur la zone à explorer.

Au ministre des Mines de l’Industrie et du Développement technologique, Gabriel DODO NDOKE de préciser que « Le Cameroun dispose ainsi de 44 coupures à l’échelle de 1/200 000 et d’une synthèse de 1/1 000 000 qui couvre l’ensemble du pays à l’exception des zones en conflit dans lesquelles les levées n’ont pas été possibles ». Et d’ajouter que « le chantier gigantesque de cartographie qui a suivi, a couvert une superficie de 363 000 km2, soit plus de 75 % du territoire national. Il était question au plan stratégique, de contribuer à la relance du secteur minier par l’amélioration de l’information géologique et minérale […] permettant de renouveler les connaissances et l’intérêt pour la métallogénie du Cameroun », a expliqué Gabriel DODO NDOKE.

Les informations dont disposaient les autorités camerounaises jusqu’ici n’étaient pas à jour, et donc ne permettaient pas une meilleure visibilité du potentiel minier local dans un contexte de mondialisation. Les travaux actualisés ont ainsi permis la découverte de sites comportant de l’or, du cobalt, lithium, nickel, de l’étain et des terres rares entre autres. Outre les métaux, « un volet consacré à la recherche de géo matériaux ont été inclus dans la mission lors de la définition de la campagne complémentaire (2019-2021) », se félicite M. NDOKO.

De grandes perspectives pour la recherche et l’économie

Derrière ces travaux se profilent d’immenses retombées pour le Cameroun. Même s’il ne s’agit que de la première phase qui consiste en la reconnaissance des sols, afin de trouver des anomalies, ces résultats remis au MINIDT représentent déjà une nouvelle phase franchie vers l’exploitation d’un sous-sol riche et abondant. Cela marque véeritablement l’entrée en scène des compagnies minières, qui ne peuvent supporter des investissements préliminaires, très risqués et potentiellement non-rentables. C’était donc à l’Etat à travers le PRECASEM de s’en charger. Désormais, ces entreprises pourront s’inspirer des résultats afin d’approfondir la recherche, engager les travaux de prospection, lancer les études de faisabilité et débuter l’exploitation industrielle de certains métaux stratégiques à l’instar des terres rares. Ces derniers, aux propriétés exceptionnelles, sont devenus indispensables, car ils sont utilisés dans des fabrications de haute technologie. On retrouve ainsi des terres rares dans les batteries de voiture électriques et hybrides, dans les LED, les puces de smartphone, les écrans d’ordinateurs portables, les panneaux photovoltaïques, les éoliennes et dans l’industrie de la défense.

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Aujourd’hui, c’est la Chine qui assure l’essentiel de la production mondiale, ce qui donne à Pékin un quasi-monopole. Mais face à la flambée des prix des terres rares, d’autres pays miniers souhaitent une diversification des sources d’approvisionnement : les Etats-Unis ont ainsi décidé en 2013 de réactiver la mine de Mountain Pass, le Canada, l’Australie et l’Afrique du Sud multiplient les projets d’extraction et de prospection, y compris dans les fonds marins du Pacifique. Le Cameroun pourrait donc rejoindre ce cercle fermé.

En dehors du volet minier, cette cartographie va renforcer la recherche scientifique, appuyer les travaux publics avec notamment la construction de routes, l’aménagement du territoire entre autres. Sur le plan des géo matériaux, il y a « un certain nombre de roches qui peuvent servir […] notamment le calcaire pour faire du ciment, l’argile pour de la céramique, des carreaux ou encore des plats », selon M. MANANGA.

« On ne peut pas ouvrir ces données sans qu’il n’y ait un texte »

Avec la fin du PRECASEM, les résultats devraient être ouverts à tous et donc servir non seulement au secteur minier, mais également aux universités et autres organes ou particuliers. Toutefois, l’accessibilité de ces données va encore attendre. S’exprimant sur la question, le coordinateur s’est voulu mesuré. « Toutes ces données, nous les avons mises dans une banque de données géo scientifique nationale qu’on appelle le Système d’Informations Géologique et Minière (SIGM). Dans cet outil qui est sur Internet, vous avez toutes les données que le PRECASEM a générées, et même celles qui ont été faites les années avant depuis 1914. Mais il se trouve qu’on ne peut pas ouvrir cette base de données sans qu’il n’y ait un texte. Vous avez des photographies de toutes les cartes géologiques présentées au cours de la restitution, mais vous ne pouvez pas les imprimer » , précise Guillaume Sosthène MANANGA.

Une condition administrative qui pourrait cependant retarder le train déjà en marche, comme c’est déjà le cas avec la Sonamines. La Société Nationale des Mines a été créée le 14 décembre 2020, avec pour mission de développer et promouvoir le volet minier. Un an après, la structure n’est toujours pas opérationnelle. Le ministre des Mines se veut tout de même rassurant. Gabriel Dodo NDOKE indique que des actions concrètes du gouvernement sont en cours, en vue de la publication du décret portant Politique de Diffusion des données géo scientifiques historiques et nouvelles acquises dans le cadre du PRECASEM.

Philippe Charles Akoa

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