Pourquoi l’Afrique a besoin de partenaires non traditionnels comme le Vietnam

Une grande partie de l'Afrique a été le bénéficiaire de la coopération au développement Nord-Sud, dans le cadre de laquelle les donateurs occidentaux et les institutions multilatérales fournissent une aide et une assistance technique aux pays du continent.

Des progrès ont été réalisés grâce à ce type de coopération, mais il reste encore beaucoup à faire pour transformer le continent. Les Chinois sont arrivés sur la scène avec l’initiative “la Ceinture et la Route” et ont reçu un accueil mitigé. Si les relations Nord-Sud et l’influence chinoise resteront un élément essentiel de la coopération au développement pour l’Afrique, les dirigeants du continent recherchent de plus en plus des partenariats plus horizontaux fondés sur l’équité, la confiance et la prospérité partagée.

Ce que le Viêt Nam a accompli au cours des trente dernières années, et ce qu’il est en passe d’accomplir au cours des prochaines, fait de ce pays un bon candidat pour les pays africains à revenu faible ou intermédiaire, avec qui s’associer pour une prospérité partagée.

L’exemple des progrès du Viêt Nam


La croissance économique impressionnante du Viêt Nam au cours des trois dernières décennies n’est dépassée que par celle de la Chine.

En 1985, le Vietnam avait à peu près les mêmes niveaux de production économique que la République démocratique du Congo (RDC) et la Sierra Leone, avec un PIB par habitant de 231, 241 et 225 dollars, respectivement.

En un peu plus de trente ans, le pays a enregistré un taux de croissance annuel moyen du PIB de 7 %, de sorte qu’en 2020, sa production économique annuelle de 2 786 dollars sera au moins cinq fois supérieure à celle de ces deux pays d’Afrique subsaharienne. Ce faisant, il a essentiellement éliminé l’extrême pauvreté et amélioré le bien-être de millions de ses habitants.

La colonisation et les conflits persistants sont utilisés comme facteurs explicatifs dans le récit de la lenteur du développement économique du continent africain. Le Viêt Nam propose une autre histoire. Le pays a pu réaliser d’énormes progrès malgré une longue histoire coloniale et des décennies de guerre. Un leadership politique fort, un État désireux de travailler avec le secteur privé, l’expérimentation de politiques et l’investissement dans le capital humain ont été déterminants pour le succès dont jouit le Vietnam aujourd’hui.

Ce que le Vietnam a à offrir


L’impressionnante croissance du Vietnam a été éclipsée par l’ascension de la Chine et sa sphère d’influence croissante sur le continent africain. Toutefois, ces dernières années, les progrès du Viêt Nam ont attiré l’attention des dirigeants africains, qui y voient des similitudes et des possibilités d’imiter ce que le Viêt Nam a si bien réussi.

Dans le même temps, avec l’ambition d’atteindre le statut de pays à revenu élevé d’ici 2045, le Vietnam cherche de nouvelles frontières de marché et de nouvelles bases de production. Bien qu’il s’agisse d’une économie extrêmement orientée vers l’exportation, la valeur des exportations représentant 201 % du PIB, le commerce du Viêt Nam avec l’Afrique est limité. Si elle est bien jouée, les nations africaines pourraient tirer un grand profit de l’approche du Viêt Nam à l’égard du continent.

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Contrairement à la Chine, il est peu probable que le Viêt Nam devienne une autre source d’aide financière ou de prêts pour les gouvernements africains. La Chine est le principal créancier de l’Afrique, fournissant des prêts utilisés notamment pour financer des projets d’infrastructure à grande échelle. On peut soutenir que nombre de ces investissements visent à faciliter l’acquisition de matières premières pour alimenter l’économie chinoise. Le transfert de technologie est limité, voire inexistant, dans ces engagements.

Le Vietnam, en revanche, offre une opportunité d’apprentissage et de croissance partagés. Le transfert de technologie, le partage d’informations et l’apprentissage par l’action commune font partie de ce que le Vietnam propose à l’Afrique.

Comment l’Afrique peut saisir l’occasion


Pour tirer parti de cette situation, les gouvernements africains qui cherchent à établir un partenariat avec le Viêt Nam doivent s’engager avec un leadership fort et un engagement politique au plus haut niveau en faveur d’une coopération à long terme. La coopération doit être fondée sur des avantages mutuels identifiés, avec des responsabilités clairement définies dans l’accord de coopération. Le partenariat formel doit aller au-delà des relations de gouvernement à gouvernement et inclure des acteurs du monde des affaires, car ceux-ci peuvent être des agents de changement motivés.

Le président de la Sierra Leone, Julius Maada Bio, est le dernier dirigeant africain à chercher à coopérer avec le Viêt Nam. Constatant que le Vietnam s’est transformé d’importateur net de riz en deuxième exportateur de riz au monde, et son ambition de rendre la Sierra Leone autosuffisante sur le plan alimentaire, le président Bio a fait de l’agriculture et de l’aquaculture la base de sa coopération. Les deux pays ont signé des accords de coopération en matière de politique et d’économie, d’agriculture et d’aquaculture.

Dans le cadre de ces accords, la Sierra Leone bénéficiera de conseils d’experts et de transferts de technologies, tandis que le Vietnam aura la possibilité de produire et de transformer le poisson et le riz de la Sierra Leone. Cela permettra d’accroître la productivité dans ces secteurs.

La Sierra Leone peut transformer les liens bilatéraux avec le Vietnam en relations tripartites, où les fonds des donateurs occidentaux, voire les investissements chinois, sont utilisés pour financer des projets communs avec des experts vietnamiens. La délégation du président Bio, lors de sa récente visite au Viêt Nam, comprenait également des agents du secteur privé qui se sont engagés à un niveau interentreprises et partagent la responsabilité de maintenir les gains de la coopération.

Le paradigme de la coopération mondiale au développement est en train de changer, et l’Afrique a besoin de partenaires non traditionnels avec lesquels elle peut apprendre et évoluer. Le Vietnam est l’un de ces partenaires.

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