Guerre civile en RCA : La Russie déclare la guerre au général François Bozize et à la CPC

Sur fond d’ingérence, l’Ambassadeur de Russie a ouvertement menacé le chef rebelle François Bozizé, alors que a France, son présumé soutien, fait le “raisonnable”.

Coutumier du parti pris pour les autorités légales de son pays d’accueil qui a manifestement toutes les faveurs de la Russie, le chef de la mission diplomatique russe en République Centrafricaine y est de nouveau allé de son propos incendiaire contre la rébellion dirigée officiellement depuis quelques semaines par l’ancien président François Bozizé.

L’Ambassadeur Vladimir Titorenko a-t-il personnellement un problème avec l’opposant François Bozize ? Indubitablement, oui, au regard des noms d’oiseaux dont il traite l’ancien tombeur du président Ange-Félix Patassé, lui-même renversé après 10 ans de pouvoir par Michel Djotodia, dirigeant du mouvement rebelle Séléka.

De ce fait on peut comprendre que le diplomate russe n’ait pas usé de circonlocutions pour appeler sans détour le dirigeant du parti Kwa Na Kwa (KNK) qui a récemment pris la direction du groupe armé Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC) à déposer impérativement les armes au risque d’être “neutralisé”.

“Il a déjà perdu son poste de chef de la CPC, il est juste coordonnateur. Il y a une seule solution à ce problème : soit Mr Bozizé et les autres leaders des groupes armés qui sont sur la liste de sanction du Conseil de Sécurité laissent la lutte armée contre le gouvernement ou soit ils continuent leur lutte je ne peux pas exclure que pendant les opérations militaires, qu’ils soient neutralisés par les forces armées de votre pays”,

A déclaré le diplomate en poste à Bangui.  

Or quand on sait le caractère teigneux de l’ancien officier général de l’armée centrafricaine et ancien président de la RCA, d’une part, et les méthodes froides et brutales de la superpuissante Russie dont des instructeurs travaillent aux côtés des Forces armées centrafricaines (FACA), d’autre part, on peut envisager difficilement un proche avenir en Centrafrique qui ne s’écrive pas en lettres de sang, et ne débouche pas sur l’exécution  de François Bozize qu’une certaine opinion dit à tort ou à raison bénéficier de la bienveillance de la France –principale rivale géostratégique de la Russie en Afrique-.

Bozize en danger de mort sauf à se rendre

A la suite de la déclaration de l’Ambassadeur Vladimir Titorenko, ils sont nombreux les observateurs à parier que les jours de Bozize sont comptés.

« C’est la méthode Poutine qui va lui être appliquée. Ce sont les soldats russes et rwandais qui dirigent les combats, et quand il y a les résultats positifs qu’on a vus ces derniers jours avec la reprise du contrôle de nombreuses localités par les “loyalistes”, ils passent derrière et mettent les FACA devant pour récolter les lauriers. Ils ont les moyens militaires et tactiques de tuer Bozize et ensuite, ils feront croire que c’est les FACA. Or tout le monde sait ici que les FACA formés par la France, ce sont des scouts et non une armée. »,

confie à Cameroonvoice un journaliste centrafricain qui a requis l’anonymat à cause de son appartenance politique.

En tout cas, comme il fallait s’y attendre, le propos controversé de Vladimir Titorenko suscite un énorme quiproquo en RCA où l’Ambassadeur est jugé très sévèrement par l’opposition au régime du président Archange Touadera le comme le rapportent nos confrères de la #Deutsche Welle.

L’ambassadeur russe pragmatique ou plus royaliste que le roi

Il en est de Serge Simon Bozanga, porte-parole politique de la CPC, pour qui « Monsieur Vladimir Titorenko sort complètement de son devoir de réserve en sa qualité de diplomate en s’immisçant de façon grossière et insolente dans les affaires intérieures de la République centrafricaine ». Pour ce proche de François Bozize Yangovounda, l’intervention du diplomate est la preuve, s’il en était besoin, de la volonté de la Russie de donner un coup de pouce à Mr Touadéra  et à son gouvernement, et surtout de « régler la crise sécuritaire centrafricaine non pas par la voie diplomatique, mais par celle des armes ».

 Comme de Joseph Bindoumi, président de la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme, lui aussi interviewé par la D.W. : « Il n’a pas le droit de sortir du cadre de la diplomatie pour se mêler de la question qui concerne la cohésion de la vie en République Centrafricaine. Donc si j’avais été ministre des Affaires étrangères de la République Centrafricaine, j’allais demander au chef de l’État très respectueusement de contacter son collègue de la Russie de nous envoyer quelqu’un de plus posé, de plus diplomate, pour nous orienter dans des actions que nous avons à mener par rapport à la sortie de crise en République Centrafricaine. ».

De manière générale, à en croire des sources médiatiques à Bangui, des diplomates d’autres pays accrédités au pays de Barthélemy Boganda se sont offusqués sous cape des déclarations de monsieur Titorenko « qui frisent l’ingérence la plus insolente et la plus provocatrice, pire que celle que l’on a souvent reprochée à la France. ».

« En 2011, la France s’est servi du prétexte du droit d’ingérence humanitaire pour renverser le régime légitime de Gbagbo en Côte d’Ivoire et celui contesté de Kadhafi en Lybie, mais c’était des puissants ceux-là, ici, la Russie veut jauger ses muscles sur la rébellion comme elle l’a fait en Syrie, sans du reste rien régler. », affirme pour sa part Etienne Doudane, militant du parti Convention républicaine pour le progrès social (CRPS) de l’ancien Premier ministre Nicolas Tiangaye, qui ajoute que « Curieusement, c’est la France qui se montre la plus raisonnable dans l’affaire-ci, alors que très souvent, elle a été du côté de la guerre totale… ».

Paris dépassé par la tournure des choses ou plus raisonnable que Moscou ?

Justement, évoquant la crise centrafricaine avec nos confrères de RFI, le secrétaire d’État français aux Affaires étrangères Jean-Baptiste Lemoyne, en route pour Bangui où il a assisté ce mardi à la prestation de serment du président Touadéra, a donné une position de Paris qui s’inscrit en faux contre le tout militaire : « … Il est important qu’il y ait une solution politique, qui permette à tous les Centrafricains de se reconnaître dans l’action conduite. Il n’y a pas de solution militaire, et d’ailleurs, le président Touadera nous l’a dit, dans ces mots-là, aussi. Donc le vœu que nous formons, c’est que ce dialogue soit fécond, qu’il permette aux Centrafricains de se développer dans de meilleures conditions. ».

Il n’est pas exclu que les dispositions conciliantes de la France soient dues au fait que ses  “protégés” sont en train de perdre du terrain face à la force de feu conjointe russo-rwandaise, mais des pourparlers débouchant sur un accord, fut-il mauvais, sont toujours l’idéal, rapportés à une guerre meurtrière au cours de laquelle des humains écrasent des humains et les soumettent. Car dans le deuxième cas le risque que les vaincus entreprennent quelque chose pour tirer vengeance devient permanent.   

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