Le Cameroun des (dernières) grandes ruses

On se souvient de ce jeune sociologue camerounais vivant à Paris, dans une de ses sorties le 19 septembre 2012 où il analysait déjà les méthodes d’épuration du système tout en s’interrogeant sur les capacités réelles des magistrats à prendre leurs responsabilités pour se libérer du joug de l’exécutif. Il revient à la charge avec une analyse des plus fines sur les motivations réelles d’un clan au regard des derniers évènements intervenus dans notre pays.

La fin est proche, et tout le monde en est conscient désormais… Mais bien malin celui qui aurait pu imaginer qu’elle serait aussi violente, carnassière et pathétique !

Tout avait pourtant si bien commencé entre le peuple camerounais et celui qui avait juré la main sur le cœur qu’il ne faillira point. Mais trente ans de cavalerie, de flibusterie, de laxisme, de redondance, ça use, ça casse une relation, les aventures même les plus naïves, et le peuple en est sorti groggy.

Paul BiyaL’organisateur en chef du chaos n’est pas épargné non plus, dépassé par le système qu’il a lui-même patiemment bâti pour pouvoir se succéder éternellement à la tête de l’Etat en se jouant de la patience de son peuple.

Désormais réduit au rang de metteur en scène de films de séries B, le voilà à la manœuvre entouré de ses petits machinistes avec lesquels il ne semble plus tellement s’accorder sur la suite à donner aux évènements, tant les intérêts paraissent divergents : lui, sentant la fin proche, et contrairement au laboureur, multiplie manœuvres et artifices sur tous les fronts dans une véritable course contre la montre, donnant l’image d’une âme en peine et en transit pour le purgatoire.

Les machinistes quant à eux, à l’appât toujours accrochés, mais redoutant la fin de si nombreux avantages de cour, font feu de tout bois en multipliant les procès en sorcelleries et autres incendies qu’ils allument partout… sur très hautes instructions !

Aucun secteur n’est épargné et il a fallu le dénouement du feuilleton ‘’Fecafoot ’’ pour que tombent les masques et qu’on comprenne enfin que les Engo, Edzoa, Edou, Belinga, Marafa, Fotso, Mebara, Inoni, Olanguena, Siyam, Etondè Ekotto, Forjindam, Haman Adama et compagnie préfiguraient tout simplement notre véritable posture : nous sommes tous en liberté provisoire dans le scénario qu’ils ont concocté hors la vue des non-initiés, eux qui comprennent à leur manière ce que signifie « Siège des Institutions »… un peu comme ce ministre de la République qui, après avoir apposé sa signature au bas d’une pétition demandant aux allogènes de quitter Yaoundé, continue à trôner et à pérorer aux côtés du président de tous les Camerounais.

Marafa nous avait déjà prévenus lorsqu’il est monté au créneau pour dire sa part de vérité et nous édifier sur la nature réelle des enjeux et le fonctionnement des Institutions. A partir de cet instant une grande partie de l’opinion a marqué un temps pour s’approprier la méthode et se faire une idée précise de l’objectif programmé au cours du procès ouvert contre l’ancien ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation. Quand sa condamnation à 25 ans de prison ferme tombe sans que la démonstration n’ait été faite que les deux éléments fondamentaux  – matériel et moral – étaient bien réunis, preuve venait d’être faite qu’il avait été décidé quelque part, dans une officine noire, qu’il devait être écarté par tous les moyens et il venait de remporter là, une éclatante victoire qui l’a immédiatement propulsé au rang de prisonnier politique, comme la suite des évènements viendra le confirmer.

C’est grâce à cet éclairage que l’agenda du metteur en scène est devenu lisible pour le commun des Camerounais qui, en revisitant les grands moments de son parcours, a fini par comprendre qu’il s’agit en fait pour le concerné d’atteindre un seul objectif, très personnel, et devenu une idée fixe : ‘’finir’’ au pouvoir tout en créant le chaos par un pourrissement de l’environnement.  

Il a tué l’économie, il a tué le sport, il a corrompu les mœurs et les esprits et il a planifié la mise hors-jeu de l’essentiel de ce qui, au rang de ses collaborateurs, représentait une forme de relève crédible, tout en noyant de temps en temps le poisson avec du menu fretin. Il a multiplié les manœuvres pour que son entrée dans l’éternité survienne pendant qu’il tient encore les rênes du (de son) pouvoir.

Le voilà à présent fâché avec Dieu qui prolonge indéfiniment les choses tout en lui ôtant la capacité à endormir le peuple qu’il lui a confié.

La piètre lutte contre la corruption empêtrée dans ses propres contradictions n’intéresse plus grand monde, en tout cas pas tant que des personnalités jugées proches du metteur en scène et régulièrement citées dans de nombreux scandales – à l’instar de Michel Meva’a Meboutou – continuent à se pavaner sans être le moins du monde inquiétées.

L’affaire Iya/Fecafoot est venue conforter l’argumentaire de Marafa et révéler au grand jour la stratégie huilée de mise à mort faite d’acharnement et de violence sur le plan psychologique.

Si Iya était véritablement le problème du football camerounais – qui peut se jouer sans infrastructures, soit dit en passant -, la logique aurait voulu qu’il fût coincé au niveau de la Fecafoot. S’il est impossible de lui trouver des poux à la tête de cette association, la méthode tropicale aurait été des plus efficaces : le metteur en scène hymself avait juste à le convoquer pour lui demander de rendre le tablier… Mais nous connaissons la réaction des chargés de mission, nos valeureux machinistes : Iya est qui ? Traduite dans chacune de nos langues, cette interrogation montre toute la violence et tout le venin qu’on a envie de cracher sur le récalcitrant, l’empêcheur de tourner en rond… : et n’est pas loin de nous rappeler le fameux (i) ‘’ le Cameroun n’ira pas au FMI ‘’… et on a tout de même fini par y aller pieds et poings liés, sans capacité réelle de négociation : c’était déjà une forme de ‘’ Qui sont-ils ? ‘’ (dans nos langues)…. (ii) Transparency International publie-t-elle son indice de perception de la corruption qui classe le Cameroun en tête du hit-parade qu’on rue dans les brancards pour demander ses critères d’analyse… une autre forme de ‘’ Qui sont-ils ‘’ (toujours dans nos langues). On connaît la suite !

Iya MohammedDans le feuilleton Iya/Fecafoot, on a délibérément fait le choix d’humilier la nation toute entière en allant chercher dans des considérations qui nous ont éloignés du sujet et en recourant à des méthodes dignes du Kgb et de la Gestapo. En sourdine, on susurre que la véritable faute d’Iya est d’être resté longtemps à la tête de cette association… Le serpent se mord la queue : le champion du monde toutes catégories dans le registre de la longévité à la tête d’une institution est bien connu, et c’est le metteur en scène.

Nous sommes souverains et nous faisons ce que nous voulons, semble-t-on dire : Iya ira à la potence, coûte que vaille… Le voilà donc affublé de fautes de gestion – à grand renfort de publicité – à la tête d’une entreprise aux résultats éloquents et dont les actionnaires, le Cameroun, l’Afrique ont des raisons d’être fiers. Le Cameroun perd-t-il son match contre le Togo, le responsable est tout trouvé, c’est le mouton Iya-victime expiatoire… Aussitôt les machinistes entrent en scène et Iya est cueilli aux aurores sur très hautes instructions…  Mais la main de Dieu plane et voilà le Cameroun qui l’emporte finalement sur tapis vert à la suite d’une faute de son adversaire.

On comprend de mieux en mieux Marafa qui a choisi de mettre tous les éléments importants du dossier à la portée du public, lequel a constaté qu’aucune des accusations portées contre lui ne résistaient vraiment à l’analyse des faits. Imaginons que tous les présumés coupables de détournement de deniers publics aient adopté la même stratégie…

C’est l’indépendance de la justice qui est mise en cause, et venant d’un pays qui compte sur les investissements directs étrangers (Ide) pour l’accompagner sur le chemin de la croissance, il va être difficile de convaincre la communauté des pays amis et autres partenaires au développement que le Cameroun n’est pas en train de renouer avec l’insécurité juridique.

Iya  est peut-être le problème du football camerounais, est-il également le problème du sport camerounais en général ? Face à cette question, le réveil est brutal et les passions s’estompent. La réalité est dure : où sont les infrastructures construites en 30 ans ? Le deuxième pont sur le Wouri est devenu un véritable serpent de mer, provoquant au passage l’ire des chefs traditionnels du Littoral généralement portés sur  la réserve. Pour le comice agro-pastoral d’Ebolowa, nous savons qu’il a fallu du temps… ! comme pour paraphraser un brasseur de la place.
La fuite en avant n’est pas une politique, l’émasculation de la société est un mauvais choix tout comme la ruse, la duplicité ne font pas un homme d’Etat.

Et pourtant ! Voilà ce que nous a servi le metteur en scène avec en prime les divisions, les guerres intestines, le culte de la personnalité et la légèreté au sommet de l’Etat.

Mais le chef a cessé d’être chef, comme Saül qui, se doutant qu’il n’avait plus l’onction de Dieu, s’est lancé aveuglément à la recherche du nouveau roi d’Israël… nous connaissons la fin de l’histoire !

Chez nous, Saül voit le symbole de David partout, même dans son sommeil, et frapper tout ce qui y ressemble constitue sa principale activité dans laquelle il jette ses dernières énergies. Mais chez Dieu tout est accompli, et l’homme continue à proposer… ! Personne n’ose dire au roi qu’il est nu !

Au lendemain d’une visite en France, et contre toute attente, voilà que le metteur en scène s’offre un Sénat taillé sur mesure… 17 ans après, 17 longues années après ! Tous les laudateurs applaudissent des deux mains dans un concerto en Bi majeur de « mieux vaut tard que jamais » !

Toutes ces contorsions, tous ces tripatouillages sous forme de reports, de violation de consensus, pour arriver à un tel résultat, on est tenté de dire : tout ça pour ça ? Il n’y a que ses créatures pour penser qu’il est fin tacticien, passé maître dans l’art de la guerre, alors que la bêtise le disputant à l’égoïsme ajoute à la frustration devenue la chose la mieux partagée.

Dans cet environnement, il ne se définit plus comme simple organisateur du jeu, mais comme maître du temps. Quand nous savons à qui appartient le temps, on peut aisément deviner dans quel monde vit désormais le metteur en scène, détaché des préoccupations du petit peuple.

Fidèle à sa promesse de continuer le combat, Marafa abat une sixième carte par laquelle il reprend l’initiative en annonçant une série de mesures de nature à améliorer notre environnement politique et à renforcer le processus de démocratisation.

Dans son exposé des motifs, il rappelle toutes les préoccupations des acteurs politiques et aligne des pistes de solution fortes pour nous arrimer à la modernité et apporter une dose d’équité dans le jeu politique.

Si des aspects purement techniques tels que : la remise de la carte d’électeur à chaque citoyen au moment de son inscription sur les listes, l’introduction du dossier médical dans le grand dossier de candidature à l’élection présidentielle, le retrait de l’administration du processus électoral, ont été évoqués avec moult précisions, il ouvre le débat sur notre rapport avec la construction de la cohésion sociale.

L’immense majorité des Camerounais pense comme lui que la représentation nationale actuelle ne reflète pas équitablement la réalité démographique et sociologique de notre pays, avec une disparité des plus criardes au niveau départemental, sans compter que les Camerounais de l’Etranger n’ont tout simplement pas voix au chapitre.

Marafa Hamidou YayaUne analyse rapide sous l’éclairage de Marafa démontre à souhait que la répartition actuelle des sièges à l’Assemblée nationale n’obéit à aucun critère : ni sur le plan démographique, ni sur le plan de l’importance des localités dans la carte administrative.

Il s’agit tout simplement, selon une vieille méthode, de planifier en toute légalité l’existence de viviers favorables au R.d.p.c. en lésant les grands centres, bassins de brassage, où le vote ethnique n’est guère possible. Et le tour est joué, comme dirait une vedette locale de la chanson !

Marafa estime donc que de telles méthodes appartiennent à un passé révolu et qu’il est temps de préparer un nouvel ordre pour la Société de Confiance qu’il propose aux Camerounais et qui ne pourra pas se faire sans équité ni justice si on recherche la paix des cœurs essentielle à la préservation de Paix qui est absence de velléité d’affrontement ou de rupture violente de la cohésion sociale.

L’équité devient donc l’élément fondamental dans la quête d’une Assemblée digne de ce nom et à même de jouer son double rôle de représentation nationale et de contre-pouvoir. 

En d’autres termes la proposition de Marafa d’établir des critères consensuels dont découlerait la répartition des sièges est tout aussi primordiale pour que les uns et les autres soient édifiés sur les règles du jeu au lieu de laisser un individu décider tout seul, fût-il, le temps de la durée du mandat, la clef de voûte des Institutions. Et cette répartition devra absolument intégrer les Camerounais de l’étranger pour affirmer « que nul ne sera exclu du champ de la construction nationale », comme aimait à le dire l’illustre prédécesseur du metteur en scène.
Cette sortie de Marafa qui venait de reprendre l’initiative est arrivée entre les mains de son destinataire qui a dû piquer une colère et a sursauté en disant : Il est qui ? (dans sa langue)… d’où la convocation du corps électoral pour des élections couplées – municipales et législatives – dans la précipitation, créant le désarroi, même dans son propre camp. Il venait ainsi de rappeler à son ancien collaborateur que c’est lui le maître du jeu devenu également par sa seule volonté le maître du temps politique… ou tout simplement du temps.

Mais tout ceci l’enferme dans d’énormes contradictions qu’il n’a plus le temps de gérer : pourquoi des élections municipales et législatives maintenant, alors que tout le monde s’accordait à dire qu’il eût été plus sérieux de les programmer avant les sénatoriales pour entourer le tout premier Sénat de l’histoire du pays d’une légitimité irréprochable.
A l’intérieur de son propre camp, il est obligé de se dédire complètement et de contourner un principe fondamental qu’il annonça jadis personnellement à un des rares congrès de son mouvement : « Le R.d.p.c. n’est pas un parti d’Etat-major », martelait-il ! Le fonds de commerce de toute cette formation c’était de se targuer d’avoir donné l’exemple en matière démocratique… Mais voilà-t-il qu’ils doivent tous ravaler leur chapeau pour expliquer aux militants de base que les primaires qui étaient une bonne chose hier représentent désormais un danger… Oui, mais pour qui ?

C’est ainsi que finit un règne de mensonges, de duplicité, de ruses, de roublardise… et de violence, à l’image de toutes ces vies brisées pour assurer la survie d’un système qui n’a  produit que l’incompétence et la décadence.
Le fameux décret du 03 juillet qui venait en réponse à l’intervention de Marafa et portant répartition des sièges est un brillant exemple de la forfaiture dont il est devenu maître, mais qui réaffirme cette logique de soif du pouvoir pour le pouvoir, du pouvoir pour y rester, du pouvoir pour y mourir. C’est une simple reconduction du décret N° 92/013 et qui en reproduit également les injustices tout en consacrant l’exclusion des Camerounais de l’étranger à qui on a pourtant promis d’en faire des citoyens à part entière.

L’histoire est en marche, nul ne peut l’arrêter ! Mais il est temps de se poser des questions en se rasant le matin : sera-t-on toujours considéré comme celui qui aura apporté la prospérité et la démocratie ? Qui vivra verra !

Njocke François*

Sociologue (Paris)

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