CAN2021 et politique – Faire la même chose à chaque fois et en attendre un résultat différent : un paradoxe camerounais ?

Le Cameroun a beau être le Cameroun comme aiment à le clamer les adeptes de cette niaiserie déclamée avec la gravité de l’annonce d’une découverte capitale, il n’en reste pas moins que le pays du président Paul Biya (auteur de la fumeuse boutade « le Cameroun c’est le Cameroun »), demeure sujet à des règles qui régissent l’existence. Par exemple celle qui veut que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Alors donc, la lenteur étant dans ce pays inhérente à la nature même des dirigeants qui n’ont pas encore commencé à appliquer l’article 66 de la constitution votée et promulguée par eux-mêmes sur la déclaration des biens, il y a 23 saisons pluvieuses et sèche, il n’est pas exclu que pour les mêmes raisons qui avaient amené la Confédération africaine de football (CAF) à retirer la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2019 au Cameroun, le pays des Mbappe Leppe, Jean-Pierre Tokoto, Roger Milla, Théophile Abéga, Omam Biyick, Patrick Mboma… se fasse souffler la Can 2021 par l’Algérie.

La procrastination: une maladie des gens qui ne savent ni anticiper ni faire les choses comme il faut

Car les véritables As de la procrastination, qui ont la prétention d’être les maîtres temps pensent qu’il est impossible que ce qui sépare aujourd’hui de demain soit parfois un simple clin d’œil. Pour eux, demain c’est dans un millénaire.

C’est ce qui leur a fait croire, au moment de voter et promulguer la Constitution du 18 janvier 1996, que deux fois un mandat de sept ans équivalait à toute l’éternité. A telle enseigne que surpris, des années plus tard, qu’un mandat présidentiel de sept ans renouvelable une seule et unique fois ne faisait au plus que quatorze ans, ils se sont mis à courir pour rattraper la démocratie avancée et la rafistoler, afin d’en faire une « démocratie apaisée » qui confère au roi de la république un nombre illimité de septennats de navigation à vue sur fond de gouvernance à l’emporte-caisse et sur le modèle de “la démocratie emballée”.

Qui oublie d’ailleurs que ces champions de la remise à demain de tout ce qu’il y a à faire aujourd’hui – quitte à trouver malheur en chemin-, ont déjà réussi l’astronomique exploit, illustration on ne peut plus anecdotique du peu de cas qu’ils font des normes, de célébrer en 2014, les « Cinquantenaires de l’Indépendance et de la Réunification » d’un Cameroun qui a accédé à la souveraineté internationale en 1960 et a été réunifié en 1961, soit quatre ans et trois ans après les années correspondant aux 50 ans respectifs des deux événements.

À LIRE
Cameroun : Des ‘‘repentis’’ de Boko Haram sèment la terreur à Kolofata (Extrême-Nord)

Le temps du régime Biya n’est pas le temps des hommes

Ne soyons donc pas surpris que les même causes produisant les mêmes effets, des « patriotes » de la 25ème heure se remettent à jouer, éplorés, la rengaine de la victimisation à outrance, en pointant un doigt accusateur sur les “ennemis de l’intérieur”, “ressortissants d’une certaine ethnie qui envahi(ssen)t les autres”, sans oublier une “certaine presse” « à la solde de l’impérialisme étranger qui veut à tout prix déstabiliser notre cher et beau pays, placé par Dieu sous la conduite éclairée du plus grand nationaliste patriote panafricaniste de tous les temps ». Le seul qui n’a pas encore dit à son peuple, et à l’Union Africaine ce qu’a été la moisson du Grand Dialogue National qu’il a lancé récemment sur instructions de la France, mais qui s’est empressé d’aller en « rendre compte au président Macron ».

Ces mêmes accusations avaient fleuri à l’époque du retrait de l’édition 2019. Un retrait qui avait été pourtant secrètement décidé in extrémis au palais de l’Unité entre le président Biya, le président Ahmad Ahmad de la Caf et, dit-on, leur interface, l’international de foot Samuel Eto’o. Mais quoique le sachant, les animaux malades de la peste du régime et leurs journaux trempés à l’encre de la mauvaise foi avaient rué sur les brancards, accusant la CAF d’avoir agi hâtivement sous la dictée d’un nouveau président de la CAF revanchard, désireux de faire payer au Cameroun l’outrage de son fils Issa Hayatou contre Madagascar alors que plus de 7 mois séparaient la décision de retrait et le démarrage effectif de la compétition en juin 2019, et surtout, alors que les travaux de construction des infrastructures devant accueillir la CAN et connexes étaient presque terminés, pour ne pas dire “réalisés à 99%” et devaient l’être à 100% au plus tard en mars 2019. Depuis lors, une année entière a coulé sous les ponts. Et on, on, on attend ! on attend les stades, les stades ne viennent pas, Iyééééééh !!!

Il suffira par exemple de remettre ces accusations pour qu’après un retrait qui s’annonce à grandes foulées de la CAN 2021, la CAF attribue au Cameroun celle de la Côte d’Ivoire différée à 2023. Et ainsi de suite, jusqu’à la fin du monde. C’est une recette camerounaise : faire la même chose et espérer vainement un résultat autre que celui obtenu la/les fois précédente(s).

À LIRE
Cameroun : Paul Biya et les crapules qui rêvaient aussi d’un destin présidentiel

Même l’opposition a fini par copier. Quand elle ne boycotte pas des élections parce que le système électoral est mauvais et “taillé sur mesure pour Paul Biya et le Rdpc” (législatives de 1992 et présidentielle de 1997), et laisse justement Biya et le Rdpc les remporter sans encombre, elle participe à des élections dont le processus, du début jusqu’à la fin, fait de toute consultation électorale disputée au Cameroun, une sorte de “jeu à qui perd gagne” pour le Rdpc et Biya, qui n’ont jamais aussi remporté haut la main une élection que lorsqu’ils l’ont perdue. Et si vous leur dites que laisser à l’adversaire le soin de décider de vous écraser, de vous tuer, de vous emprisonner, de vous voler des victoires n’a jamais renversé aucune dictature au monde, ils vous conjugueront à tous les temps Mohandas Karamchand Gandhi dit le Mahatma, Martin Luther King Jr., Mandela post-Roben Island… oubliant de convoquer d’autres figures, comme si les méthodes de ces grandes âmes auraient pu faire prospérer les causes pour lesquelles elles se battaient, s’il n’y avait pas eu les Jawarlal Nehru, les Malcolm X, Nelson Mandela d’avant le “procès de Rivonia” en 1964, avec ses compagnons Sisulu, Mbeki, Mhlaba, Mlangeni, Motsoaledi,Kathrada, Nair, Goldberg, Bernstein, Hepple, Goldreich, Wolpe, Kantor,et plus tard, Nomzamo Winifred Zanyiwe Madikizela dite Winnie Mandela pour défendre ces causes et valeurs.

Et un observateur de dire alors : « Continuez d’aller, la justice et l’éthique pleines les mains, à des élections dont les résultats consolidés au niveau des commissions communales, départementales et de la Commission générale de recensement sont différents de ceux sortis des bureaux et centres de vote, parce que sortis directement des chambres des richissimes et influentissimes élites locales du Rdpc; ensuite, continuez de faire des marches pacifiques au cours desquelles on vous tire dans les jambes, vous emprisonne pendant neuf mois, condamne certains d’entre vous à des peines privatives de liberté en années, abandonne des poursuites contre d’autres, et on verra combien de personnes vont continuer de prendre le risque de vous suivre sans la garantie que le respect de leur vie sera imposé à leurs bourreaux. ».

Facebook Comments
- Publicité -
- Publicité -

Plus populaires

Incarcérés depuis bientôt 1 an, une quinzaine de militants...
Alors que les interdictions se multiplient à l’endroit des...

Autres actualités

- Publicité -
Facebook Comments