Chasser un régime en quête d’éternité : Après le Soudan et l’Algérie la Guinée montre la voie

Jeudi noir… de monde, la journée du 7 novembre 2019 l’aura été dans les rues de Conakry, la capitale de la Guinée, prise d’assaut par une population majoritairement aussi acquise au départ du président Alpha Condé, qu’elle est hostile à toute modification de la constitution pour instaurer des mandats présidentiels illimités.

A la tête du pays depuis 2010, et voyant poindre à l’horizon 2020 qui correspond à la fin de son deuxième et dernier mandat, le Pr. Condé essaie de manigancer pour lever le verrou constitutionnel de la limitation des mandats. Et c’est même avec arrogance qu’il lance des signaux de défiance au peuple guinéen et à sa Loi fondamentale qui ont tort à ses yeux de n’avoir pas compris qu’a priori comme a posteriori, une mandature de 10 ans ne peuvent pas suffire à son gigantesque égo.

La “vague rouge” anti-Condé en marche

« Quand on refuse on dit non » est le titre d’un roman inachevé et finalement posthume du défunt écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma. La maxime a été visiblement bien assimilée par une bonne et importante frange de la population guinéenne qui est descendue dans la rue jeudi, dans la capitale Conakry même, mais aussi dans l’arrière-pays, à Boké, à Dalaba, à Mamou… portant des tee-shirts rouge, d’où la dénomination de vague rouge accolée au mouvement, pour dire son hostilité catégorique au désir d’éternité du néo-dictateur Alpha Condé.

Halte à un projet machiavélique et déraisonnable

Qu’il se fût agi d’« un million et demi de Guinéens rien qu’à Conakry», comme l’a déclaré un des leaders du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), Fode Oussou Fofana, de plus ou de moins, la participation massive des Guinéens à ce front du refus d’un troisième mandat présidentiel plaide à elle seule pour que le Pr. Condé se plie aux aspirations d’un peuple qui n’a même pas craint de faire les frais de la répression alors qu’elle n’a même pas fait le deuil de la dizaine de Guinéens qui ont payé de leurs vies, il y a un mois la soif d’alternance après une décennie de “Condisme” stérile et fantasque. Et ils comptent remettre ça jeudi prochain, 14 novembre.

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Des opposants unis pour l’objectif commun, essentiel, fondamental

« Nous ferons encore mieux la semaine prochaine », ont affirmé les leaders de l’opposition, à l’instar de Alhassane Diallo, responsable de l’organisation du FNDC à Dalaba, qui s’est voulu abondamment clair en répondant à une préoccupation de nos confrères de Guineematin sur la suite de l’affaire.
Comment pouvait-il en être autrement alors que comme un seul homme les Guinéens, dans leur grande majorité, affirment leur détermination à « continuer ce combat jusqu’à la victoire finale », comme le martèle Foniké Menguè, coordinateur du FNDC, adjurant Alpha Condé de « renoncer à ce projet machiavélique » ? Une résolution reprise en chœur par ses collègues, dont l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, qui affirme, en parlant du président, « Nous lui ferons tout de même comprendre que la Guinée ne veut pas de troisième mandat ». Non sans avoir constaté qu’« Alpha Condé a perdu la raison ».

Sur quoi débouchera ce bras de fer entre l’ancien opposant aux régimes Sékou Touré et Lansana Conté qui n’a pas hésité à troquer le costume du héros qui a fasciné les Guinéens en 2010 contre celui d’un boulimique réactionnaire de la gloire facile du pouvoir ? L’observateur se gardera de tout pronostic, un wait and see convenant le mieux.

La “vague rouge” en action et démonstration

Il n’en demeure pas moins que les expériences, ces derniers mois, des manifestations populaires massives dans des pays africains comme ce qui est en train de se passer en Guinée, ont réussi à emporter des régimes impopulaires et au long règne comme celui de Abdelaziz Bouteflika d’Algérie le 2 avril, et celui de Omar el Béchir du Soudan le 11 avril 2019, pour ne citer que ceux-là.

Des expériences qui font pâlir d’envie les peuples et armées de certains pays du continent qui ont encore mal à leurs dictateurs, mais qui sont très frileux pour consentir à se mobiliser massivement afin d’aller à l’assaut de la citadelle de l’oppression, donnant le sentiment de vouloir que leur malheur se résorbe de lui-même. Ce qui reviendrait à attendre que tombe du ciel toutes rôties, les alouettes de la liberté.

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