Cameroun : Pour Wilfried Ekanga, des élections dans le cadre actuel entraîneront plus de dégâts que de solutions

Les élections en février, POUR MOI, C’EST NON !

Sans un vrai dialogue national, une réforme totale du mode d’élection et la garantie des libertés publiques, il n’y a pas de raison de croire que les élections législatives et municipales du 9 février 2020 seront un jeu institutionnel normal, différent des élections qui se déroulent au Cameroun depuis 1992. C’est un avis de l’analyste politique et proche du MRC, Wilfried Ekanga, qui ne va certainement pas plaire aux partis dits de l’opposition, mais surtout au sien, le MRC, qui a affirmé avoir toujours refusé  de faire la politique de la chaise vide.

Ci-dessous, l’intégralité de la tribune de Claude Wilfried Ekanga Ekanga

Les élections en février
POUR MOI, C’EST NON !

Quand je parle d’ « implication » politique, je ne dis pas qu’il faut se jeter tout de suite sur des postes administratifs (maire, conseiller, député, ministre, président …) juste parce que l’occasion se présente. Et surtout pas quand le pays connaît à l’instant des préoccupations autrement plus urgentes.

On ne devient pas député ou ministre pour faire un bon travail citoyen. C’est en faisant un bon travail citoyen qu’on deviendra un jour député ou ministre, en guise de consécration.

S’impliquer en politique, c’est réfléchir sur ce qui est bien, non pas pour soi-même ou pour sa famille, mais pour le pays tout entier. C’est donc une responsabilité générale. Or, il y a des gens qui, même sans être du RDPC, iront à ces élections pour réaliser leur rêve de devenir député, d’arrondir leurs fins de mois et de se faire appeler « Honorable ». Et pour eux, la politique s’arrêtera là, comme elle s’est arrêtée pour Momo en 2019.

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Nous sommes face à un régime méchant, pervers, et barbare. Un ramassis de monstres prêts à tout pour conserver ce précieux pouvoir qui leur apparaît comme une propriété privée. C’est pourquoi malgré le sinistre du NOSO et malgré l’évidence qu’aucune élection ne sera possible là-bas, ils ont quand même décidé de fixer l’échéance à dans trois mois. C’est du cannibalisme politique. Un manque total d’humanité.

A côté de cela, il y a le même code électoral qui nous a fourni le triste spectacle du conseil constitutionnel en 2018, et qui déclare le RDPC vainqueur avant même que le scrutin n’ait débuté. Cette fois encore, il aura 71% de députés à l’assemblée et 8000 conseillers municipaux, parce que les jeux sont en sa faveur, et parce que ce sont des RDPCistes qui tiennent l’administration.

Ce qui vient expliquer le 3ème problème : la répression des libertés publiques. En ce moment même, des sous-préfets désertent leur lieu de travail pendant que d’autres refusent catégoriquement de signer des fiches qui compléteront le dossier de candidature de certains membres de l’opposition. En parallèle, on vous refuse l’entrée à Ebolowa parce que « c’est le socle granitique de Paul Biya », et la police aux ordres applaudit.

Comment allez-vous obtenir la majorité absolue (91 sièges) au parlement quand vous n’avez même pas le droit de faire un meeting dans certaines régions ? Et qu’est-ce que Cabral Libii compte faire bouger au parlement avec 5 ou 6 députés acquis en zone Bassa ? Aller à ces élections dans le cadre actuel, c’est foncer droit vers la fournaise. Elle entraînera plus de dégâts que de solutions.

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Malheureusement, tout le monde compte y aller. Même les partis qui ont décidé de boycotter vont changer d’avis à la dernière minute et partir. Alors que la solution consiste à faire bloc et front commun et à organiser une pression colossale envers le régime, pour que soient d’abord réalisés ces trois préalables absolus :

– La convocation d’un vrai dialogue national (avec la bande à Ayuk et tous les plus farouches ennemis des régimes, pour discuter sur tous les sujets, surtout ceux dont on ne veut pas discuter)

– La réforme totale du mode d’élection (contenu du code électoral et organisation des personnes et appareils électoraux)

– La garantie des libertés publiques (je veux pouvoir aller à Ebolowa et battre campagne sur la place publique sans qu’on ne me dise que les Bulu « ont le sang chaud » et que je dois partir)

Si ces trois abcès demeurent dans l’état actuel et que vous allez aux élections, les seuls gagnants seront : le RDPC qui aura conservé sa part du lion à l’assemblée et aux mairies, et – à titre personnel – certains acteurs d’en face (MRC, PCRN …) dont les partis auront glané ensemble une petite dizaine de sièges. Le pauvre peuple lui, pris entre deux feux, n’aura vu son quotidien en rien changer.

… Ou peut-être que si, finalement, puisque l’Harmaguedon sera là. 2020 s’annonce encore plus obscur que cette année qui elle-même, est loin d’être terminée.

EKANGA EKANGA CLAUDE WILFRIED

(J’ai consigné ma vision de l’implication politique dans mon ouvrage ci-contre : http://bit.do/TuDoisTimpliquer)

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