Cameroun/”Dou you ondastan mi” ? Biya et Ngoh Ngoh recrutent des traducteurs

Pour résoudre la crise anglophone, les principaux dirigeants camerounais ont décidé de recruter des traducteurs. Sans doute pour se faire mieux expliquer en français facile que le mot “secession” en anglais signifie ni plus ni moins sécession en français, et que la sécession n’est ni plus, ni moins que la conception, l’expression et la manifestation par un peuple de sa volonté –justifiée ou non- de ne plus appartenir à un Etat donné ou de ne plus en dépendre.

Un crime pour certains, passible de la peine de mort ou de la perpétuité ; démarche héroïque pour d’autres, à louer, comme celle qu’entreprirent Um Nyobe et ses compagnons auxquels les Camerounais rendent un culte mémoriel inattaquable, lorsqu’ils se battaient pour que les Cameroun oriental et occidental sortent des girons de la France et de la Grande Bretagne, et accèdent à la souveraineté internationale..     

Bien sûr, il aura fallu trois ans de guerre assidue, des dizaines de milliers de morts au compteur, des centaines de milliers de refugiés et d’exilés du fait de la répression,  des incendies criminels ayant ciblé des villages coupables de présumées sympathies…  “coupables”, des enlèvements/assassinats des amis et présumés “traitors” de “La République”, pour que le gouvernement comprenne la nécessité de se faire traduire de l’anglais en français le problème à l’origine de la crise anglophone.  « Dou You Undastan mi ? ».

C’est ainsi que naquit dans l’esprit de(s) chef(s) de l’Etat camerounais (officiel et en exercice), Paul Biya et Ferdinand Ngoh Ngoh, l’idée de prendre à bras le corps la crise dite anglophone en la résolvant à leur manière, soit en y apportant des solutions à tout le moins cosmétiques, soit tout à fait aux antipodes des exigences des anglophones.

  • Comme à l’époque où fut pensée et crée la Commission Nationale du Bilinguisme et du Multiculturalisme,  alors que les anglophones réclamaient une plus nette affirmation de leurs systèmes  éducatif et judiciaire et surtout que soient libérés leurs proches dont ils étaient sans nouvelles depuis les manifestations organisées par le Consortium de la Société Civile Anglophone ;
  • Comme à l’époque ou fut créé un Comité de désarmement Démobilisation Réinsertion alors que les insurgés anglophones ne juraient que par leur volonté de rendre le Cameroun ingouvernable si leurs leaders n’étaient pas montrés vivants;
  • [Comme lorsque]… ;
  • Et comme lorsque… ;
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Et surtout comme lorsque fut convoqué un Grand Dialogue National non exclusif en lieu et place d’un simple Dialogue inclusif, revoici le Cameroun  se lançant avec un volontarisme grandement ambitieux de procéder à la grande réalisation d’”un recrutement spécial de 500 traducteurs et traducteurs-interprètes au cours des cinq prochaines années, à compter de l’exercice 2020“, question d’offrir chaque année de grandes opportunités à une centaine de Camerounais de gagner leur pain en répondant en français à la question « are you getting me ? » ou « are you listening to me ? ».

Étrange coïncidence que celle de la survenue de cette décision présidentielle et le lendemain de la commission de l’impair communicationnel présidentiel avec le fameux « Do you understand me », devenu viral.

Et de mauvaises langues –comme il en pullule au Cameroun-  de calomnier nos autorités  soucieuses d’offrir des emplois au Cameroun : « C’est pour maintenir le statu quo d’une guerre supposée “très bénéfique” pour elles que les autorités camerounaises continuent de passer exprès à côté des solutions qui s’offrent à la lancinante et meurtrière guerre d’indépendance dans les régions anglophones du Cameroun et de celles qui leur sont proposées, y compris par des partenaires internationaux du Cameroun ? », disent ces langues serpentines, non sans ajouter que le transfert du pouvoir aux régions anglophones dont avait accouché le controversé Grand Dialogue National était plus important que le recrutement des traducteurs.

Il ne faut cependant pas oublier, à la décharge du président, auteur des recrutements, que compte tenu des lacunes en anglais des Camerounais francophones, il est tout à fait normal qu’ils soient encadrés par des traducteurs.

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Eh ! Oh ! Ici le Cameroun. Do you understand me ? Two minutes! Two minutes?

And you want say A dou waity jiassnow with ma long long toly ? *

*En pidgin-english, entendez « Et vous voulez que je fasse quoi maintenant de mon long discours? ».

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