Cameroun : Une loi sur la décentralisation clairement anti-Bamiléké : Benjamin Zébazé se prononce

J’ai essayé de lire les textes du gouvernement sur la décentralisation toute la journée d’hier. Le moins que l’on puisse en dire, est qu’il faut être courageux pour tout lire et comprendre ce qui sous-tend un tel texte.
Ce qui est, en revanche clair, et je m’en félicite, c’est que les auteurs de ce texte avaient un autre objectif que celui affiché : contrer les bamiléké sur le plan politique.

Au moins, on ne se cache pas et personne ne viendra plus nous parler d’égalité entre les Camerounais, d’unité nationale… dans la mesure où la Constitution hier, la loi aujourd’hui, indiquent que selon l’endroit où on se trouve, on est moins Camerounais que l’autre; on a moins de droits que lui.

UN TEXTE CLAIREMENT ANTI-BAMI

Je suis plutôt content, car cela fait des années que j’explique que ce pays n’est plus qu’un conglomérat de communautés qui se regardent en chiens de faïence, prêtes à en découdre: je ne récolte en retour qu’injures et mépris.
Lorsqu’on estime, sans avoir bien défini le concept d’autochtone, que seul ce dernier peut occuper certains postes dans une Région, qui peut encore contester le fait qu’une telle mesure vise la communauté Bamiléké ?

Cela va enfin ouvrir les yeux à beaucoup de nos compatriotes. Déjà sur les réseaux sociaux, vous constaterez qu’en dehors des groupes où les Bamilékés sont les plus nombreux, tous les autres ne trouvent rien contre les nouvelles lois ; bien au contraire, ils s’en félicitent, parfois sans se demander quelles seraient leurs sentiments s’ils étaient à la place des personnes ostracisées.

C’est ce qui explique le fait que Paul Biya peut avoir de nombreux votes en sa faveur et gagner une élection à la régulière, certainement pas avec 71%.

Les gens lors de la dernière présidentielle par exemple, comme je l’ai maintes fois exprimé, votaient contre Maurice Kamto qui pour eux, était le candidat des bamiléké ; Paul Biya représentait alors le meilleur rempart contre le péril bamiléké. Ne pas comprendre cette évidence, c’est rien comprendre aux enjeux politiques d’aujourd’hui et de demain.
Ce que les nouveaux textes législatifs posent comme problème mérite un débat sans passion, avec sang froid, entre les Camerounais qui se soucient de l’avenir de leur pays.
J’ai toujours affirmé être pour une réelle politique d’équilibre régional; pour la protection des minorités. Si la dictature d’une majorité est injuste, celle d’une minorité est une escroquerie insoutenable.

POURQUOI LE BAMI EST COMBATTU ?

On voit là un énième épisode de la “chasse aux bamilékés” qui dure depuis le siècle dernier. La question qui brûle les lèvres est alors de savoir pourquoi ?

J’ai écrit il y a des mois, un très long texte pour essayer de l’expliquer. Certains extrémistes bamilékés ont failli s’étrangler après m’avoir étranglé. Ils ignoraient, sans doute, que j’ai bataillé dur dans ce pays pour être libre de dire ce que je pense sur un sujet, fut-il brûlant et au risque de me tromper, sans peur ni faiblesse.
La vérité est que le Bamiléké fait peur, très peur. Les autres communautés redoutent des gens qui malgré l’adversité, dans des conditions extrêmes, arrivent toujours à se sortir gagnant sur le plan économique ;

Il fait peur à cause de sa démographie qui l’oblige à chercher des terres auprès des autres communautés pour s’épanouir, les siennes ne pouvant contenir l’ensemble de ses enfants ;
Sa réussite, parfois dûe à l’origine à sa structure familiale dominé par la polygamie qui pousse les enfants et leurs mamans à se battre plus que d’autres pour réussir, fait des jaloux qui ne trouvent que des entourloupes légales pour freiner sa progression…
Cela dit, ne comptez par sur moi pour jeter tous les torts sur les autres. Le Bamiléké (aucune règle n’ayant pas d’exceptions), porte en lui-même les germes de sa détestation.

Je vais prendre, en tant que Bamiléké, quelques exemples pour montrer notre duplicité que certains Camerounais ne supportent pas :
Regardez tous les députés bamiléké à l’Assemblée nationale : ils ne sont pas moins intelligents que moi. Ils savent bien que les textes qu’ils vont voter vise leur communauté. Et pourtant, personne ne va élever la voix pour poser la moindre question au gouvernement à l’origine de ce texte. Qui représentent-ils finalement au parlement ?
Et quand ils vont rentrer à l’Ouest, des gens vont accourir vers eux pour quelques boites de sardines, oubliant que ces gens sont de véritables fossoyeurs des personnes qu’ils sont sensées représenter.

Dans la plupart des groupes sur les réseaux sociaux, ceux qui accusent les autres de « tchop block pot », de paresseux…sont pour la plupart des bamiléké. Se faisant, ils ignorent les dégâts qu’ils causent à leur communauté. Un Beti, un Anglophone, un Mbo… peut être légitimement choqué par de tels propos.

Lorsque Ahmadou Ahidjo arrive au pouvoir, les principales ressources sur lesquelles il s’appuie pour créer un embryon d’État, sont essentiellement agricoles. C’est le Café et le Cacao qu’on cultive essentiellement au Centre Sud, à l’Ouest, dans le Moungo et en zone anglophone qui permet à l’État de faire face à ses engagements.

Ce n’est pas parce que Paul Biya a placé quelques Bétis à tous les postes de pouvoir et qu’avec eux, il détruit ce pays, qu’on doit oublier les efforts réalisés par leurs ancêtres pour le développement de ce pays.

Lorsque nous, Bamilékés, affirmons que les Bétis pillent ce pays, c’est sans doute vrai tant ils ont les postes de pouvoir et sont majoritaires parmi les victimes de l’opération dite « Epervier » ; mais est ce qu’on se met à la place du Camerounais ordinaire qui voit avec quelle complaisance nous traitons nos frères bamilékés complices de ces gens en recyclant l’argent volé ? On lit partout des analyses montrant que le voleur est pire que le receleur : c’est un scandale. Les deux sont, pour parler trivialement, à mettre dans le même sac ;
Sur le plan politique, on ne peut pas critiquer un Béti ou un autre qui vote pour un vieil homme comme Biya qui ne fait rien pour le pays et à l’Ouest, voter pour d’autres ancêtres comme Fotso Victor, Lazare Kaptué, Siantou…qui eux aussi ont un bilan nul dans la gestion des affaires publiques.

On accuse Paul Biya de tricher lors des élections : mais ce n’est pas lui qui vient tricher à l’Ouest, fief des plus importants trafics lors des élections. C’est bien notre élite politico économique qui organise tout. Et ses membres sont célébrés à toutes les grandes cérémonies dans nos villes et villages.

COMMENT DOIVENT RÉAGIR LES BAMILEKES ?

De mon point de vue, la communauté bamiléké doit faire face aux plus grands défis de son histoire ; sinon elle risque de subir le sort des Juifs comme l’a prédit le ministre Jean de Dieu Momo, sans que personne au sein du pouvoir, au sein de l’élite politico-économique bamiléké ne trouve à redire.

Pour s’en sortir, je propose quelques pistes :
Les jeunes de plus ou moins 40 années doivent prendre le pouvoir au sein la communauté en forçant les traitres d’aujourd’hui à prendre leur retraite. Ils ne doivent plus accepter, dans n’importe quel parti politique, d’être représentés par les Victor Fotso, Manfouo David, Juimo Monthé, Lucien Wantou Siantou, Feutheu Jean Claude, Albert Kouiche…et d’autres égoïstes du même genre.

Ils doivent s’inspirer du comportement de la communauté composée des ressortissants du grand nord, présente elle aussi partout sur le territoire national, comme lesBamilékés; mais qui vaque sans vagues à leurs occupations. Une communauté qui n’a rien à envier aux Bamilékés sur le plan de la réussite économique. On peut d’ailleurs les comparer avec cette formule : « les Bamiléké ont des biens, les grands nordistes ont de l’argent ».

Les jeunes doivent s’organiser, ne seraient ce qu’à partir d’associations, pour peser sur le plan politique de telle sorte que l’autochtone choisi, ne puisse oublier qui l’a fait roi ;
Pourquoi tous les propriétaires d’entreprise camerounaise d’origine bamiléké n’installeraient par leur siège social à l’ouest ? Pourquoi n’y transféreraient-il pas les services dont la présence n’est pas indispensable à Douala et Yaoundé (Comptabilité, ressources humaines, marketing…) ? Pourquoi ne pas y transférer certaines usines, magasins de stockage…le marché captif n’est qu’à 3 à 5 heures de route….
Dans mon village Bafou par exemple, 10 sièges de sociétés avec 10 employés, créerait une début de boom immobilier, relancerait la consommation…

Ceux qui voudront pousser la communauté à aiguiser ses machettes, nettoyer ses vieux fusils pour se préparer à la guerre sont des imbéciles.
Si on est vraiment fort, on doit pouvoir répondre à l’adversité par de méthodes intelligentes. Nos jeunes en sont capables.
En tous les cas, avec cette nouvelle loi, le gouvernement a dépassé une ligne rouge. Rester les bras croisés serait une grosse faute.
Entretemps, mes enfants et moi, et tous ceux qui sont dans la même situation deviennent quoi ?

Quand je suis en pays Bassa et Bakoko, on me traite affectueusement, par mes réactions, de bamiléké. A l’Ouest, quand j’élève la voix, on rappelle que je ne suis pas tout à fait bamiléké.
La définition de « l’autochtonie » selon Biya et les siens va classer mes enfants, avec du sang Douala, Bassa, Beti, dans quelle catégorie ?

Benjamin Zebaze

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