Désaccords majuscules : La remarque pertinente de Célestin Djamen sur les meetings de la diaspora qui peine à passer

De nombreux observateurs continuent de s’extasier sur la réussite du meeting-démonstration de force donné le 1er février 2020 à Paris, Place de la République, par l’homme politique camerounais, Maurice Kamto. Un meeting qui a mobilisé des dizaines de milliers de Camerounais et Africains de la diaspora, et qui a résonné dans de nombreux esprits comme une sorte de justice rendue au leader du MRC qui est quasiment interdit de meeting politique dans son pays par un régime justement soutenu à bout de bras par Paris !

Mais ce n’est pas l’avis de Célestin Djamen, cadre du MRC dont il est le Secrétaire National en charge des Droits de l’Homme, qui n’est pas loin de penser que l’on exagère la portée politique d’un meeting tenu à des milliers de kilomètres du Cameroun par des Camerounais ne courant pas de risque réel d’être tué par un policier, gendarme ou militaire “républicain” ou arrêté sur la base d’un mandat de perquisition et détenu pour hostilité à la patrie, puis torturé et condamné à de lourdes peines de prison sous le prétexte de mutinerie dans un pénitencier.

Le transfuge du Social Democratic Front au sein duquel il avait déjà une réputation de grande gueule ou de frondeur appelle les Camerounais à s’approprier hic et nunc la lutte devant aboutir à leur libération, au lieu de la reposer sur de chimériques sympathies extérieures agissantes comme celles que l’on prête à l’administration américaine supposément en train de disposer souterrainement des torpilles pour saborder le régime impopulaire de Paul Biya.

Son propos (« le VRAI CHANGEMENT, c’est au Cameroun … », « Nul ne viendra faire la Révolution à votre place à part vous-même…. » n’est pas en soi révolutionnaire puisqu’il est professé, même par le plus poltron des Camerounais qui préfère se terrer sous son lit, inscrivant sa libération et celle du Cameroun dans la perspective que le destin se chargera de régler son compte à Paul Biya. Comme si Paul Biya, en plus d’être le donneur d’ordre du chaos ambiant, en était également l’exécutant, se transformant par un curieux procédé ubiquitaire, en agents des Forces de Défense et de Sécurité pour tirer sur les manifestants pacifiques dans la  rue ; en fonctionnaires de la préfectorale prenant au nom d’une loi parfois non écrite des arrêtés pour déposséder honteusement les population de leurs droits  d’exercer ou de jouir des droits civiques à eux conférés par la constitution, ou en magistrats qui, dans les cours et tribunaux transformés pour les besoins de la cause en terrain d’expérimentation de la loi du plus fort, condamnent le juste et l’opprimé à se mettre au garde à vous devant l’oppresseur et à applaudir l’oppression.

Aussi, libre comme à son habitude, Célestin Djamen n’hésite pas à y mettre sa dose d’amertume qu’à première vue, l’on a peine à ne pas y voir la dernière manifestation en date d’une frustration née du différend interne opposant les militants du MRC partisans de la participation de leur parti aux élections du 9 février 2020 et la direction du parti ayant opté ultimement pour le boycott d’un double scrutin qui ne serait pas autre chose que le remake de toutes les élections au Cameroun depuis le rétablissement du multipartisme : une farce ubuesque servant d’alibi démocratique à l’une des pires dictatures d’Afrique.

#ctaText??#  Révélation : La Pêche aux Sardines en Eaux troubles, un Hobby du Président Kamto

 Ainsi en est-il quand celui qui a déjà signifié son désaccord avec la décision de boycotter passivement (c’est-à-dire pacifiquement) le double scrutin législatif et municipal de dimanche, parce qu’insignifiante du moment où elle sera inaudible, donc inopérante sur le court terme, ajoute que “Les Sud-africains n’ont jamais eu besoin de méga meeting pour vaincre…”.

Si monsieur Djamen évoque le cas sud-africain pour mettre subtilement en lumière -aux fins de rappel- le mode de lutte choisi au siècle dernier,  qui a permis aux compatriotes de Nelson Mandela,  Winifried Nomzamo Madikizela, Oliver Tambo, Dulcie September, Steve Biko… de venir à bout de la ségrégation raciale, campant de ce fait la posture du combattant de la liberté réaliste et suffisamment avisé du fait que l’agneau a beau protester de son innocence et de sa bonne foi, il ne réussira pas à convertir le loup en un être autre que sanguinaire, son propos, paradigmatique, est manifestement perçu comme martelant l’inanité des actions entreprises hors du Cameroun  

Que non, pourtant ! Hormis l’adverbe “jamais” de la déclaration « Les Sud-africains n’ont jamais eu besoin de méga meeting pour vaincre… » que l’on peut qualifier d’excessif, il est difficile de penser que Célestin Djamen nie l’efficacité de l’action de la diaspora, lui qui en a fait partie, et qui ne peut pas non plus refuser que les différentes actions menées par celle-ci  – manifestation de Paris en mai 2019, manif contre la présence de Paul Biya à Genève en juin 2019, Opération Game Over de juillet 2019 à Washington, assauts diversement interprétés contre les ambassades du Cameroun en Europe, lobbying auprès des institutions internationales – ont suffisamment mis la pression sur le régime pour que celui-ci consente enfin à les remettre en liberté après neuf mois d’embastillement.

En revanche, ce propos traduit –à travers le message subliminal qu’il recèle-, la déception profonde d’un homme d’action, qui voit au Cameroun, l’inaction sur fond de pacifisme puéril, l’emporter comme par fatalité, sur l’action.

Le post de Djamen sur Facebook. Une vérité crue, mais vraie, à quelques nuances près.

Vouloir mégoter sur de petits mots accessoires pour donner des interprétations erronées à un propos dont la pertinence brille de mille et une clartés, participe d’un jeu malsain qui pourrait avoir pour conséquence involontaire de diviser les forces démocratiques. A moins qu’il s’agisse réellement d’un stratagème dont le but est d’exploiter leurs divergences pour semer la zizanie dans le camp des forces du changement.

Autrement, autant les meetings et actions à l’étranger des leaders sud-africains en exil permirent d’isoler le régime de l’apartheid et de le pousser des décennies plus tard à chercher l’apaisement, autant toutes ces actions n’eurent pu avoir aucune efficacité  si elles ne s’étaient appuyées sur des actions à l’intérieur du pays telles les manifestations du PAC qui débouchèrent sur  le massacre de Sharpeville  le 21 mars 1960 à Sharpeville ou encore les « 221 actes de sabotage » qui furent reprochés au procès de Rivonia à Nelson Mandela, Walter Sisulu, Ahmed Kathrada, Govan Mbeki, Dennis Goldberg, Raymond Mhlaba, et autres Lionel Bernstein, James Kantor, Elias Motsoaledi Andrew Mlangeni.

Que celui qui se satisferait du fait que le noble combat des Camerounais porté aujourd’hui par le MRC et son leader ait pour ultime visée de permettre à Kamto de tenir des meetings à Paris et donner des conférences à Washington et autres Bruxelles, Montréal…, tandis que les Camerounais, tétanisés par la peur de la répression, doivent se résoudre à ne plus jamais voir l’homme politique le plus apprécié de leur pays organiser une manifestation dans le pays qu’il aspire à diriger, jette la première pierre à Djamen.

Facebook Comments
- Publicité -

Plus populaires

C'est entre les lignes d'un télégramme produit en date...
L'aventure de la taxe sur les téléphones et les...

Autres actualités

Guinée Conackry : Que vaut la ” victoire” de Cellou Dalein Diallo ?

«Mes chers compatriotes, malgré les anomalies qui ont entaché le scrutin du 18 octobre et au vu des résultats sortis des urnes,...

Taxes sur les téléphones : Comment Paul BIYA a cédé

L'aventure de la taxe sur les téléphones et les tablettes numériques n'aura durée que trois jours finalement. Minette Libom, la ministre des...

La scène politique camerounaise en deuil : Woungly Massaga “Commandant Kissamba” a passé l’arme...

L'homme politique Camerounais René Jacques N'gouo WOUNGLY-MASSAGA dit "commandant KISSAMBA" est mort des suites de maladie. Il était né le...

Urgent : La gendarmerie de Bamenda Up Station en feu

C'est un coup sévère qui est porté à l'armée camerounaise sans doute par les combattants séparatistes. L'une des gendarmerie des...

Menaces du Colonel biyaïste Bamkoui à Sébastein Ebala «Si (le Bamiléké) Kamto prend le...

Cela se passe simplement de commentaires, et annonce combien les Camerounais doivent encore lutter pour sortir leur pays de la pire des...
- Publicité -
Facebook Comments