Les Ambazonians Restorations Forces: un symbole de détermination qui étonne et donne des sueurs froides a Yaoundé

Par Michel Biem Tong, journaliste web en exil

Les nombreux soutiens et autres porteurs de sac du régime Biya vont encore crier au scandale : « Michel Biem Tong fait de l’apologie des terroristes ! ». Loin de nous cette intention, surtout que les vrais terroristes dans le Southern Cameroons-Ambazonia (nord-ouest et sud-ouest du Cameroun) ce sont les soldats camerounais et les milices gouvernementales (considérées par la propagande officielle comme des comités de vigilance) qui incendient des villages et déciment des civils sur ce territoire. Cet article est le fruit d’une observation que n’importe quel analyste averti, en toute objectivité et loin de tout chauvinisme, partagerait : les Ambazonians Restorations Forces (ARF), les groupes armés indépendantistes anglophones, sont d’une endurance et d’une détermination qui étonne et surprend.

Lors de la guerre d’indépendance de l’Erythrée contre l’Ethiopie de septembre 1961 à mai 1991, le Front de Libération de l’Erythrée a bénéficié du soutien logistique de pas mal de pays tels que la Chine, l’Arabie Saoudite, le Cuba, la Libye, la Somalie, etc. Mais les ARF ont réussi en 4 ans seulement à faire un maillage, à 3 ou 4 localités près, de tout le Southern Cameroons, sans l’appui d’un pays étranger, sans une quelconque base arrière dans un pays voisin. Juste le soutien matériel et financier de la diaspora anglophone et la résilience des populations locales ont suffi. Entre janvier et décembre 2018, les fusils de chasse constituaient l’essentiel de leur armement. A partir de 2019, les ARF ont sophistiqué leur armement et décidé d’en fabriquer sur place.

Avec un armement rudimentaire puis sommaire, les ARF ont réussi à tomber le mythe de la toute-puissance du redoutable Bataillon d’intervention rapide (BIR), cette unité spéciale de l’armée qui faisait tant trembler les Camerounais, notamment ceux qui rêvent de faire tomber le pouvoir dictatorial de Paul Biya dans la rue. Sans compter d’autres unités telles que le Bataillon des troupes aéroportées et sa centaine de tireurs d’élite. La détermination et l’endurance des ARF sont venues révéler à quel point l’armée camerounaise est vulnérable car lorsqu’on a déployé dans une zone des dizaines de renforts sans résultats palpables, c’est qu’il y a problème. Par ailleurs, même l’infiltration de ces groupes séparatistes armés par le régime de Paul Biya, en vue d’y semer la confusion et l’autodestruction, n’a visiblement rien donné.

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Un haut gradé de l’armée camerounaise en retraite vivant en zone anglophone nous a raconté sous anonymat que : « les sécessionnistes sont difficiles à atteindre parce qu’ils vivent pour la plupart dans la forêt ou dans des coins reculées des grandes métropoles de la zone anglophone où ils se replient pour attaquer et lorsqu’ils réussissent à prendre en embuscade des convois de nos soldats et à en tuer quelques-uns, ceux restés vivants se ruent sur les populations civiles pour se venger. Les soldats camerounais ont tué plus de civils que de combattants séparatistes au cours de cette guerre », explique l’ancien militaire qui poursuit, s’agit de l’approvisionnement en munition : « lorsque des soldats camerounais tire des rafales dans l’air, les séparatistes envoient des petits enfants ramasser les restes de munitions tombées par terre. Ces restes sont transformées en des munitions encore plus mortelles ». Rappelons qu’au sein de ces ARF, on retrouve des soldats anglophones qui ont déserté l’armée camerounaise, des militaires ayant servi dans les armées étrangères et dont les contrats avec ces dernières sont arrivées à expiration et des jeunes volontaires vivant dans les villages qui ont été formés dans des camps d’entraînement créés en zone anglophone.

Le conflit en cours dans le Southern Cameroons a eu le don de susciter des interrogations sur les valeurs qui sous-tendent l’armée camerounaise en particulier et la République du Cameroun en général. Car comment exiger du soldat camerounais qu’il sacrifie sa vie pour la patrie, pour la République alors que ses supérieurs hiérarchiques, militaire comme civils, baignent dans une corruption et un affairisme qui sapent les valeurs républicaines ? Résultat des courses : la plupart des jeunes camerounais qui intègrent nos forces de défense n’ont pour seul objectif que de gagner leur pain quotidien et nourrir des familles nombreuses. La défense de la patrie est reléguée au second plan. Voilà pourquoi les militaires qui sont envoyés sur le front de la lutte contre les indépendantistes anglophones sont le plus souvent démotivés puisque beaucoup se disent que ce n’est pas pour cela qu’ils ont été recrutés au sein des forces de défense. De la restauration des valeurs civiques et morales au sein de la société camerounaise en générale et conséquemment des forces armées dépendront les succès militaires à venir de ces dernières.

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