Massacres dans le NOSO- Cameroun : Pourquoi les prêtres du monde entier se liguent contre Paul Biya ?

Les autorités camerounaises parlent d’environ 2000 morts, l’opposition parle d’environ 3000 morts, les organisations de défense des droits de l’homme d’une vingtaine de milliers, tandis que les populations riveraines et surtout les déplacés internes qui ont vécu dans leur chair, dans leurs esprits, dans leurs habitations et dans leurs biens les atrocités perpétrées autant par les groupes armés anglophones pro-sécessionnistes que par les forces de défense et de sécurité camerounaises, parlent de plus de 30.000 morts depuis  fin 2016.

Mais qu’importent les chiffres (!) ? Qu’il s’agisse d’un seul mort pour la sécession sur la seule base de l’antécédent historique du partage en 1916 du Cameroun entre deux puissances coloniales, ou d’un mort pour une soi-disant unité et indivisibilité du Cameroun que l’on veut imposer de force, ces morts sont un incalculable gâchis. Rien à voir avec les héros tombés sur le front de Bakassi entre 1993 et… 2008 pour qu’un seul millimètre de la précieuse péninsule n’aille au géant voisin de l’Ouest, ou ceux tombés à l’Extrême-nord pour empêcher une secte obscurantiste de faire la loi à l’intérieur des frontières camerounaises.

Suffisant donc pour pousser hors de leur réserve des dignitaires de l’église catholique du monde entier à l’instar de ceux qui ont écrit lundi au président camerounais, il y a quelques jours, pour attirer l’attention de celui-ci sur le fait qu’il y avait péril en la demeure  dans son pays, et qu’il ne s’agissait pas d’un jeu d’enfants auquel mettrait un terme, un simple “Grand Dialogue National” mettant en scène de semblants de “sécessionnistes” avouant avec une facilité déconcertante frisant l’aplomb les “assassinats” par eux commis et demandant pardon avec l’aisance de gens payés pour jouer un rôle.

Ils sont 16 en tout, dignitaires de l’église catholique originaires des cinq continents de l’univers, ou en mission pour l’église du christ en Afrique, en Amérique, en Asie, en Europe et en Océanie à élever la voix pour marquer leur désarroi à travers une lettre adressée au président de la République et chef des armées du Cameroun.

Lundi 17 février 2020, ils ont joint leurs voix à celles de nombreux Etats et organisations internationales, qui réagissent à la tragédie dans laquelle sont plongées les régions anglophones du Cameroun depuis quatre ans du fait de ceux qui, à force de s’entendre dire qu’ils ne savaient pas anticiper, mais ne faisaient que subir, ont voulu anticiper sur “l’agenda caché” des élites  des régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest du Cameroun qui, se croyant en démocratie, s’étaient soulevés en 2016 contre la marginalisation, la déconsidération et la sous-humanisation des populations camerounaises d’expression anglaise.

 Réunis pour une Campagne mondiale pour la paix et la justice au Cameroun,   Messeigneurs Siegfried Jwara (Vicariat Apostolique), Ingwavuma (KwaZulu-Natal, Afrique du Sud), John Keenan (diocèse de Paisley, Écosse), Noel Simard (diocèse de Valleyfield, Québec, Canada); Le très révérend Charles Hammawa Jalingo (diocèse de l’État de Tabara, Nigéria),  Mark Davies (diocèse de Shrewsbury, Angleterre), L’archevêque Peter Loy Chong (archidiocèse de Suva, Fidji), Bart Van Roijen (diocèse de Corner Brook et Labrador, Canada); Thomas R Zinkula (diocèse de Davenport, Iowa, USA), Terence Drainey (diocèse de Middlesborough, Angleterre), Antonio R Tobias (émérite de Novaliches, Philippines), Albert Thevenot (diocèse de Prince Albert, Saskatchewan, Canada), Ray Browne (Diocèse de Kerry, Irlande), Jose Cabantan (diocèse de Malaybalay, Philippines), Le cardinal Soane Patita Mafi, (diocèse de Tonga, Pacifique Sud), L’archevêque Donald Bolen (archidiocèse de Regina, Saskatchewan, Canada); et  Alphonsus Cullinan, (diocèse de Waterford et Lismore, Irlande) ont “respectueusement” adjuré Paul Biya de faire participer son gouvernement « aux propositions de pourparlers de paix dirigés par la Suisse visant à mettre fin à la violence dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest du Cameroun ».

La clé du problème anglophone : Fais à ton prochain ce que tu voudrais qu’on te fasse

Pour que cela ne fasse l’objet d’aucune spéculation, les 16 évêques, après avoir souligné leur impartialité, expliquent leur démarche :

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«… Nous sommes motivés par notre inquiétude face aux souffrances des civils non armés, à la stabilité et à la prospérité du Cameroun. Les violences et les atrocités de toutes parts ont contraint 656 000 Camerounais anglophones à quitter leurs foyers, empêché 800 000 enfants d’aller à l’école (dont 400 000 des écoles catholiques), fait fuir 50 000 personnes au Nigéria, détruit des centaines de villages et causé au moins 2 000 morts ».

«Chacune de ces vies est précieuse -expliquent les princes de l’église pour la gouverne du destinataire de leur message, ou de ceux qui l’embrigadent dans leur logique de guerre à travers le fameux “aucun gouvernement ne négocie avec les terroristes”-  et nous pleurons leurs souffrances et souhaitons éviter davantage de pertes en vies humaines et d’innocence. Il n’y aura de victoire militaire pour aucun camp. ».

Les prêtres ajoutent ou plutôt rappellent, qu’« Une solution durable aux problèmes du Cameroun doit provenir d’un processus de médiation comprenant des groupes anglo-séparatistes armés et des dirigeants de la société civile non violents. »,  non sans ponctuer, à l’intention de l’ancien séminariste et fils de catéchiste : « Si toutes les parties se traitent comme elles souhaitent être traitées, une solution est possible. ».

Appel vers un retour à la case…Suisse ?

Pour autant, ils restent conscients que monsieur Biya n’est pas resté inactif depuis le début de la crise, mais constatent eux aussi que les initiatives du chef de l’État camerounais n’ont pas été couronnées par le retour au calme escompté : «Nous applaudissons au grand dialogue national du gouvernement camerounais il y a plusieurs mois. Cependant, cela n’a pas mis fin à la violence. Nous pensons que les pourparlers proposés par la Suisse offrent la meilleure voie vers une solution politique appropriée grâce à des négociations inclusives. Le succès de ces pourparlers sera essentiel dans le cheminement du Cameroun vers la garantie de la paix et de votre héritage en tant que leader efficace dans une région en difficulté. Nous espérons sincèrement que toutes les parties prenantes intéressées se joindront à ces pourparlers et feront preuve d’un esprit de coopération, de pragmatisme et de réalisme pour assurer le succès de ces négociations. C’est ce que le peuple camerounais, vos fils et filles, les enfants de Dieu, attendent et méritent. Seule une véritable paix permettra aux diocèses, cliniques et écoles catholiques de servir à nouveau en toute sécurité les fidèles et les citoyens bénis du Cameroun anglophone. »

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