Massacre de Ngarbuh au Cameroun- Emmanuel Macron tourne le dos à Biya et menace : S’en féliciter ou s’en offusquer ?

« Je vais appeler la semaine prochaine le président Biya et on mettra un maximum de pression pour que cette situation cesse ». Ainsi réagissait hier samedi, le président français Emmanuel Macron alors qu’il venait d’être interpellé bruyamment par un Camerounais résidant en France au sujet des tueries à répétition dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest imputées à l’armée du président Paul Biya.

« Il n’y a que les imb***les qui ne changent pas », dit la maxime. Resté apathique au malheur qui frappe le Cameroun depuis que le régime de son protégé, Paul Biya, emprisonne ou extermine tous les Camerounais dont les aspirations vont à l’encontre de son désir de pouvoir à vie et de son penchant pour la malgouvernance, Paris se trouve finalement RÉ-VOL-TÉ (!), une fois n’est pas coutume, par le massacre à l’arme à feu et par autodafé perpétré dans la nuit du 13 au 14 février à Ngarbuh (arrondissement de Ntumbo, département du Ndonga-Mantung, dans la région anglophone du Nord-ouest), par des criminels officiellement “non encore identifiés”.

« Je vais appeler la semaine prochaine le président Biya et on mettra un maximum de pression pour que cette situation cesse »

Des criminels que des témoins, des survivants, mais surtout des travailleurs humanitaires, disent être environ une cinquantaine de personnes portant des uniformes de l’armée camerounaise et masqués pour quelques-uns, ayant débarqué ce vendredi-là, pour attaquer le village Ngarbuh, dans le village de Ntumbo, puis ont tué par balle et brûlé des habitants. Selon l’ONU, qui a demandé une enquête indépendante et impartiale, 15 enfants dont neuf âgés de moins de cinq ans, font partie des 23 victimes. Il se trouve d’ailleurs que le communiqué qualifié par certains de “démenti catastrophe” qu’ont publié les autorités camerounaises pour se dédouaner n’a réussi qu’à les enfoncer pour l’occurrence.

 « Au cours des accrochages qui ont eu lieu, un incendie s’est déclaré dans un refuge fortifié qui contenait des explosifs et des produits inflammables stockés par les rebelles armés. Il s’en est suivi des explosions, puis des langues de feu qui se sont propagées jusqu’aux habitations voisines », a discouru René Sadi, le ministre de la communication du régime Biya, qui évoque un chiffre de 5 morts (une femme et quatre enfants).

Charabia couvert de trop de brouillard pour que le président français ne se sente pas révolté, ne serait-ce qu’en tant qu’être humain, ou continue de faire le diplomate qui se plie en quatre devant la prétendue expérience ancestrale du vieux président de 87 ans au pouvoir depuis 38 ans. 

Certes, Emmanuel Macron n’y est pas allé avec cette spontanéité que l’on connait aux dirigeants occidentaux quand il s’agit d’évoquer la dictature au Venezuela, en Syrie, ou en Iran. Il a fallu que le locataire de l’Elysée soit interpellé publiquement par un Camerounais de la diaspora, membre de l’organisation Brigade Anti-Sardinards (BAS), Abdoulaye Thiam, plus connu sous son nom d’activiste, “Calibri Calibro”, sur l’immense tragédie que vivent les populations des régions anglophones de son pays, pour que le président français fasse connaître dans quelles dispositions il est vis-à-vis du président camerounais qu’il a pourtant reçu par deux fois en l’espace d’un mois, l’année dernière, et à qui il avait à l’occasion, déroulé le tapis rouge. 

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Un extrait de l’interpellation d’Emmanuel Macron par Calibri Calibro (Source : JMTV+)

D’abord, aux cris de l’activiste camerounais qui lui explique ce samedi 22 février au Salon de l’Agriculture de Paris, l’air de ne pas vouloir s’arrêter, que dans son pays d’origine, le Cameroun, un chef d’Etat aux allures d’ogre est en train de commettre allègrement un joli génocide dans les régions anglophones, le président français ne cherche pas à faire dans la dissimulation : il est « totalement au courant et totalement impliqué sur les violences qui se passent au Cameroun et qui sont intolérables ». Abondamment clair, pour tous ceux de tous bords, qui pensent avoir suffisamment assuré le huis-clos pour que le bain de sang fratricide entre les forces de défense et de sécurité camerounaises et les groupes armés d’Ambazonie se déroule loin du regard du monde.

En fait, si l’on en croit l’interlocuteur de Calibri Calibro qui s’est montré très  réceptif et parfaitement démocrate vis-à-vis du Camerounais qui semblait désespéré et prêt à tout pour faire entendre le désarroi de ses compatriotes, Emmanuel Macron ne fait pas qu’être « totalement au courant » de ce qui a depuis franchi les frontières du tolérable au Cameroun.

C’est lui qui aurait ordonné au président camerounais tout ce qui s’est passé en octobre 2019, dans le sens de la décrispation (“Grand Dialogue National” sur la crise anglophone,  libération de Maurice Kamto, alliés et certains de ses partisans, pour se sortir de l’impasse juridico-politique que constituait leur embastillement sous des motifs qualifiés par plus d’un de fallacieux) : « Je ne veux pas qu’on se voit à Lyon tant que j’ai un Kamto pas libéré », avait donc dit le président français au président camerounais dont on connait désormais les motivations de la magnanimité alors que ses propagandistes et la justice de son régime disaient pis que pendre de Kamto et Cie, et énuméraient à leur charge rien moins que des crimes passibles de nombreuses années de prison, pour ne pas dire plus.  

Après avoir  ainsi exigé comme condition de sa poignée de main à Lyon avec le président camerounais la libération de la bête noire du régime, le président français, a annoncé son nouveau chantier : faire pression pour que cessent ce qui se passe dans le NOSO, et probablement la situation dans les régions francophones aussi où de nombreuses autres personnes, des militants politiques ou d’organisations de la société civile, sont encore emprisonnées, pour avoir émis des opinions qui ne plaisent pas au régime.

Selon de nombreux observateurs, le ton du président français au sujet de ce qui se passe au Cameroun et de ses démarches auprès du président camerounais, étaient des plus paternalistes.  

Mais c’est un constat qui peine à tenir debout, car à moins que les Camerounais se plaisent dans une situation où un leader politique opposé au chef du “parti au pouvoir” ne peut même pas tenir une réunion politique sans que les sous-préfets et préfets lui opposent leur refus pour “risque de troubles à l’ordre public”, à moins que les Camerounais se satisfassent d’un régime qui n’a jamais répondu aux revendications pacifiques du peuple souverain que par les arrestations, la torture et le meurtre, il est incroyable qu’ils convoquent le nationalisme sourcilleux qui les anime pour rejeter une prise de position d’un partenaire étranger allant dans le sens de voir le Cameroun devenir un pays démocratique où, plus jamais, on ne verra un citoyen menacé, pourchassé, emprisonné, blessé, brulé  ou tué par balles pour avoir critiqué les dirigeants de son pays. 

Attention de demander la main de Dieu

Emmanuel Macron l’a clairement dit en soulignant la difficulté qui est celle de la France en Afrique, et il n’est pas nécessaire que l’on y aille avec mauvaise foi : « Ce n’est pas la France qui peut faire la démocratie au Cameroun, ce sont les Camerounais », a-t-il rappelé après avoir expliqué que «La France a un rôle compliqué en Afrique, quand la France dit : ‘tel dirigeant n’a pas été démocratiquement élu’, les Africains nous disent ‘de quoi vous mêlez-vous?’ ».

Emmanuel Macron a confirmé au leader de la BAS que c’est lui qui avait exigé et obtenu la libération de Maurice Kamto

Si les Camerounais peuvent reprocher à la France de garder le silence face à leur drame, et accuser la France de paternalisme quand elle s’engage à faire pression sur leur dirigeant, s’ils peuvent demander à la France de ramener à des sentiments moins castrateurs son meilleur élève dont le régime arrête des centaines de civils sur la base d’un mandat de perquisition, et les déporte sur des centaines de kilomètres pour les faire juger par  un tribunal militaire, et en vouloir à la France d’avoir fait libérer une grande partie des personnes arrêtées, alors de deux choses l’une : soit ils ne savent plus ce qu’ils veulent au juste, et finalement ils demandent ce que personne ne peut leur donner, soit ils sont de fieffés inconscients capables de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Il faut finalement prendre garde de ne pas émousser les bonnes volontés soucieuses de contribuer à la résolution du problème camerounais qui n’est autre que l’impossibilité de réaliser l’alternance à la tête de l’Etat, ainsi que le soulignait le chef supérieur des Bamoun, Ibrahim Mbombo Njoya, lors du Grand Dialogue National. Car le régime du président Biya, sous sa forme dictatoriale actuelle a verrouillé le système électoral à telle enseigne que plus il est impopulaire et affiche d’énormes  difficultés à régler les problèmes des Camerounais, plus il remporte des élections avec des scores tout simplement incroyables.

A la fin, n’est-il pas plus souhaitable qu’il y ait des pressions paternalistes qui libèrent des prisonniers politiques accusés d’hostilité à la patrie, fussent-elles d’un jeune français de 42 ans à l’intention de son grand-père de près de 90 ans embrigadé par de sanguinaires entrepreneurs de guerre, plutôt que de voir la situation de la Libye se reproduire au Cameroun ?

Ont collaboré à cet article Ndam Njoya Nzoméné, Sandra Andeme

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