Cameroun, Intensification de la guerre du NOSO/enrichissement à vue d’œil de l’élite militaire : Un leader anglophone accuse !

« Incongrue ! » C’est le qualificatif qui fuse invariablement des lèvres des tenants de l’enraiement par les moyens militaires des revendications sécessionnistes dans la zone anglophone du Cameroun constituée des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest  (NOSO) à chaque fois qu’il leur est fait la proposition du dépôt simultané des armes par les deux camps. « L’Etat ne se désarme pas devant des terroristes », ont-ils alors coutume d’arguer dans un lamentable exercice de fuite en avant dialectique qui ne tient nullement compte de la manière dont les forces camerounaises sont perçues par leurs ennemis d’en face.  

Il se trouve en effet que pour qu’une autorité s’établisse, elle doit faire l’unanimité. Il en est par exemple d’un verdict de justice. Le condamné doit être convaincu de l’acte pour lequel il a été incriminé, c’est-à-dire qu’il doit être amené à accepter que le verdict en sa défaveur est juste. Autrement dit, la justice serait en train de fabriquer par son verdict un monstre qui, une fois libéré, n’aura pas d’autre envie que de se venger contre la société, source  des règles ayant justifié l’injustice commise contre lui : de cette pensée vengeresse naît inéluctablement le terrorisme.

Evoqué ici, le paradigme micro social de l’individu malmené et devenu un monstre social pour réparer l’injustice commise contre lui, au risque narcissique de ne plus regarder la société entière que sous le prisme de sa petite individualité, a pour but de comprendre combien les autorités camerounaises  se trompent lourdement en s’imaginant qu’il suffit d’évoquer la légitimité de l’usage de la force par l’Etat pour faire entendre raison aux à des personnes qu’ils considèrent comme des citoyens entrés en rébellion et donc punissables de ce fait, alors que de leur côté, ces rebelles qui n’assument que le qualificatif de sécessionnistes, renvoient à l’expéditeur celui de terroristes auquel ils ajoutent celui d’oppresseur ou par euphémisme, d’occupant.

Le jour où elles comprendront que loin d’être un défi gratuit à leur autorité, c’est-à-dire une rébellion tel que cela est entendu par la loi pénale camerounaise qui  prévoit  et réprime en divers articles (pratiquement de l’article 105 à l’article 158) ce fait,  mais le fait d’un groupuscule d’irréductibles qui, lassés par le mépris du pouvoir de Yaoundé à l’égard de leur communauté, et toujours pas remis du traumatisme psychologique à eux causé par les morts qui pavèrent dès son aube les revendications corporatistes des enseignants et avocats d’expression anglaise en 2016, en sont venus à ne plus concevoir leur salut que dans le cadre existentiel de l’Etat indépendant et essentiellement anglophone d’Ambazonie,  les autorités  politiques et militaires camerounaises commenceront à remporter cette guerre qu’elles auraient gagnée dès le début si elles ne l’avaient pas déclarée.

Les terroristes-sécessionnistes ne sont pas des imbéciles, pas plus qu’ils ne souhaitent voir leur peuple exterminé

Autrement, Yaoundé continuera de perdre, comme elle le fait déjà si bien depuis quatre ans cette guerre qui n’est que la sienne, et dans laquelle les Camerounais ne se reconnaissent nullement –à moins d’être des soutiens fous du régime ou d’être l’objet de ce type de chantage qui consiste à accuser ceux qui ne crient pas haro sur le baudet ” terroriste-sécessionniste” d’apologie du terrorisme-, contrairement à celle menée sur le front septentrional contre l’organisation terroriste Boko Haram.

Elles continueront de la perdre parce que n’ayant pas compris les mobiles de l’hostilité à leur égard des meneurs de la lutte d’indépendance des anglophones, fussent-ils une minorité comme le furent les Um Nyobe, Ouandié, Ossendé, Moumié, Foncha, Endeley, Mukete… en leur temps, elles auront passé le clair de leur temps à faire la guerre à la paix, alors que l’objectif ultime d’une guerre est d’obtenir la paix à brève échéance  

Or comment obtenir la paix dans le NOSO à brève échéance si le but visé par ceux qui veulent convertir les sécessionnistes à la religion d’un Cameroun indiscutablement « un et indivisible » est de s’enrichir au travers des dépenses de guerre, c’est-à-dire des dépenses effectuées pour mener une guerre à laquelle ils peuvent entreprendre de mettre fin en revenant à la situation où tout avait commencé, c’est-à-dire avant l’envoi des militaires pour mater une révolte des avocats et enseignants anglophones derrière laquelle des fauteurs de guerre “profito-situationnistes” voyaient un imaginaire “agenda caché” de renversement du régime ?

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’exaspération du leader de l’un des mouvements sécessionnistes anglophone, John Mbah Akuroh, en exil aux Etats-Unis qui, répondant  à la question du journal Forum Libre relative aux « informations [qui] font état de ce que certains leaders de la diaspora font tout pour que la paix ne revienne pas dans le Noso parce qu’ils sont loin du théâtre des opérations » et sur « ce qu’il faut finalement faire pour que nous ne puissions plus vivre les atrocités et d’autres souffrances endurées par les populations résidentes dans le Noso », a manqué de s’étrangler de rage, les accusations contre leaders de la diaspora fauteurs de guerre ou pourvoyeurs de moyens de guerre étant, à son avis, tout sauf vraie :

« Faux, je dis bien faux. Les autorités Camerounais ne veulent pas la paix. Les caisses du trésor sont désormais ouvertes au Ministre de la défense à tout moment. Ils sont tous en train de construire des châteaux à gauche et à droite. Les généraux se sucrent, les soldats de rangs arrêtent les innocents tous les jours pour des raisons fallacieuses et extorquent des grosses sommes d’argent. Ces victimes sont obligées de céder, au risque d’être pris pour des terroristes  tués ou jetés dans l’une des nombreuses prisons de la République du Cameroun. Ces militaires cassent des boutiques, des maisons et même des coopératives et d’autres institutions bancaires pour emporter de l’argent et des biens précieux sans impunité. L’économie de guerre profite à ces gens, ils n’ont pas intérêt à voir cette guerre s’arrêter. »

« Tous les jours, nous perdons des frères et sœurs, parents et amies. Voilà pourquoi nous ne pouvons jamais chercher à ce que la guerre continue. Non. Nous ne sommes pas des imbéciles qui souhaitons voir notre peuple exterminé », clarifie John Mbah Akuroh, s’empressant par ailleurs de situer les responsabilités :  

« Nous ne voulons pas la guerre. Nous n’avons pas déclaré la guerre, nous nous défendons simplement d’une agression grotesque et injustifiable du gouvernement colonial de Paul Biya. »

A l’en croire, « c’est le gouvernement Camerounais qui a peur des pourparlers de paix. Nous sommes prêts à parler à tout moment, mais nous voulons des engagements sincères, nous sommes fatigués des jeux de Monsieur Biya et son gouvernement des menteurs. Ils n’ont pas d’arguments fiables pour justifier de leurs présences sur notre territoire, c’est pourquoi ils esquivent des négociations à l’échelon international avec un médiateur neutre. Hélas, ce jour viendra ! »

On voudrait croire que toutes ces dénégations de monsieur Akuroh participent d’une certaine mystification. On voudrait d’autant considérer que ses propos participent de la propagande de guerre, ne serait-ce que pour que le gouvernement du Cameroun arrête de penser qu’une certaine presse considère comme vrai ce que disent les sécessionnistes et faux ce qui émane de lui ainsi que l’a insinué –peut-être de bonne foi- le brillant Capitaine de frégate Cyrille Serge Atonfack Nguemo, chef de la Division de la Communication au  ministère de la Défense, lors de l’émission La Vérité en Face du 5 juillet 2020 sur Equinoxe Télévision, mais pourquoi est-il si difficile pour le gouvernement de poser définitivement un acte fort qui prouve sa bonne foi, en appelant, pas à un dépôt des armes, mais à  un cessez-le feu qui s’appliquerait à ses propres forces, puis à la mise en place d’une force d’interposition neutre suivie du début des négociations de paix sous supervision internationale, afin de préserver les vies humaines, ne serait-ce que des soldats camerounais tués par des terroristes sécessionnistes et celles des populations civiles anglophones qui ne cessent de tomber aussi bien sous les balles des vaillantes et professionnelles forces de défense et de sécurité que sous les coups de machettes des terroristes, en admettant que les vies ôtées des “terroristes-sécessionnistes” ne valent pas le moindre intérêt ?      

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