Si j’étais Burkinabè… (Par Owono Zambo)

Le 22 novembre 2020, les Burkinabè devront faire un choix de président tout à fait particulier : d’une part revenir sur leur passé des 27 années de Compaoré qu’ils ont voulu oublier en votant pour les 2 candidats relevant de cette ancienne gouvernance ; d’autre part, en confirmant qu’effectivement la page est tournée et que le non-retour est possible en maintenant Roch Kaboré au pouvoir.

Le Burkina Faso est un pays doté d’un peuple lucide. Cela a toujours été confirmé au fil du temps et des nombreux mouvements de révoltes collectives dont la plus significative fut celle menée par Thomas Sankara et qui aura débouché sur la révolution institutionnelle, politique et mentale dès 1983.

On ne le dit jamais assez. Sankara n’a gouverné que pendant 4 ans et 2 mois. Pourtant, le fruit de sa vision et les enjeux populaires de sa gouvernance n’ont pris aucune ride. Jusqu’aujourd’hui, l’obsession de sortir des tenailles du néocolonialisme et le devoir de s’affirmer comme acteur d’une indépendance véritablement assumée demeurent une double équation à résoudre pour le Burkina Faso et pour l’Afrique subsaharienne. L’idéal sankariste reste actuel : la décolonisation mentale et la démocratie participative. Cette dernière a la vertu d’impliquer consciemment le peuple dans l’effort collectif de développement durable et national.

L’impersonnalité, souvent revendiquée par l’État, prend tout son sens dans son corolaire qui est le volontariat désintéressé du citoyen. Ce dernier s’implique, non pas pour lui-même, mais pour les autres et pour le profit du pays comme bénéficiaires dans l’absolu.

Il se trouve que les acteurs politiques qui ont succédé à Sankara n’ont fait que répéter cette philosophie politique de l’ancien chef d’État mais personne ne s’en est soucié de l’implémenter rigoureusement.

Dès lors, on a eu l’occasion de voir discourir des hommes politiques sur les héritages politique et culturel de la pensée de Sankara pour un Burkina Faso pionnier en la matière. Cependant, que vaut une idée sans l’action qui lui confère son utilité ? Rien !

Une question est demeurée sans réponse au Burkina Faso. Après l’assassinat de Thomas Sankara, qu’est-ce qui compte le plus, l’homme ou l’être de la pensée ? De manière évidente, toutes les politiques mises en place par différents gouvernements ont semblé faire le choix d’œuvrer à la disparition non seulement physique de Sankara le mortel, mais aussi d’essouffler toute possibilité d’émergence ou de pérennisation de sa pensée. On dirait que le dessein était de tuer le penseur et sa pensée.

En Afrique, combien de chefs d’État, dès le début des années 1980, avaient pour besoin d’accéder au pouvoir pour impulser un combat visant l’affranchissement néocolonial ? Combien disposaient d’une vision opérationnelle impliquant et rassurant le peuple sur le fait que pouvoir politique et liberté communautaire étaient conciliables ? On s’était habitué à l’idée que l’exercice du pouvoir rimait beaucoup plus avec un certain terrorisme d’État sur ses citoyens. Avec Sankara, le pouvoir semble plutôt opter pour une coopération populaire visant à faire face à un ennemi exogène commun compromettant non seulement leur sécurité (État et peuple) mais aussi leur épanouissement.

La sécurité et l’épanouissement dont il est question ici peuvent passer pour n’être que de simples vocables. Pourtant, toutes les grandes puissances fondent leur propre existence sur ces deux réalités qui, quand elles sont mises en difficulté dans les rapports à d’autres États, parviennent clairement à déboucher, au mieux, sur le refroidissement des relations diplomatiques ou, au pire, sur des conflits armés internationaux.

Il est donc tout à fait normal que le Burkina Faso, en tant qu’État souverain, veille sur sa souveraineté et que le peuple, en tant qu’entité dotée d’une conscience citoyenne, construise son patrimoine et bénéficie de ses ressources variées sans l’intervention d’interférences exogènes. Encore moins sans aucune mise en service de ces espèces de collabos endogènes.

Comme on peut le constater, l’ambition ne manque pas à cette vision. Il faut être courageux et patriote pour épouser la profondeur, non pas d’un simple projet de société, comme il en existe tant dans la bouche de tout homme politique de circonstance, mais d’une manière de penser et de vivre dans l’action au quotidien.

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La révolution burkinabè est un état d’esprit. Elle transforme le mental et remet au goût du jour son initiateur originel. Voilà pourquoi Thomas Sankara n’a pas beaucoup prospéré. Y compris auprès de ceux qui, avec truanderie politique, malice et sans conviction, scandent son nom et ses idées au quotidien.

Lors de la présidentielle prochaine, il faudra aller aux urnes avec tous ces indicateurs historique et idéologique dans l’esprit. Il faut donc voteren toute conscience. Il faut voter utile avec pour exigence attendue du prochain président, Roch Kaboré, son affiliation à Sankara. On est fatigué d’entendre que Sankara a fait son temps. Sankara est encore une œuvre non connue, inachevée, d’ailleurs à peine entamée, et jamais conduite dans son essence. Que l’égoïsme gratuit n’empêche pas les gouvernants d’être humbles de reconnaître l’impossible décollage du Burkina Faso sans encrage politique sankariste. Que le courage qui a manqué jusqu’ici habite les cœurs des gouvernants.

À cet effet, ce qui est pour moi fort significatif, c’est le fait que Roch Kaboré, qui avait toutes les raisons pour se concentrer uniquement sur l’exercice de fin de son mandat, ait quand même accepté de poser un acte historique majeur : remettre l’Institut des Peuples Noirs (I.PN.), créé par Sankara et mis en berne après son assassinat, au goût du jour. Normalement, pour les combattants des libertés des Africains où qu’ils soient et pour les personnes soucieuses de la dignité bafouée du continent africain et diasporique, l’I.P.N., que Roch Kaboré vient de faire renaître de ses cendres, est un évènement (politique) qui ne saurait passer inaperçu.

En effet, face aux organisations (politiques et militaires) occidentales qui ont été créées pour maîtriser les possibles forces alternantes, I.P.N. se revendique un interlocuteur (politique et méthodologique) valable pour instaurer un équilibre de forces qui, jusqu’ici, n’aura jamais été possible. La voix de l’Africain et ses diasporas doit pouvoir compter. Et cela passe par la reconquête de notre identité et de nos valeurs culturelles, spirituelles ou linguistiques.

Que Roch Kaboré, le 6 août 2020, décide, lors du dernier conseil des ministres, de la création d’un Secrétariat technique de l’I.P.N., il faut y voir une capacité, chez ce président, de se mettre au-dessus des petits egos inutiles pour reconnaître en Sankara la pertinence d’une vision à résolument opérationnaliser. Kaboré montre par-là le respect d’une certaine cohérence qui voudrait que le Faso Danfani, en tant que conscience culturelle nationale, soit davantage pensé et porté sur les plans institutionnel et méthodologique par un organisme planétaire dont les tentacules à l’international sont nombreuses : I.P.N.

Pour être convaincu que le devenir glorieux et véritable de l’Afrique se joue avec ce que l’Afrique a de profondément constitutive à son essence, la renaissance de l’I.P.N. impose l’accompagnement des activistes politique et culturel africains. Kaboré, en tant que candidat à sa propre succession, oblige l’humble rédacteur de ce propos à m’aligner derrière celui qui, historiquement, ramène I.P.N. à la vie. Toutefois, mon soutien à Kaboré lui exige d’être à l’écoute des activités et propositions de l’I.P.N. afin de veiller à ce que les évolutions de mentalités que bâtira I.P.N. trouvent leur terrain d’expansion sous son deuxième mandat. Persuadé de ce que si l’I.P.N. venait à être un enjeu de développement des mentalités et un cadre conceptuel opérationnel de solidarité continentale et diasporique, la gouvernance africaine deviendra non seulement le début du panafricanisme (l’intérêt général passant en premier) mais aussi plus significative sur le plan de la renaissance continentale.

Voilà pourquoi il faut reconduire Kaboré au pouvoir. Voilà où l’utilité de Kaboré est attendue. Il est un impulseur du panafricanisme à venir à travers I.P.N. Nous devons agir pour le lui faire comprendre. Au-delà de ses propres principes directeurs d’homme politique. Bien évidemment !

OWONO ZAMBO Africain digne et lucide.

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