Côte d’Ivoire/Présidentielle 2020 : Paul Biya du Cameroun battu d’avance dès le 1er tour par Alassane Ouattara ?

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les ivoiriens pro-Ouattara, ont décidément fait de Paul Biya le contre-exemple achevé du bon chef de l’Etat, le “modèle” de ce qu’il ne faut pas être  en matière de direction au plus haut niveau d’un pays. Au point de faire des Camerounais le public cible virtuel de sa propagande électoraliste.  

Ulcérés par les dénonciations du régime du dictateur ivoirien sur la Télévision Afrique média (basée au Cameroun) par des leaders politiques ou d’opinion se recrutant en majorité  parmi les supporters du dictateur Camerounais, Paul Biya, les partisans de Alassane Ouattara montent régulièrement au créneau ces derniers temps pour comparer –et avec raison- les deux dictatures. Deux satrapies qui pour l’être incontestablement, n’en sont pas moins différentes  par leurs compréhensions respectives des termes du “contrat social” qui les lie à leurs peuples respectifs.

On a ainsi, d’un côté, une dictature saupoudrée d’un zeste de conscience de la nécessité de se racheter aux yeux sinon du peuple, du moins d’éventuels visiteurs, quoique frileuse de l’après pouvoir, compte tenu des crimes de sang à son passif,  et de l’autre une satrapie ethno-tribale sauvageonne et je-m’en-fichiste qui se croit en terrain conquis pour avoir réussi à semer la peur au sein d’un peuple à qui il  fait avaler que s’élever contre l’injustice et la tyrannie est un acte de rébellion, de terrorisme et d’hostilité à la patrie, et plus grave encore -ici c’est le crime au-dessus de tous les crimes-, un agenda caché de déstabilisation du régime en place en vue d’instaurer un régime de suprémacisme ethnique. 

Les Ivoiriens pro-Ouattara égrènent donc quelquefois le bilan respectif des sieurs Ouattara et Biya et concluent que le plus honni des deux est le Camerounais, cela impliquant que les Camerounais et tout ce qui s’y rapporte devraient s’occuper de balayer devant leur propre porte que de se faire outre mesure du mouron  pour une Côte d’Ivoire à des milliers de kilomètres et du reste « mieux lotie que le Cameroun sur le plan de la gouvernance politique et économico-financière. 

Vrai ? Rien n’est moins sûr ! Tenez :

Le président camerounais qui fit preuve d’une grande sagesse en recourant à l’arbitrage de la Cour de Justice internationale quand le Nigeria qui n’est lié au Cameroun que par le voisinage s’est emparé, sans la moindre raison valable, de la presqu’île pétrolifère et poissonneuse de Bakassi, et se plia à de longues années de négociations soutenues avec l’envahisseur qui refusait de coller la paix au Cameroun malgré le verdict de la CIJ, fait preuve d’une plus que “grande sagesse guerrière”  depuis quatre ans en faisant une guerre très meurtrière (entre 3.000 et 12.000 morts selon certains et plus de 40.000 morts selon d’autres) à des Anglophones encore camerounais qui veulent faire sécession pour cause de marginalisation, alors qu’il pouvait bien négocier avec eux sous l’égide de l’ONU, voire recourir aux services de la même CIJ, une volonté de sécession en général,  et les mobiles convoqués au Cameroun par les tenants de cette solution extrême en particulier, emportant question de territorialité, et logiquement de droits international et humain ;

Certes le président Camerounais est coutumier des victoires volées aux élections présidentielles. A chaque fois, ses principaux opposants ont été victimes de ses coups de force, et contraints de prendre simplement acte du fait accompli du fait de la prévalence de la répression militaro-policière mise en place et de la capacité de la Justice de Biya à fermer les yeux de sa conscience sur la vérité et à consacrer le non droit ;

Certes, à l’issue de la dernière élection présidentielle du 7 octobre 2018 au Cameroun le président camerounais a refusé le recomptage des votes que proposait son adversaire pour mettre fin au contentieux post-électoral et a préféré une fuite en avant qui a débouché sur l’incarcération pendant plus de 8 mois de Maurice Kamto et de ses principaux alliés, avec la bénédiction de sa justice militaire, évidemment rangée du côté du plus fort ;

Certes le président camerounais, a transformé  le Cameroun en Ekang-Betiland faisant des ressortissants de son aire géographique d’origine les maîtres du pays, et des ressortissants des autres régions ainsi que des Ekang-Bétis qui ne partagent pas cette conception ethnofasciste  du gouvernement des affaires du Cameroun, sinon des intrus, du moins des locataires dont la présence, voire l’existence, est simplement tolérée par les saigneurs-propriétaires-bailleurs du pays.

Mais Ouattara en mène-t-il large, lui qui, pour assouvir sa soif du pouvoir, a versé des hectolitres de sang de ses compatriotes depuis l’avènement de la rébellion  des “Forces nouvelles” en 2002 jusqu’à sa prise effective du pouvoir en 2011 ?

N’est-ce pas le même Ouattara qui a bénéficié du soutien des armées étrangères (française et burkinabé en l’occurrence) pour couper en deux pendant neuf bonnes années la Côte d’Ivoire, tuant de nombreux Ivoiriens, réduisant à néant le peu d’appareils dont disposait la modeste aviation ivoirienne, ou faisant fuir l’armée dont il voulait devenir le Commandant-en chef de son pays devant ses “dozos” et sa Force Licorne ?

Ouattara n’a-t-il pas lui aussi refusé le recomptage des votes que proposait son adversaire Laurent Gbagbo en 2010, préférant plutôt obliger en mondovision le président du Conseil Constitutionnel qui avait cinq mois plus tôt (le 3 décembre 2010) déclaré la victoire de Laurent Gbagbo à l’élection présidentielle  des 31 octobre et 28 novembre 2010 à effectuer un revirement spectaculaire en proclamant aussi la sienne ? Ce spectacle effarant n’est-il pas plus ignominieux que celui en usage au Cameroun où l’on donne quand même le sentiment, que le Conseil Constitutionnel agit de son bon gré, même s’il est connu de tous que ses membres sont des obligés du régime Biya et de son chef, pour ne pas dire, à quelques insignifiantes exceptions, des militants du parti au pouvoir depuis 1982 ?

Le plus haut fait d’armes de Ouattara en dix ans de pouvoir n’est-il pas le célèbre rattrapage ethnique dont il est l’incontestable théoricien, c’est-à-dire cette fumeuse et diabolique notion qui lui a permis de mettre la Côte d’Ivoire sous la coupe réglée des “gens du Nord”, comme le signalent si bien au passage les artistes Yode et Siro dans leur magnifique titre  « On dit quoi » ?

Au Cameroun, Paul Biya n’a jamais fait mystère de son ambition de rester au pouvoir jusqu’à son dernier souffle et même après, quelles qu’en soient les conséquences, à charge pour les Camerounais de faire le choix entre rester tranquilles en grommelant quelques récriminations dans leur coin comme c’est le cas depuis la victoire volée de John Fru Ndi en 1992 ou de s’élever contre l’oppression comme le font les peuples qui aspirent à la liberté ! Mais Ouattara n’est-il pas ce presque octogénaire qui vient de montrer à la face du monde que la parole d’un être humain, qui plus est, d’un dirigeant africain, n’a pas plus de valeur que celle d’un indécrottable gangster ? Celui qui s’est fait applaudir par le monde entier en affirmant qu’« A un moment donné, on offre moins à son pays quand on prend de l’âge », et que « Même si la Constitution vous le permet, vous devez transmettre le pouvoir à une nouvelle génération », n’est-il pas le même qui depuis quelques semaines fait tuer des Ivoiriens par ses gardes-chiourmes pour un troisième mandat qu’il veut s’arroger en violant la Constitution de la plus ignoble des manières ?

Alors Ouattara, Paul Biya, et bien d’autres, ce sont des problèmes africains dont aucun Africain raisonnable ne devrait empêcher l’autre de se mêler pour de prétendues arguties de nationalité. Camerounais et Ivoiriens, c’est le même combat solidaire des peuples africains contre les fossoyeurs de la démocratie et de leur bien-être.

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