Remarques à Aliou Tall sur son article paru dans Cameroonvoice sur l’affaire de la « députée-esclave »

Paris, le 7 septembre 2020 Cher Frère Aliou Tall,

Permets-moi de te lancer, et de lancer devant le public de Cameroonvoice, en réponse à ton article, quelques remarques critiques, qui ne s’opposent nullement au sens général de ton texte, mais visent seulement à en faire voir la malencontreuse faiblesse, en de certains passages, et aussi à redresser quelques erreurs de fait, dont le poids dans ta démonstration est également regrettable. Ma critique est amicale et non pas hostile, j’espère que tu ne te laisseras emporter par aucun doute à ce sujet. Et je souhaite même une rencontre dans les temps prochains entre nous, soit en tête-à-tête, soit en présence d’autres personnes, pour débattre de toutes affaires nous concernant.

Je n’ai pas le souvenir que nous nous soyons jamais rencontrés, ce sera pour moi une joie et un honneur quand cela se produira.

Entrée

Je vais d’abord mettre en place le fait sur lequel beaucoup de gens se sont récriés ou ont crié au scandale : la représentation comme esclave d’une personne jouissant aujourd’hui de la dignité statutaire de députée française.

Je suis assez étonné et considérablement déçu des réactions multiples à cette « offense » d’un journaliste se revendiquant, sans en avoir honte, du colonialisme, de l’impérialisme et de l’esclavagisme (précisément celui de la traite atlantique).

Je crois pouvoir dire, me rattachant à l’inspiration d’un Aimé Césaire, ou également à celle d’un Cheikh Anta Diop, que cet âne de journaliste a justement apporté à celle qu’il visait l’aura qui lui manquait, et qu’elle peut, désormais — et grâce à lui — se prévaloir d’être la sœur de tous les Africains d’hier et d’à présent, y compris donc de ceux dont la voie est passée par l’esclavage historique, en dépit du fait que ses ancêtres à elle ne l’aient peut-être pas connu. Et si jamais quelques-uns de ses ancêtres furent esclaves, elle peut le remercier, cet âne, de l’avoir rapproché d’eux, ce qui ne peut que fortifier le respect qu’elle leur doit, comme celui qu’on lui doit.

Aujourd’hui, dans cet France et, plus largement, cet Occident qui n’en finissent plus de sombrer dans la décadence, l’entendement est mortellement atteint, et l’histoire plus que jamais oubliée. Alors, relisez le Cahier d’un retour au pays natal, le Discours sur le colonialisme : ils ont été écrit par un descendant d’esclaves, qui n’a pas eu honte de se faire connaître comme tel. Et qui est un de ceux qui ont promu et illustré ce concept de Négritude, revendiqué haut et fort ; et qui ont exigé le rapprochement des bords de l’Océan atlantique, afin que ceux qui sont passés par l’esclavage et ceux qui l’ont évité se redonnent la main et luttent ensemble contre ceux qui ont, et depuis si longtemps, joué à les réduire.

Et au-delà du rapprochement nécessaire entre Africains esclaves et Africains non esclaves, dans le Discours, Césaire a magnifiquement choqué son public de lecteurs en montrant que ce ne sont pas seulement les Africains qui doivent lutter ensemble contre les dominateurs, mais tous les hommes : le mérite de sa démonstration, qui en a fait aussi bien le scandale, c’est d’avoir dit que le nazisme n’avait fait qu’appliquer aux « Blancs » ce que des Blancs n’avaient jusque là appliqué qu’aux « Noirs ».

Et ce n’est pas tout à fait un hasard si la même querelle ressort aujourd’hui. C’est à mettre directement en rapport avec l’aventure « Covid-19 » que vit la planète entière en ce moment. Ceux qui avaient cru le fascisme condamné, éteint, se sont largement trompés : il est là, sous cette nouvelle forme. Donc aujourd’hui les humains, d’un bout à l’autre de la planète, ont à lutter contre cette invention démoniaque qui a pris les gouvernants (pratiquement partout), de jouer à faire passer la population sous les fourches caudines de la récession économique (calculée) et à l’humilier par l’obligation officielle imposée à tous de porter un cache-sexe sur le visage. Que le fascisme renaissant présente plus de traits de ressemblance avec le mussolinisme qu’avec l’hitlérisme n’est qu’un détail… Mais c’est bien le moment où tous les humains, que leur peau soit blanche, noire ou autre, que leur condition soit « libre » (sic) ou « servile » (resic), de s’entr’aider et de mutualiser leurs efforts pour lutter efficacement contre ce qu’on appelait hier « la bête immonde », mais dont on a du mal, aujourd’hui, à reconnaître le retour.

Donc cette querelle relancée par l’âne que j’ai dit, et dans laquelle j’estime que celle qu’il visait n’a pas bien répondu elle-même, n’est là que pour aider les gens à oublier de s’unir contre la Bête, en faisant mousser, une fois de plus, ce qui peut les diviser. Et j’invite mes lecteurs à apprécier, en fonction de ce que je dis, les réactions diffusées dans les merdias à l’article de l’âne en question.

Les détails que je critique dans ton papier

1. Le mot « haïssent » de ton titre, et le mot « négrophobie » dans le texte. Je ne crois pas que cette idée de haine soit tout à fait exacte : s’il y a, parmi les Français, des gens qui « haïssent » les Africains subsahariens (terme plus précis que « Noirs »), ils sont si peu nombreux que cela n’apparaît guère ; en revanche, ce qui est très dérangeant, c’est le mépris dont les Africains sont victimes. Et ce dernier a une longue histoire, cela ne s’est pas fait du jour au lendemain.

Il est à noter que, dans le bassin méditerranéen, deux peuples ont très tôt, formulé un rejet du « Noir » (d’Afrique) : les Juifs (cf. les récits de « l’Exode », et les propos du prophète Jérémie), les Romains. La place donnée, dans l’héritage culturel de l’Europe chrétienne, à ces deux peuples « pilotes de l’histoire », pèse sur nous, ici, depuis deux millénaires ; mais le plus grave était à venir, et est dû à ceux qui n’ont pas craint de se désigner eux-mêmes par le vocable « d’Humanistes » (dès le milieu du XVe siècle), ainsi que leurs contemporains les princes et les riches, qui, à commencer par les Lusitaniens, tôt rejoints par les autres nations, ont inventé de faire souffrir gravement les Africains.

2. Tu dis que Mme Obono a été « odieusement calomniée » par le fait d’être traitée d’esclave. Oui, l’esclavage — et typiquement celui de la traite atlantique — a été quelque chose d’odieux, et l’état d’esclavage réel, sinon déclaré comme tel, de beaucoup d’humains aujourd’hui à la surface de la planète, est tout autant odieux ; mais traiter quelqu’un d’esclave, dans la France d’aujourd’hui, avec le minimum de culture qui lui reste, n’est pas une « odieuse calomnie » : l’esclave, s’il est victime d’un état de chose, n’en est pas responsable, et ne saurait être « mis en cause » sur son état d’esclave ; quant à celui qui ne l’est pas — et on peut penser qu’une députée est connue de tous comme n’étant pas soumise à cette condition —, le « compliment » ne peut la concerner au sens propre, et fait long feu. J’ai redit plus haut que, bien au contraire, Mme Obono aurait pu tirer gloire et bonheur du fait d’être rapprochée d’avec les esclaves et réunie à eux. 

3. Les mot « racisme ». On sait bien que ce mot, dont la science biologique a irréfutablement établi l’impropriété, est une facilité de parole. Même si on veut lire le mot « race » en un sens plus ancien, comme « famille humaine » ou « sous-groupe » d’un peuple ou de l’humanité, ce n’est pas ça qui est mis en cause, en France, à travers les actes ou paroles prétendument « racistes ». Les mères qui confient leurs jeunes enfants à des nounous africaines le font sans aucune crainte ni souci : elles savent au contraire que l’enfant sera très bien traité, elles sentent même, assez paradoxalement, que ces femmes sont de bien meilleures nourrices et éducatrices qu’elles-mêmes, mais elles ne les en méprisent pas moins, sociétalement. Car ce qu’on appelle « racisme » est en fait une discrimination culturelle socialisée. Jusqu’à un passé récent, la prétention de ceux qui dominaient la société blanche était de faire croire que le « nègre » était un homme sans culture, et que, soumis à un apprentissage chez nous, il pouvait devenir un « être humain complet ». C’est cette prétention négatrice de la culture d’autres peuples qui est le vrai crime contre l’humanité. C’est elle qui est insupportable et inexcusable. C’est une honte pour ceux qui la soutiennent.

Ce qui est curieux en France, c’est qu’il n’y a pas de peuple qui sait, mieux que nous, laisser détruire sa culture et en même temps nous sommes les premiers à croire à la supériorité absolue de notre dite culture. Cela joue déjà face à d’autres Européens et aux Américains US, mais cela tourne au mépris accablant vis-à-vis des Africains ; et surtout des Africains piégés par la langue française, restée, en ces temps de postcolonie, « langue de la métropole ».

3bis. Mais je n’ai pas fini avec le racisme : ce curieux racisme sans haine véritable, mais porteur de mépris, essentiellement culturel, est lié à cette négation de la culture de l’autre. Qui est effectivement quelque chose de terrible et qui fait très mal  tous les Africains (subsahariens), particulièrement, bien entendu, les francophones.

#ctaText??#  Cameroon: Heightened Crackdown on Opposition (Human Rights Watch)

D’autre part, tu mets en cause, tout à fait improprement, le texte du            pape Nicolas V — que tu as dû lire bien distraitement (je te le renvoie, du coup) — car il est, justement, loin de nier une âme aux Africains, loin de nier leur appartenance à l’espèce humaine, au contraire, il croit bien que Jésus est venu pour les sauver, eux aussi ; et c’est d’ailleurs grâce à ça qu’il peut justifier — si l’on peut dire — leur mise en esclavage : « si c’est moyen, dit-il, de les faire échapper au paganisme ou à la doctrine infernale de Mahomet » !

Les peuples européens, à la chute de Rome, au milieu du 5e siècle, avaient commencé à refuser l’esclavage au sens antique, précisément romain. Le « servage » qui s’est créé à cette époque, n’était pas un esclavage au sens propre, dans la mesure où la personne du serf était sauve : seule sa « liberté d’aller et de venir » était engagée, et il pouvait à tout moment se racheter (s’il avait de quoi). Ce servage néanmoins avait disparu, pratiquement, sous le règne de St-Louis, en France ; et les Européens occidentaux étaient assez fiers de cette disparition du servage. Il aura fallu l’astuce « rédemptrice » de Nicolas V, ou du vrai rédacteur de cette lettre de 1454, qui était peut-être le fameux prince Enrique (Henri-le-Navigateur), pour réintroduire l’esclavage chez les Européens. Cet épisode montre déjà que l’époque « humaniste » n’a pas craint de jouer au jeu du « fascisme » avant la lettre. Les gens, à l’époque, ont plié. Hélas…

Mais, si je te reprends sur cette question de l’âme, c’est simplement parce que tu te trompes de date, et d’auteurs. Nicolas V et Enrique reconnaissaient une âme aux Africains. Mais c’est bien après eux que la question stupide a émergé. C’est la faute à Cristobal de Las Casas, faute involontaire, doit-on ajouter. Ce religieux, épris de justice, s’était scandalisé de la manière dont les esclaves amérindiens et africains étaient traités dans le Nouveau Monde ; il avait cru pouvoir « donner le bon exemple » et s’établir lui-même, bien que religieux, dans une « encomienda ». Mais les méchants ne supportent pas que les bons viennent leur faire la morale : il a été chassé et a dû rentrer en Espagne. Ses écrits, qu’il a toujours pris soin de faire approuver par les successeurs de St-Pierre, n’ont cessé de dénoncer les injustices, les mauvais traitements, et exigé la fin de l’esclavage. Cela finissait par déranger, car c’était tout de même un prélat assez estimé. Malheureusement, il y avait une large majorité de gens contre lui. Qui ont trouvé l’astuce dans ses propres écrits : il avait reproché aux méchants de maltraiter leurs « semblables ». Ceux-ci ont trouvé la parade et c’est ainsi que vers le milieu du XVIe siècle on a commencé à répandre cette belle idée : « les nègres ne sont pas nos semblables, ce sont des êtres intermédiaires entre les singes et les hommes. » Donc « ce ne sont plus des humains, tout est permis : ce sont des bêtes de somme ». Ceci ne s’est pas produit au début de la conquête de l’Afrique, mais environ un siècle plus tard. Donc, en quelque sorte, c’est parce qu’on ne voulait pas renoncer au bénéfice de l’esclavage, qu’on a inventé de dire que les nègres n’avaient pas d’âme. Un siècle après Nicolas V, et contre son texte même. D’accord, mon cher Aliou : si ce n’est pas l’un, c’est l’autre ; mais mieux vaut tout de même être précis.

4. Le colonialisme récent des XIXe et XXe siècle, prolongés par le postcolo­nialisme. Là, on est encore en plein dedans, même si on fait semblant d’avoir dépassé ce stade. Le seul tort de ceux qui parlent ou écrivent, c’est de faire comme si c’était dépassé. S’il y a un fait nouveau, il est tout récent, c’est la tentative actuelle exercée par tous les gouvernants de la planète, même si les profiteurs de la manœuvre sont des gens restant plus ou moins cachés, d’imposer le fascisme dans tous les États. Cela nous ramène à ce qu’expliquait, il y a 70 ans, Césaire, dans son « Discours sur le Colonialisme », et qu’éclaire et commente de nouveau Rosa Amelia Plumelle-Uribe dans « La férocité blanche » (Ed. Albin-Michel, 2001). Ne pas s’étonner donc que, désireux de venir à bout des peuples qui leur ont le mieux résisté jusqu’à présent, savoir les Occidentaux européens et les Nord-Américains, ces puissants masqués (jeu de mot obligé) soient en train de susciter, partout, des divisions à l’intérieur du vaste peuple sur lequel ils prétendent asseoir une nouvelle domination (via, pour l’instant, cette Covid-19).

Comme s’ils s’étaient donné le mot, partout, des gens prennent le poignard ou des explosifs pour tuer des semblables d’une autre « race » ; et les réactions d’indignation, organisées de façon à semer de plus en plus de désordre, reçoivent beaucoup d’aide d’origine mystérieuse. L’article de l’âne que tu as dénoncé fait aussi partie de ce jeu. La seule réponse, c’est de resserrer les rangs de la fraternité humaine et de créer des solidarités exemptes d’exclusion pour lutter contre le fascisme en train de s’imposer.

Bien évidemment, dans une France très en retard dans sa mise en cause du colonialisme et de ce qui va avec, l’exigence de repousser les exclusions est bien difficile à mettre en œuvre. Au-delà du pur égoïsme, qui fait que des gens de niveau de richesse différents ont du mal à fraterniser, il y a ces fausses idées liées au racisme et au colonialisme, qui se laissent mal déraciner. Déraciner le racisme pour retrouver, radicalement, la racine humaine…

Césaire et sa petite-sœur Rosa Amelia peuvent nous aider. Mais, avec ou sans lectures, nous devons ouvrir les yeux et regarder dans quoi nous sommes aujourd’hui. Et apprendre à lutter contre un mal qui… se renouvelle.

Colophon 

Universitaire, mathématicien et historien des sciences, je me suis trouvé avoir à défendre l’Afrique, ses valeurs, sa mémoire, en expliquant notamment ce dont nous lui avions été redevable dès l’antiquité : Euclide était égyptien — ce sont les Humanistes qui l’ont « blanchi » — et les Hellènes antiques ont presque tout appris, à partir de la fin du VIIe siècle av. J.-C., des prêtres égyptiens. Le raisonnement mathématique, en géométrie, est né chez les Égyptiens, qui l’ont transmis aux Hellènes. Avoir rappelé ces faits historiques à mes chers collègues de l’Université française, m’a valu un traitement auprès duquel les « offenses » faites par l’âne à D. Obono ne sont que des plaisanteries. Plaidant pour l’Afrique, j’ai subi le sort même des Africains. Sauf qu’un collègue qui a pour moi des sentiments partagés, souffrant de me voir en quelque sorte exilé par ma faute dans l’espace virtuel africain, m’a lancé un jour, plein de bonne volonté pour moi : « Mais, Christian, souviens-toi que tu es un Européen. » Dans l’instant, j’ai été choqué d’entendre ça. Je crois pouvoir interpréter la pensée de gens qui peuvent parler ainsi de la façon suivante : pour eux, il y a divers niveaux d’humanité (comme le pensaient déjà les Humanistes historiques), et, puisque j’ai la chance (sic) d’appartenir à la couche supérieure (resic), pourquoi diable devrais-je me faire du tort en venant raconter des vérités qui ne sont pas bonnes à entendre ici ? J’ai articulé à l’adresse de mon contradicteur que, pour moi, comme pour les Africains il y a une seule humanité, et que je ne prétends pas la scinder en plusieurs « niveaux ». En ce sens, naître européen est à mes yeux un simple « accident », comme dirait Aristote, et l’essence, c’est l’être humain.

Et si je tiens bon sur ma position, c’est parce que la fréquentation et l’amitié d’ Africains longuement et souvent visités chez eux, me permet de survivre à un niveau spirituel proche du leur, dirai-je.

Or hélas, je ne peux guère garantir à mes frères et sœurs africains que plus d’un intellectuel sur mille, au Nord, pense comme moi.

Mais le nouveau fascisme va changer toute la donne… Quel visage aura la planète demain ? Bien fort qui peut le dire.

La voie de l’amour est plus difficile que celle de la haine. Je ne recommande pas de suivre cette dernière.

Christian Velpry

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