Ouattara déteste les Ivoiriens parce qu’il se déteste lui-même

Attaquer la République, mépriser ses institutions, violer ses lois et sa Constitution, menacer de rendre le pays ingouvernable, etc. et, quelques années plus tard, demander à ses adversaires de respecter les mêmes lois et institutions, cela s’appelle manquer de cohérence, être bienveillant envers soi-même tout en exigeant beaucoup des autres ou bien aimer le pays uniquement quand on est au pouvoir.

Comme si cela ne suffisait pas, Dramane Ouattara a la manie de projeter ses sentiments sur les autres. Nous en verrons les raisons plus loin mais, tout d’abord, comment la notion de projection est-elle comprise par les psychologues ? Pour l’Américaine Karen R. Koenig, faire une projection, c’est “prendre inconsciemment des émotions ou des traits non désirés que vous n’aimez pas chez vous et les attribuer à quelqu’un d’autre” (https://www.healthline.com/health/projection-psychology#takeaway). L’Autrichien  Sigmund Freud, le premier à s’être penché sur la question, définit la projection psychologique comme “un mécanisme de défense dans lequel l’ego humain se défend contre les impulsions ou qualités inconscientes à la fois positives et négatives en niant leur existence en soi tout en les attribuant aux autres” (cf. S. Freud, ‘Case Histories 2’, Penguin, 1988).

Quiconque a écouté le dictateur d’Abidjan et vu les actes qu’il a posés en Côte d’Ivoire depuis 1990 admettra sans peine qu’il a la manie d’attribuer aux autres ce qu’il est et fait. Ainsi, il traite ses adversaires de peureux et d’irresponsables qui envoient les enfants des autres dans la rue pendant qu’ils se terrent chez eux, les soupçonne de vouloir le pouvoir “pour dilapider les fonds de la République à nouveau”, les juge violents ou “enivrés par l’argent et le pouvoir” alors que le vrai peureux, le vrai pilleur des caisses de l’État, le vrai déstabilisateur, le vrai hors-la-loi et le vrai arrogant, c’est lui. C’est effectivement la peur et la lâcheté qui l’obligèrent en septembre 2002 à escalader le mur de sa résidence pour trouver refuge chez l’ambassadeur d’Allemagne et à laisser Guillaume Soro assumer la paternité de la rébellion qui endeuilla et coupa le pays en deux. S’il était propre et intègre, il ne serait jamais accusé par la Direction générale de la sécurité  extérieure, le service de renseignement extérieur de la France, de blanchiment d’ar-gent, de transferts illicites de fonds  et de  détournements  de  plusieurs  milliards  de F CFA des PPTE (https://agencedepressepanafricaine.com/cote-divoire-scandale-la-dgse-alassane-ouattara-au-coeur-dimportants-detournements). S’il était démocrate, il ne jetterait pas en prison les journalistes qui critiquent sa mauvaise gouvernance, ni ne serait le commanditaire de plusieurs tentatives de coups d’État en 2000, 2001 et 2002.

Pourquoi Alassane Ouattara aime-t-il projeter sur les autres ses propres turpitudes, fantasmes ou intentions ?

Des observations cliniques ont conduit Didier Lauru, psychanaliste et psychiatre français, à la conclusion que la haine de l’autre commence souvent par la haine de soi. Il ajoute que nous nous haïssons quand nous ne sommes ni contents ni fiers de ce que nous sommes et possédons (cf. D. Lauru, ‘De la haine de soi à la haine de l’autre’, Paris, Albin Michel, 2015). À Gagnoa (au Petit Séminaire), comme à Yopougon-Kouté (Moyen Séminaire), j’eus l’occasion d’étudier avec des Burkinabè. Bien que nés en Côte d’Ivoire, ces anciens condisciples préférèrent terminer leurs études et travailler au Burkina Faso après l’obtention de leur baccalauréat. Je les revis à Ouaga et à Bobo-Dioulasso 10 ans plus tard. Tout en gardant un bon souvenir de leurs années ivoiriennes, ils étaient contents de contribuer à la construction de leur pays. En eux, il n’y avait ni aigreur, ni jalousie. Ils auraient pu prendre la nationalité ivoirienne mais ça ne les intéressait pas. Celle du Burkina leur suffisait et ils en étaient fiers. Une telle fierté n’existe pas chez Ouattara. Celui-ci donne plutôt l’impresion de détester son pays d’origine ou d’en avoir honte, d’avoir une piètre image de lui-même, d’envier les dons des autres au lieu d’apprécier ceux qu’il a reçus, de courir après la reconnaissance du Blanc, etc. À mon avis, c’est cette haine de soi dont il n’a probablement pas conscience, ce refus de s’aimer tel qu’il est, qui a produit sa haine des Ivoiriens qui, dans leur majorité, ne le reconnaissent pas comme un des leurs. Et, pour lui, la meilleure manière de se venger de ce peuple qui ne l’a jamais accepté, c’est de l’humilier, de le terroriser et de le dépouiller au maximum. En un mot, les souffrances que traverse le peuple ivoirien depuis 1993 sont liées, en grande partie, au fait que Monsieur Ouattara ne s’aime ni n’aime son pays suffisamment (cf. Charles Rojzman, ‘Savoir aimer dans des temps difficiles’, Paris, Guy Trédaniel éditeur, 2015). Or, dit le chanteur Maxime Le Forestier, “on ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas non plus les trottoirs de Manille, de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher. Être né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard”. C’est parce qu’il est incapable de s’accepter et d’assumer ses échecs, faiblesses et limites qu’il a constamment besoin de projeter sur les autres ce qu’il est, ce qu’il fait ou ce qu’il veut faire.

#ctaText??#  Le champ politique en folie en Côte d’Ivoire (L’Editorial du Professeur Franklin Nyamsi Wa Kamerun)

Ouattara peut-il guérir de son mal ? Oui mais à condition qu’il se livre à un sérieux examen de conscience et qu’il rencontre un thérapeute. Celui-ci lui conseillera alors de commencer par s’aimer et lui rappellera le conseil de Carl Gustav Jung : “Tu n’y verras clair qu’en regardant en toi. Qui regarde l’extérieur rêve. Qui regarde en lui-même s’éveille.” Mais qu’il veuille se soigner ou non ne nous concerne point. Ce qui nous préoccupe, c’est comment empêcher l’élection du 31 octobre et mettre en place une transition qui demandera des comptes à l’imposteur et préparera la prochaine élection qui aura lieu sans lui car il a épuisé ses deux frauduleux mandats.

Jean-Claude DJEREKE

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