Cameroun : Repos, Pots cassés et rendez-vous manqués, le vrai bilan des près de 40 ans de Paul Biya

« Où sont les entreprises créées avec nos impôts qu’Ahmadou Ahidjo t’avait laissées à son départ ? » Il répondit : « Je ne sais pas ; suis-je le gardien de vos entreprises ? D’ailleurs, c’est le FMI qui les a fermées avec ses Plans d’Ajustement Structurel meurtriers et colonialistes ! Pour moi quoi dedans, moi le Nnôm Ngui’i des Ekang-Beti qui ne suis le président du Cameroun qu’à mes heures ?  »

Et les Camerounais repartirent : « Qu’as-tu fait, président indigne ? La banqueroute de ces entreprises monte du cimetière des entreprises faillies jusqu’à nous. Maintenant, tu seras maudit du pays qui jadis salua l’avènement de ton régime, et qui a ouvert ses pages d’histoire pour mentionner la cascade des banqueroutes d’entreprises d’Etat. Quand tu parleras à tes compatriotes, ce sera en vain, car personne ne te croiras, pas plus que tu ne réussiras à tenir la moindre de tes promesses. Tu ne nommeras que des ministres prédisposés au détournement des deniers publics et ils t’en feront voir de toutes les couleurs que tu croiras exorciser les démons du fossoyage en règle du Cameroun en les envoyant en prison où bon nombre de tes compatriotes pensent que tu as ta place. »

Telle pourrait être la teneur d’un échange très vif entre “l’homme fort” du Cameroun et ses compatriotes, que nous suggère la relecture de l’édition numéro 1490 du journal satirique camerounais « Le Popoli », paru il y a 7 ans, le 10 novembre 2014, soit quatre jours après la célébration du 32ème anniversaire de l’arrivée au pouvoir -le 6 novembre 1982- du président  Paul Biya, qui plaça sa présidence sous le signe du « Renouveau National ».

Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur la Une du satirique qui représente de manière caricaturale un président Biya se prélassant au bon milieu du cimetière des entreprises d’État jadis créatrices de richesses et pourvoyeuses d’emplois, donc de bien-être, et qui ne sont plus de notre monde, foudroyées par le Renouveau gabégique, pour saisir l’énormité du gâchis.

Voilà comment, avant même que le chantre de la “RIGUEUR dans la gestion” et de la “MORALISATION des comportements” eut atteint sa vingtième année de repos, les SNEC, BIAO, CAMAIR, FOGAPE, SCB, OCB, CREDIT AGRICOLE, ONCPB, CAMBANK, LOTERIE NATIONALE, REGIFERCAM, SONEL, SOCAR, CAMSHIP, SOTUC –auxquels il faut ajouter INTELAR, CAMSUCO avaient fondu comme du beurre au feu.

Ces structures faisaient pourtant à une certaine époque la fierté de l’économie nationale, tous  secteurs (primaire, secondaire et tertiaire) confondus. Mais la gestion  à l’emporte-caisse du régime des népotes  dont le chef s’est taillé une solide réputation de “roi…reposant” est passé par là ! Qui dit mieux ?

Et pour ne rien arranger, le régime s’est coltiné depuis quelques années une certaine Eneo(*) qui aurait la mission officieuse d’empêcher les petites et moyennes entreprises de sortir de terre –ou, pour celles qui existent déjà, de prospérer, c’est-à-dire de grandir-. La preuve, la phrase la plus courue sur les lèvres de tous les Camerounais, y compris ceux qui sont encore au berceau, c’est « Eneo vient encore de couper la lumière ».   

C’est un refrain que les Camerounais chantonnent du lever au coucher, sous la pluie comme sous le soleil, en ville comme en campagne, dans les hôpitaux et dans les boites de nuit, à la fête ou au deuil, à la maison ou au bureau…

Et avec ça, on peut déjà se rassurer : l’allure que prend le processus de traduction en faits concrets de la vision “Cameroun, pays émergent en 2035”, fait de cette “grande ambition”, que disons-nous, cette “grande réalisation”, mieux, cette “grande opportunité”, un rendez-vous manqué de plus ! En perspective.

(*)Energy Of Cameroon (ENEO) est la seule entreprise au monde dont le chiffre d’affaires et les bénéfices annuels flatteurs et exorbitants sont inversement proportionnels à la quantité et la qualité d’énergie électrique  fournies à ses clients. Tout ceci sous le regard passif et probablement amusé d’un président submergé par un repos comateux qui l’a… porté disparu depuis fin mars 2020. 
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