Au Mali, l’enjeu n’est pas le coup d’Etat

La situation au Mali commande aux Africains de s'interroger sur leur capacité à dire non aux forces impérialistes. Elle exige qu'on clarifie notre position vis-à-vis de la République française dont les accents coloniaux restent intacts.

Les Maliens ne veulent plus d’une coopération qui n’est pas une symbiose, mais qui pourtant se présente chaque matin dans le journal de RFI comme l’aide de partenaire solidaire.Le problème du Mali est sécuritaire, cela signifie, quand on connaît les relations séculaires entre les puissances occidentales et l’Afrique, uniquement économique.Le discours des autorités françaises sur l’illégitimité des dirigeants maliens s’appuie sur des généralités démocratiques qui, en aucun cas, dans un monde de respect mutuel souhaité, ne concernent la France. S’il y a coup d’Etat au Mali et que les Maliens ne sont pas d’accord, ils peuvent toujours s’y opposer. Ils le feraient d’autant plus facilement que la junte militaire ne dispose manifestement pas du soutien logistique de Paris comme certains putschistes militaires et civils encore actuellement en activité en Afrique.

Et en matière de démocratie, l’Afrique n’a franchement aucune leçon à recevoir de Paris ou d’une quelconque capitale dans le monde. Il n’est pas rare qu’on soit plus libre chez nous que dans ces démocraties autoglorificatrices où la liberté se résume, ces temps-ci, à la possibilité d’acheter le dernier téléphone à crédit.La France doit comprendre que notre objectif sur terre n’est pas de demander son avis si on doit respirer. Et elle n’est même pas en position de dire que “la main qui donne c’est la main qui dirige” parce que, précisément, elle ne donne rien ou très peu ! Paris a le choix de coopérer rééllement avec les Africains ou de se tourner vers d’autres horizons. Elle doit apporter quelque chose sur la table des discussions. C’est là son intérêt ! Pas sûr que cet intérêt soit partagé par les Africans.

Dans cette négociation évoquée, les capitales africaines partent avec un avantage en ce que la France n’apporte ni technologie, ni savoir-faire, ni emplois durables, ni armes, ni universités. Même le divertissement est fade. Pour le moment encore, il faut le reconnaître, Paris est plus forte et compte sur des alliés locaux et internationaux plus forts encore. Mais qu’est-ce qu’un droit qui périt quand la force cesse ? (Rousseau)La politique des slogans comme la lutte contre le terrorisme, la démocratie, l’alternance, les droits de la femme, la protection de la couche d’ozone, l’aide au développement, la liberté d’expression ne fait plus illusion. La France a elle-même du mal à appliquer ces grandes idées chez elles.

#ctaText??#  Macron parlera-t-il des massacres de son pays ?

Je pense aux Gilets jaunes mutilés, je pense à la pauvreté indicible de Mayotte, je pense à Dieudonné M’bala, je pense à ceux qui refusent de se faire vacciner et que Macron va “emmerder”, je pense aux sans abris qui se chauffent dehors en plein hiver, je pense à Sarkozy assassin de Kadhafi, je pense à l’extrême droite, à la gauche version Macron, au louvoiement sur la question du franc CFA, aux musulmans, aux jeunes des cités, je pense au racisme, aux contradictions, je pense…Inonder de problèmes qu’elle ne sait pas résoudre chez elle, ce n’est pas outre-mer que la France offcielle pourrait imposer des solutions qu’elle n’a pas. En Afrique, nous avons nos propres soucis et avons certainement la capacité d’essayer de les régler et de nous tromper, mais selon notre unique agenda. Pas à la guise de certains “grands pays”.

Le coup d’Etat au Mali est une entorse aux règles démocratiques. Oui ! Mais quoi ? Doit-il arrêter notre capacité à réfléchir à ses tenants et à ses aboutissants ? D’ailleurs un coup d’Etat au Mali,est-ce pire que l’entretien d’une rebellion touareg dans un pays qui menace dangereusement sa souveraineté ? Est-ce pire que l’intervention militaire en Libye en 2011 et le soutien actif aux groupes djihadistes, en tout cas à certaines monarchies du Golfe qui inondent les capitales occidentales de pétro-dollars par clubs de foot interposés tout en poussant une politique regligieuse extrêmement pernicieuse sur laquelle on ferme les yeux ? Est-ce que le coup d’Etat est plus grave que l’exploitation des richesses minières d’un pays à l’abri des regards au nom de la sécurité ? Est-elle enfin pire que l’obsession de monter les Maliens les uns contre les autres et de refuser d’écouter la rue malienne tout simplement parce qu’on est ministre un jour nommmé par décret par le préident de la République française ?

Je le redis, des moyens d’accéder au pouvoir, le coup d’Etat c’est-à-dire le non-respect des règles constitutionnelles est sans doute le moins bon. Mais au Mali, ce n’est pas ce qui fait problème. Les Maliens ont besoin d’en finir avec une rebellion qui n’en est pas une et dont la pertinence n’a d’intérêt que tant que la France reste présente militairement dans le pays.

William Bayiha

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