Chute “accidentelle d’un missile sur la Pologne: une provocation délibérée de l’Ukraine

Andre Damon

Un jour après une série d’explosions dans un village agricole polonais il est clair que l’Ukraine a tiré au moins un missile sur la Pologne, tuant deux civils polonais.

Si les soutiens impérialistes de l’Ukraine ont reconnu que c’est Kiev qui a lancé la frappe, ils ont prétendu, sans l’ombre d’une preuve ou la moindre plausibilité, que la défense aérienne ukrainienne avait accidentellement lancé une frappe aérienne de précision à des dizaines de kilomètres dans la mauvaise direction.

Si l’armée de l’air ukrainienne tentait d’intercepter des missiles russes venant de l’est, pourquoi ses missiles étaient-ils dirigés vers l’ouest, vers la Pologne? Et pourquoi ont-ils pu viser précisément un bâtiment habité dans une zone rurale faiblement peuplée? Pourquoi le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le ministre des Affaires étrangères Dimitri Reznikov et un «haut responsable du renseignement américain» anonyme ont-ils faussement accusé la Russie, avant même que les autorités polonaises n’aient confirmé publiquement les détails de l’attaque?

L’affirmation que le missile a été tiré à partir d’une arme «défensive» n’a aucune crédibilité, car le système de missiles  S-300 est bien connu pour sa capacité à frapper des cibles terrestres.

En réalité, le tir de missile était une provocation calculée de l’Ukraine, peut-être avec l’aide de factions de l’État américain. Il était destiné à accélérer l’implication directe de l’OTAN dans le conflit et à exclure toute discussion sur un cessez-le-feu ou un règlement négocié de la guerre.

L’attaque lancée par l’Ukraine contre la Pologne a eu lieu alors que le G20 se réunissait à Bali, en Indonésie où les États-Unis cherchaient à pousser les autres pays à se déclarer contre la Russie. Elle intervient également dans un contexte de conflits dans le gouvernement américain sur l’étendue et le rythme de l’engagement des États-Unis dans la guerre, et de suggestions du chef d’état-major des armées, le général Mark Milley, que les États-Unis pourraient entamer un cessez-le-feu ou des négociations de paix au cours de l’hiver.

Il est crucial que ce soit l’OTAN dans son ensemble et ses membres individuels qui aient reconnu que c’est l’Ukraine, et non la Russie, qui a attaqué la Pologne alors que l’Ukraine continue d’affirmer que l’attaque venait de la Russie.

Un diplomate d’un pays de l’OTAN à Kiev a déclaré au Financial Times: «Cela devient ridicule. Les Ukrainiens sont en train de détruire [notre] confiance en eux. Personne ne blâme l’Ukraine et ils mentent ouvertement. C’est plus destructeur que le missile».

Mercredi matin, l’OTAN a publié un communiqué déclarant qu’«un missile de défense aérienne ukrainien tiré pour défendre le territoire ukrainien contre les attaques de missiles de croisière russes a probablement causé l’incident»; elle ajoutait: «Ce n’est pas la faute de l’Ukraine. C’est la Russie qui en porte l’ultime responsabilité, car elle poursuit sa guerre illégale contre l’Ukraine».

La Maison-Blanche s’est fait l’écho de la déclaration de l’OTAN, ajoutant: «Quelles que soient les conclusions ultimes, il est clair que la partie responsable en dernier ressort de cet incident tragique est la Russie, qui a lancé sur l’Ukraine un barrage de missiles destinés spécifiquement à cibler des infrastructures civiles. L’Ukraine avait – et a – tout à fait le droit de se défendre».

En blâmant la Russie pour ce qui ne pouvait être qu’une attaque délibérée de l’Ukraine contre un membre de l’OTAN, les États-Unis suivent le schéma établi par toute une série de provocations. Depuis l’assassinat de la figure publique fasciste russe Daria Douguine à Moscou jusqu’au bombardement des gazoducs Nord Stream et du pont de Kertch, chacune de ces actions, menées par des forces ukrainiennes en alliance avec des factions de l’État américain, visaient à intensifier l’engagement des États-Unis dans la guerre en Ukraine. Toutes furent finalement défendues – bien qu’en prenant leurs distances vis-à-vis d’elles – par les États-Unis et leurs médias.

Les États-Unis ont choisi, cette fois-ci, de ne pas adhérer pleinement au faux récit promu par Kiev. En effet, cela les entraînerait dans une guerre à grande échelle avec la Russie, à laquelle ils ne sont pas encore prêts. Mais le gouvernement Biden est en train de faire des préparatifs intensifs à cet effet en injectant en Ukraine des dizaines de milliards de dollars en armes et construit avec l’OTAN un front de bataille sur toute la frontière européenne de la Russie.

Le jour même où les frappes ont eu lieu, la Maison-Blanche a demandé au Congrès d’approuver 21  milliards de dollars d’armes supplémentaires. Ce chiffre ferait plus que doubler le montant total des livraisons d’armes américaines à l’Ukraine, qui atteignent jusqu’à présent18,2  milliards.

Dans des remarques faites mercredi, le secrétaire à la Défense Lloyd Austin et le chef d’état-major des armées Milley ont écarté toute discussion sur un cessez-le-feu pendant l’hiver, tel que la presse l‘avait évoqué ces dernières semaines.

À la question de savoir si Milley «revenait sur ses commentaires de la semaine dernière sur une opportunité de négociations avec les Russes», Milley et Austin ont tous deux répondu qu’ils voyaient la guerre se poursuivre et même s’intensifier pendant l’hiver. «Je pense que la lutte hivernale favorise les Ukrainiens», a déclaré Austin.Réunion en ligne : Samedi 10 décembrePour un mouvement de masse de jeunes et d’étudiants pour arrêter la guerre en Ukraine !S’inscrire

Il a encore ajouté: «Ils vont poursuivre ce combat pendant l’hiver, d’après ce que nous pouvons dire, et nous, les États-Unis, sur les instructions du président et du secrétaire à la Défense, nous continuerons à soutenir l’Ukraine aussi longtemps qu’il le faudra pour qu’elle reste libre, souveraine et indépendante, et son territoire intact».

Quelles que soient les péripéties tactiques de la politique militaire américaine, l’orientation générale des États-Unis est une tendance claire et sans équivoque à l’escalade militaire dans ce qu’ils caractérisent comme la «décennie décisive».

Écrivant sur le réarmement allemand dans les années  1930, Léon Trotsky a publié un essai intitulé «Hitler le pacifiste». Dans cet essai, il explique que les proclamations bruyantes de l’impérialisme allemand selon lesquelles il recherchait la paix n’étaient qu’une couverture pour un programme systématique de réarmement dans le but de préparer une guerre mondiale:

[Hitler] poursuit son travail dans le sens d’un changement radical dans le rapport des forces militaires. C’est précisément maintenant, alors que ce travail a déjà commencé – mais, il est encore loin d’avoir donné des résultats décisifs – que Hitler doit employer la plus grande prudence sur la scène européenne. N’effrayer personne; n’irriter personne – au contraire, ouvrir grand les bras. Hitler est prêt à couvrir les murs des usines de guerre de discours pacifistes et de pactes de non-agression. Paris vaut bien une messe! Si l’on doit façonner une formule claire, simple, non diplomatique de l’offensive pacifiste, c’est la suivante. «Pendant les deux ou trois prochaines années, Hitler doit éviter soigneusement une guerre préventive de la part de ses adversaires. Dans ces limites, son pacifisme est absolument sincère. Mais dans ces limites seulement».

Aujourd’hui, les déclarations des États-Unis qu’ils ne cherchent la guerre ni avec la Russie, ni avec la Chine, ne sont qu’une ruse destinée à gagner du temps pendant qu’ils procèdent à l’encerclement militaire et diplomatique de ces deux pays et qu’ils massent des troupes à leurs frontières. Les planificateurs militaires américains considèrent la guerre qui a éclaté en Ukraine comme une joute d’ouverture dans une guerre mondiale beaucoup plus large.

Le fait que la guerre se soit étendue à la Pologne doit être considéré comme un avertissement: cette guerre doit cesser! Le 10  décembre, la Jeunesse internationale et les étudiants pour l’égalité sociale organiseront une réunion en ligne intitulée «Pour un mouvement de masse de la jeunesse et des étudiants pour arrêter la guerre en Ukraine»! Nous exhortons tous les travailleurs, étudiants et jeunes à assister à cette réunion cruciale et à en faire la promotion.

Source : WSWS

(Article paru d’abord en anglais le 17 novembre 2022)

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