250 millions d’enfants en danger sur la planète, 40 experts expliquent

Mise sur pied par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’UNICEF et The Lancet et financée par la Fondation Bill & Melinda Gates, une commission forte de 40 experts de la santé de l’enfant a livré le 19 février son rapport dont il ressort que le monde actuel représente un véritable risque sanitaire et climatique pour près 250 millions d’enfants de moins de 5 ans.

Alarmant !

Adossé sur un nouvel indice mondial incluant 180 pays, ce rapport intitulé A future for the World’s Children? (Quel avenir pour les enfants du monde ?) est sans appel, aucun pays ne protège de manière appropriée la santé des enfants, leur environnement et leur avenir. « Malgré des améliorations dans la santé de l’enfant et de l’adolescent au cours des 20 dernières années, les progrès stagnent et devraient s’inverser », a déclaré Hélène Clark, ex-Premier Ministre de Nouvelle-Zélande qui co-préside la Commission. « Selon les estimations, environ 250 millions d’enfants de moins de 5 ans dans les pays à revenu faible et intermédiaire risquent de ne pas pouvoir se développer pleinement, d’après les indicateurs relatifs au retard de croissance et à la pauvreté. » a-t-elle ajouté, non sans préciser que le plus inquiétant  c’est que chaque enfant dans le monde est désormais confronté aux menaces existentielles que représentent les changements climatiques et les pratiques commerciales abusives qui poussent les enfants à la consommation d’aliments hautement transformés issus de la restauration rapide, de boissons sucrées, d’alcool et de tabac.

L’exposition des enfants au marketing commercial pour la « malbouffe » et les boissons sucrées est associée à l’achat d’aliments nocifs pour la santé et au surpoids et à l’obésité, le marketing agressif étant ainsi lié à l’augmentation alarmante de l’obésité chez l’enfant. Le nombre d’enfants et d’adolescents obèses, qui était de 11 millions en 1975, est passé à 124 millions en 2016 et a ainsi été multiplié par 11, avec des coûts catastrophiques pour les individus comme pour la société. « Le présent rapport montre que les décideurs du monde entier font trop souvent défaut aux enfants et aux jeunes : ils ne parviennent ni à protéger leur santé, ni à protéger leurs droits, ni à protéger leur planète », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé.

Le visage du risque

L’indice montre que les enfants en Norvège, en République de Corée et aux Pays-Bas disposent des meilleures chances de survie et de bien-être, tandis que les enfants en République centrafricaine, au Tchad, en Somalie, au Niger et au Mali sont ceux pour qui les perspectives sont les plus sombres. Toutefois, lorsque les auteurs ont pris en compte les émissions de CO2 par habitant, les pays en tête du classement se retrouvent à la traîne : la Norvège est au 156ème rang, la République de Corée, au 166ème, et les Pays-Bas, au 160ème. Chacun de ces trois pays émet 210 % de CO2 de plus par habitant que ne lui permet la cible fixée pour 2030. Les États-Unis d’Amérique, l’Australie et l’Arabie saoudite figurent parmi les 10 pires émetteurs de CO2.

« Plus de deux milliards de personnes vivent dans des pays où le développement est entravé par des crises humanitaires, des conflits et des catastrophes naturelles, des problèmes de plus en plus liés aux changements climatiques, » a déclaré Awa Coll-Seck, Ministre d’État auprès du président de la République du Sénégal et co-présidente de la Commission. « Alors que certains des pays les plus pauvres rejettent certaines des émissions de CO2 les plus faibles, bon nombre d’entre eux sont exposés aux conséquences les plus néfastes des changements rapides du climat. Promouvoir de meilleures conditions aujourd’hui pour permettre aux enfants de vivre et de s’épanouir au niveau national ne doit pas se faire au détriment de l’avenir des enfants à l’échelle mondiale. » Les seuls pays qui sont sur la bonne voie pour atteindre les cibles en matière d’émissions de CO2 par habitant d’ici à 2030, tout en obtenant des résultats corrects (dans les 70 premiers) en matière de mesures de l’épanouissement de l’enfant sont : l’Albanie, l’Arménie, la Grenade, la Jordanie, la République de Moldova, Sri Lanka, la Tunisie, l’Uruguay et le Viet Nam. Pour Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé « Ce rapport doit servir d’avertissement pour que les pays se décident à investir à l’appui de la santé et du développement de l’enfant, veillent à ce que leur voix soit entendue, à protéger leurs droits, et à construire un avenir qui soit digne des enfants. »

Des solutions

Dans la mosaïque des solutions proposées pour river le clou à cette menace inquiétante, Hélène Clark estime que « Les pays doivent transformer leur approche de la santé de l’enfant et de l’adolescent pour garantir non seulement que nous nous préoccupons de nos enfants aujourd’hui mais aussi que nous protégeons le monde dont ils hériteront demain ». Allant dans le même sens, Henrietta Fore, Directrice générale de l’UNICEF estime qu’il est  «  temps de repenser la santé de l’enfant, pour placer les enfants au premier rang des priorités de tout programme de développement gouvernemental et leur bien-être, au-dessus de toute autre considération. »

C’est sans compter l’appel lancé par les membres de la Commission indépendante pour un nouvel engagement mondial en faveur des enfants. Il se décline précisément en cinq points

  • Mettre un terme aux émissions de CO2 de toute urgence, pour garantir que les enfants aient un avenir sur cette planète ;
  • Placer les enfants et les adolescents au centre de nos efforts pour parvenir à un développement durable ;  
  • Inciter tous les secteurs à élaborer de nouvelles politiques et à investir dans les domaines de la santé et des droits de l’enfant ;
  • Intégrer la voix des enfants dans le processus de décision politique ;
  • Renforcer la réglementation du marketing commercial nocif au niveau national, en s’appuyant sur un nouveau protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant. 

Cependant un regret demeure. Selon le rapport, tandis que les pays les plus pauvres doivent faire davantage pour que leurs enfants puissent vivre en bonne santé, les émissions excessives de carbone – provenant de façon disproportionnée des pays les plus riches – sont une menace pour l’avenir de tous les enfants. Si le réchauffement climatique dépasse 4°C d’ici à 2100, conformément aux projections actuelles, les conséquences sanitaires pour les enfants seront dévastatrices, du fait de l’augmentation du niveau des océans, des vagues de chaleur, de la prolifération de certaines maladies telles que le paludisme et la dengue, et de la malnutrition.

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