Jeux Olympiques de Tokyo 2021 : L’incertitude, la nouvelle norme (Le Temps)

A l’heure où tous les regards auraient dû se braquer sur la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Tokyo 2020, la pandémie de Covid-19 a plongé le monde du sport dans une ère où la vérité du jour n’est pas celle du lendemain et où le compromis a remplacé l’idéal

La cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques 2020 aurait dû se tenir ce vendredi. Le Nouveau Stade national de Tokyo garni de 68 000 spectateurs éblouis. Le défilé de quelque 11 000 athlètes émus représentant 206 pays. Un spectacle magnifique, bien sûr, et des mots inspirants prononcés au nom du rapprochement des peuples. Mais cette fête, chacun le sait, a été reportée à cause de la pandémie de Covid-19.

Elle doit désormais se dérouler le 23 juillet 2021, Tokyo ayant maintenant pour vocation de devenir «le lieu où l’humanité se réunira après son triomphe contre le Covid-19». Mais même ce projet – exprimé ces derniers temps tant par le directeur de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, que par le premier ministre japonais, Shinzo Abe – a désormais du plomb dans l’aile.

En Europe, les mesures de confinement et les restrictions de déplacement tendent à se réduire, mais à l’échelle planétaire la situation sanitaire ne s’améliore pas. La propagation du virus demeure galopante aux Etats-Unis, au Brésil ou en Inde, et elle est même plus forte que jamais dans des pays jusqu’ici relativement épargnés comme… le Japon. Dans ce contexte, la perspective des Jeux olympiques n’enthousiasme plus la population. Deux sondages ont révélé en début de semaine que seul un tiers de la population japonaise était favorable à la tenue de la manifestation en 2021, le reste hésitant à parts plus ou moins égales entre un nouveau report – qu’exclut radicalement le CIO – et l’annulation pure et simple.

Pas de JO sans vaccin?

Le président du comité d’organisation, Yoshiro Mori, n’évite lui-même plus le sujet. «Si la situation demeure telle qu’elle l’est en ce moment, nous ne pourrons pas organiser les Jeux», a-t-il admis ce mercredi dans une interview au groupe audiovisuel NHK. Le développement «d’un vaccin ou d’un médicament» contre le Covid-19, a-t-il insisté, est primordial.

 Cette défiance ne concerne pas que les Jeux olympiques. En football, quelques-unes des 12 villes appelées à accueillir des matchs du Championnat d’Europe des nations 2020, lui aussi repoussé à l’été 2021, ont hésité à se retirer, jusqu’à pousser l’UEFA à élaborer des scénarios de secours… avant que le plan initial ne soit confirmé. En ski alpin, les organisateurs locaux ont demandé à repousser les Championnats du monde de Cortina d’Ampezzo de 2021 à 2022… avant d’accepter de faire comme prévu pour ne pas provoquer d’effet domino sur le calendrier.

Dans toutes les disciplines, l’enjeu est de s’adapter à une nouvelle réalité qui ne semble pas près de s’étioler. Spécialiste de l’olympisme, Jean-Loup Chappelet est ainsi convaincu que le CIO et le Japon feront «tout ce qui est en leur pouvoir» pour qu’il se passe «quelque chose» dans l’Archipel l’été prochain. Il propose un détour historique:

«En 1920, la pandémie de grippe espagnole venait d’entraîner 50 millions de morts mais les Jeux n’ont jamais été remis en cause. La Première Guerre mondiale venait de se terminer et il fallait organiser l’événement pour exister dans la nouvelle époque qui débutait. Je pense que le mouvement olympique se trouve dans le même état d’esprit: il doit faire la démonstration de son importance.»

«Black Mirror» à Disney World

Le monde du sport international dans son ensemble doit relever le même défi. Il s’agit de gérer l’incertitude, et d’accepter les compromis. Pour pouvoir lancer le Tour de France cycliste le 29 août, les organisateurs ont dû élaborer différentes stratégies plus ou moins restrictives vis-à-vis des spectateurs, et se montrer prêts à passer rapidement de l’une à l’autre en fonction de l’évolution de la crise. Pour terminer la saison de NBA dans une Amérique du Nord rongée par la pandémie, les patrons de la ligue ont accepté de mettre les équipes «sous cloche», à Disney World, ce qui il y a quelques mois encore aurait pu constituer la trame d’un épisode de la série d’anticipation Black Mirror.

Petit à petit, les responsables acceptent de se recentrer sur l’essentiel, à savoir organiser leurs compétitions, pour pouvoir les «vendre» à des sponsors et à des diffuseurs, quitte à devoir se passer des recettes de la billetterie et de la plus-value apportée au spectacle par les supporters. Beaucoup de ceux qui se pinçaient le nez à l’évocation de huis clos ont fini par s’habituer à l’odeur.

Le sujet reste tabou pour les plus grandes compétitions. Le président du CIO, Thomas Bach, a répété il y a une semaine que le huis clos pour les JO était «clairement quelque chose dont on ne veut pas». Pour combien de temps?

«Le CIO finira peut-être par y venir quand même, estime Jean-Loup Chappelet. La plupart des spectateurs voient les Jeux à la télévision, pas en direct, et dans l’optique de préserver les contrats signés avec les différents partenaires, il vaudrait mieux des JO sans public que pas de JO du tout. Mais ce n’est pas une option qu’on veut mettre en avant pour l’instant, parce que tout le monde, à commencer par les athlètes, préfère qu’il y ait des spectateurs sur place.»

Si les juristes entrent en piste

Contactée par Le Temps, l’UEFA refuse aussi d’envisager un Euro 2021 à huis clos. «Il est attendu que tous les matchs se déroulent en présence de spectateurs», écrit l’instance, qui précise qu’elle reste en contact avec ses villes hôtes ainsi que les autorités locales et internationales compétentes pour évaluer la situation en direct. La dispersion des stades à travers tout le continent ne simplifie pas la tâche, tant les pays ne sont pas égaux devant la propagation du Covid-19. L’Azerbaïdjan, où l’équipe de Suisse doit disputer deux de ses trois matchs du premier tour, en est à son second confinement pour tenter de freiner le nombre de contaminations.

Au Japon, il est d’ores et déjà établi que le report des Jeux olympiques entraînera un important surcoût de 2 à 6 milliards de dollars.

«Mais à l’heure actuelle, ce n’est plus vraiment la question primordiale, note Jean-Loup Chappelet. Car si l’événement est annulé, ce sont les juristes qui vont entrer en scène au sujet de tous les contrats non respectés et là, tout sera vraiment très compliqué.»

Lionel Pittet Le temps 

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