Craignant que l’accueil à lui réservé par les Ivoiriens se révèle une démonstration de force politique pouvant conclure au caractère intact de sa popularité malgré l’opprobre dont il a été couvert ces 20 dernières années -pour lui faire payer son impertinente volonté de libérer la Côte d’Ivoire du joug de la France-, le régime en place à Abidjan a tenté jusqu’au bout, mais finalement en vain, d’imposer à l’ancien président blanchi par la Cour Pénale Internationale, un retour à tout le moins confidentiel dans son pays natal d’où il fut déporté il y a dix ans.
Unique président de l’histoire de la Côte d’Ivoire à ce jour à avoir été élu démocratiquement, quoiqu’il ait été chassé du pouvoir comme un malpropre par l’Internationale françafricaine pilotée à l’époque par Nicolas Sarkozy de France, Ban-Ki Moon de l’ONU et l’Union Africaine, au profit du françafricain Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo avait accepté le principe d’un retour à pas feutrés. Dans l’intérêt de la paix, lui avait fait valoir le camp d’en face, excipant faussement de ce qu’une grande mobilisation pour l’accueillir, poserait des problèmes de sécurité.
Pour les besoins de la cause, des associations des victimes des violences de la crise postélectorale de 2010-2011 montées en épingle ont fait entendre leurs voix, réclamant au passage l’arrestation de Gbagbo dès son atterrissage, et menaçant d’organiser des contre-manifestations.
Mais les millions d’Ivoiriens qui ont souffert dans leurs âmes et leur chair de la mascarade tragique de 2011 n’entendaient plus se laisser voler leur victoire, celle de la souveraineté du peuple, de la logique et de l’innocence une énième fois.
Ils ont décidé que le retour de l’enfant terrible de Mama sera triomphal. Absolument !
Mais obstiné comme à son habitude, Ouattara a opté de s’opposer à la majorité en mobilisant son armée. Voilà pourquoi depuis pratiquement deux heures à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny, des militaires tirent des coups de feu en l’air pour intimider les populations venues massivement dire « Yako » à l’intrépide combattant de la liberté et de la démocratie.
Mais c’était compter sans le courage des Ivoiriens qui ont fait par le passé face à des périls plus menaçants que Ouattara qui n’a dû de l’emporter en 2011 qu’à l’intervention hautement meurtrière de Nicolas Sarkozy, et qui doit se faire du mauvais sang maintenant que les yeux de tous sont ouverts et que la France ne peut plus se risquer dans des aventures aussi sordides que celle qu’elle mena en Côte d’Ivoire du début de la rébellion en 2002 à l’arrestation du légitime président de Côte d’Ivoire en 2011. Qui ne se souvient de la manière dont les Ivoiriens firent échec à l’entourloupe du Général Robert Guei en 2000, après que celui-ci eut voulu opérer un hold-up sur les résultats de la présidentielle de cette année-là au détriment de Gbagbo.
En effet, au moment où nous mettions en ligne, les Ivoiriens étaient plus que jamais mobilisés, en tout cas aussi mobilisés que lorsque l’avion ayant à son bord le président ivoirien a atterri, alors que les policiers et militaires du régime tiraient des grenades lacrymogènes partout. Rendu à la tombée de la nuit, ils restaient mobilisés et prêts à tout si quelque chose arrivait à Laurent Gbagbo ou si les détonations entendues à l’aéroport le matin avaient pour but de les empêcher d’accueillir comme il se doit le digne fils de l’Afrique.
