Un séjour dans la peur
Pour une sortie à l’étranger, Paul Biya avait rarement été aussi modeste. Il est curieux que le président camerounais ne se soit fait accompagner officiellement que de trois personnalités dans son entourage. Si ce souci de discrétion ne trahit pas très vite sa peur de regagner la Suisse où il a ses habitudes, les mystères qui entourent son voyage en disent long sur l’état d’esprit du locataire d’Etoudi. Il n’a pas suffisamment eu de courage pour préciser que son séjour était prévu en Suisse, mais « en Europe », comme pour dissimuler sa destination exacte dans une mosaïque de plus de 50 pays.
À côté de cette extrême confidentialité sur le lieu de son séjour dans ce pays de l’Europe, on apprend que la peur démesurée du président camerounais à l’idée d’un autre séjour trouble, comme le dernier en date, a poussé l’octogénaire à recomposer sa garde rapprochée, afin que toutes les possibilités de fuite soient écartées. Il vit certainement dans la peur d’être dévoilé. Il nous revient que la peur d’un accueil démotivé a amené le régime Biya « arroser les lieutenants agents doubles tapis dans la diaspora, afin d’organiser une descente de soutien artificiel au despote[Paul Biya] »
Une réplique à couper le sommeil
Comme on pouvait s’y attendre, l’annonce d’une visite de Paul Biya, et en Suisse, n’a pas laissé les Camerounais de la diaspora indifférents. Ceux qui avaient écourté le dernier séjour européen du président camerounais 29 juin 2019 considèrent cette autre sortie comme de la provocation. Et cette provocation « aura toutes ses conséquences », a prévenu Emmanuel Kemta, membre de la Brigade Anti-Sardinards durant une vidéo sur le réseau social Facebook. Sans détour, il a annoncé que la diaspora est en ordre de bataille pour une manifestation plus impressionnante et inquiétante que celle du 29 juin.
« Cette fois-ci, vous aurez le trouble à l’ordre public partout. Ce sera incontrôlable. Vous allez voir le feu. Tu viens nous provoquer pourquoi ? Welcome. Soyez prêts à tout moment, on va débarquer. Des équipes sont en train de faire le ratissage de par la Suisse. À tout moment, on va décoller. Nous allons sacrifier tout, jusqu’à la dernière goutte de sang pour nos enfants. On ne va pas laisser cette lutte à nos enfants. Ils ne vont pas nous tuer tous. Vous allez voir Paul Biya vivant entre nos mains. La B.A.S vous le promet. », a martelé le combattant sous un ton grave. Et de prévenir, « Aucune armée ne va nous empêcher de faire ce que nous voulons faire à Biya. Nous sommes prêts à mourir. » La date du 17 juillet 2021, ainsi que tous les autres détails ont déjà été arrêtés pour cette manifestation destinée à dénoncer la cruauté du régime Biya.
L’image du Cameroun
Leonard Henri Bindzi est sans aucun doute l’un des derniers remparts de Paul Biya en Suisse. Avisé de la manifestation annoncée par la diaspora, l’ambassadeur du Cameroun en Suisse s’est fendu d’un communiqué pour rappeler ses concitoyens à l’ordre ce 12 juillet 2021. Entre les lignes du document, il a confirmé de manière indirecte la présence de Paul Biya à Genève en se disant outré par « des propos aussi virulents qu’odieux, ainsi que par un projet qui vise à déstabiliser nos institutions en s’en prenant à celui qui les incarne, à savoir S.E.M Paul Biya », a écrit le diplomate invitant les Camerounais de la diaspora à ne pas ternir l’image du Cameroun à l’étranger. Il condamne sans réserve l’attitude « irresponsable et haine des auteurs de ces propos obscurs et de ce projet insensé », peut-on lire dans le communiqué.
Des internautes camerounais lui ont aussitôt répondu. « Il parle de quelle image ce monsieur ? Le Cameroun a encore une image à préserver avec tous ces scandales et tout un gouvernement en prison ? Nous voulons au contraire redorer cette image traînée dans la boue par 40 années d’immoralité politique et économique orchestrée par cette bande de kleptomanes grabataires. », s’indigne l’internaute. C’est dire que le séjour privé de Paul Biya promet des rebondissements dans les jours qui arrivent.

