Violations
Les ravages de la déforestation sont sans appel à ce jour. Il nous revient que plus de 10 000 hectares de forêt tropicale dans le sud du Cameroun (une zone de la taille de Paris) ont été rasés par la multinationale du caoutchouc Halcyon Agri et sa filiale camerounaise Sudcam. Des activités qui ont fait basculer la vie de 30 communautés autochtones du Cameroun. On dénombre plusieurs populations autochtones qui ont été déplacées sans être informées au préalable et sans l’obtention de leur consentement libre ; « ce qui est une violation des standards mis en place par les mécanismes internationaux, notamment la déclaration des Nations Unies sur le droit des peuples autochtones que le Cameroun a signé. Dans le même temps, ces populations ne sont pas associées de manière adéquate à la gestion de la ressource forestière, elles sont limitées à exprimer des doléances sur des forêts sur lesquelles elles avaient des droits coutumiers. » , explique Ranèce Jovial Ndjeudja, le Responsable campagne forêt bassin du Congo à Green Peace Afrique. Si le droit coutumier n’est pas formellement reconnu par la législation, une compensation devrait être prévue pour ces populations culturellement et cultuellement détruites. Tout semble aller de mal en pis.
La voix des populations autochtones
Placée sous le thème « Ne laisser personne de côté : les peuples autochtones et l’appel à un nouveau contrat social », la 27e édition de la journée internationale des populations autochtones a donné l’occasion d’une mobilisation pour inverser la tendance. Dans la matinée, plus de 30 jeunes militants camerounais se sont rassemblés devant la Délégation de l’Union européenne à Yaoundé avec des pancartes dénonçant le non-respect des droits des populations autochtones, mais davantage pour exiger la fin du soutien de l’UE à l’importation du caoutchouc issue de la destruction des forêts tropicales. Il nous revient que la Commission européenne à Bruxelles élabore actuellement les articles d’une nouvelle loi sur l’importation de produits de base liés à la déforestation et à la dégradation des forêts.
« Les produits en caoutchouc liés à la déforestation doivent être écartés du marché européen. Les Européens ne peuvent pas voter d’une main pour un New Deal vert et utiliser l’autre pour acheter des matières premières ou financer des plantations qui effacent nos forêts et déplacent nos populations », a déclaré Nkolo Thade, un leader autochtone Baka qui s’est exprimé lors du rassemblement.
En effet, le caoutchouc issu de cette plantation et de plantations similaires est traité et commercialisé sur les marchés du monde entier, y compris ceux de l’Union européenne. Dans le même temps, les institutions bancaires européennes les financent. On se souvient qu’en juillet 2020, un prêt de 25 millions de dollars de la Deutsche Bank à Halcyon Agri a été scandaleusement présenté comme un « prêt de durabilité ». Malgré de nombreuses preuves présentées par Greenpeace Afrique et Greenpeace Allemagne au sujet des violations des droits de l’homme, des atteintes à l’environnement entre autres écarts notables commis par la multinationale du caoutchouc Halcyon Agri et sa filiale camerounaise Sudcam, la banque refuser de reconsidérer son prêt.
La lettre de Green Peace
Greenpeace Afrique s’est illustrée durant la mobilisation de ce 9 août 2021. Ses unités Europe et Afrique ont remis une lettre à l’ambassadeur de la délégation de l’UE à Yaoundé, demandant de facto l’adoption d’une législation ambitieuse et efficace sur les produits de base présentant un risque pour les forêts et les écosystèmes. Greenpeace Afrique demande d’inclure le caoutchouc naturel comme un produit de base à risque dans la prochaine loi européenne afin de mettre fin à la déforestation et à la dégradation des forêts causées par la consommation européenne.
Les requêtes de Greenpeace :
• Les exigences de durabilité pour tous les produits à risque – y compris la viande, le soja, l’huile de palme et le caoutchouc – doivent prendre en compte les impacts sur les droits de l’homme, la déforestation, la dégradation des forêts, et la conversion ou la dégradation des écosystèmes naturels autres que les forêts.
• La nouvelle législation devrait s’appliquer au caoutchouc naturel en tant que produit de base clé présentant un risque pour les forêts et les écosystèmes, en particulier, et fixer des exigences de durabilité pour tous les produits de base et produits présentant un risque pour les forêts et les écosystèmes mis sur le marché de l’UE, et aborder les impacts sur les droits de l’homme, la déforestation, la dégradation des forêts et la conversion ou la dégradation des écosystèmes naturels autres que les forêts ;
• La nouvelle loi doit couvrir le secteur financier, en obligeant les acteurs financiers à respecter des obligations de diligence raisonnable et des exigences de durabilité équivalentes à celles applicables aux matières premières et aux produits ;
• Enfin, elle doit établir des exigences en matière de transparence et de traçabilité de la chaîne d’approvisionnement, ainsi qu’un cadre d’application complet, tel que décrit dans ce briefing de l’Unité européenne de Greenpeace.
Les officiels de Green Peace Afrique ont la conviction que cette lettre fera bouger les lignes parce qu’ « une législation de cette nature adoptée par l’Union européenne n’impliquera pas seulement une implémentation de la part du gouvernement, mais obligera l’entreprise à devoir prendre un certain nombre de mesures, parce que c’est le consommateur européen qui aura désormais un droit de regard sur ce qui se fait par ces entreprises hors de l’union européenne. Elle impliquera notamment l’obligation pour l’entreprise de s’assurer de ne pas déforester avant de pouvoir commercialiser le produit en Afrique ou au sein de l’Union européenne. Cette législation va également conditionner les prêts bancaires à l’exigence que l’entreprise bénéficiaire ne déforeste pas. », a développé Ranèce Jovial Ndjeudja.
Plusieurs initiatives ont été prises dans le même sens par Greenpeace Afrique. À en croire les officiels de l’organisation, les populations autochtones avaient formulé une demande pour le retour sur les espaces non encore déforestés par l’entreprise. Une demande qui est restée, jusqu’à ce jour, lettre morte aussi bien de la part de l’entreprise mise en cause que du gouvernement, garant de la sécurité des populations.

