J’irai jusqu’au bout mais si je meurs avant d’atteindre notre idéal à tous, continuez le projet sans moi et posez les jalons du changement avec mon sang et ma chair.
Emu par la mobilisation populaire en signe de solidarité avec la junte qu’il dirige et contre les sanctions considérées comme excessives et injustes de la CEDEAO, le Colonel Assimi Goïta a adressé à ses compatriotes un message aussi simple, qu’émouvant et galvanisant.
Un message dans lequel il refuse de revêtir le costume trop grand de révolutionnaire que certains zélateurs ont vite fait de lui tailler, au risque de faire de lui un de ces tyrans sanguinaires sans retenue ni scrupule que le monde en général et l’Afrique en particulier, ont subis à cause de la propension de certains excités d’un nationalisme outrancier et moutonnier à signer des chèques en blanc à de présumés “libérateurs” et “anticolonialistes”.
S’il est prêt à y laisser sa peau s’il le faut -comme le ferait n’importe quel défenseur sincère -d’une cause juste- Assimi ne se positionne pas en va-t-en-guerre révolutionnaire, mais se veut un réformateur, qui a besoin du soutien de son peuple… et de l’Afrique.
Un soutien qu’il a déjà presque obtenu. A condition qu’il ne se comporte pas ensuite comme tous ces opportunistes qui, profitant de a pluie pour déféquer dans le torrent, ont profité de l’état de grâce du début de leur arrivée au pouvoir, pour confisquer celui-ci, réprimant dans le sang tous ceux qui osaient leur porter la contradiction et demander un peu de liberté. Car, il faut qu’on se le dise, a liberté est un droit humain inaliénable. Aucun peuple au monde n’est heureux de vivre sous la férule dictatoriale d’un deus ex machina ou d’un groupuscule de prétendus illuminés. Quand bien même en Chine, en Birmanie, en Corée du Nord, en E-Swatini (ex-Swaziland), en Erythrée, au Cameroun, au Tchad, en Guinée Equatoriale, voire dans une certaine mesure en Russie et aux Philippines… ils clameraient bruyamment dans les rues leur affection pour leurs bourreaux de dirigeants, brandissant avec force à a face du monde, ces peuples n’en pensent pas moins tout le mal qui puisse exister. Comme hier au Cambodge sous Saloth Sar alias Pol Pot, en Libye sous Kadhafi, en Irak sous Saddam, à Haïti sous Duvalier père et fils, à Cuba sous Castro, en Guinée sous Sékou Touré, en Ouganda sous Idi Amin, en centrafrique sous Bokassa, en ex-Zaire sous Mobutu puis Kabila père et fils, au Panama sous Noriega, en ex-Urss sous Staline…
Et c’est là tout le mérite du discours “assimigotaïen” : Souvenez-vous de moi comme un réformateur pas d’un révolutionnaire. Celui qui a l’humilité de reconnaitre n’être ni Thomas Sankara(*), ni Jerry Rawlings(**) pose ainsi tacitement les balises d’un magistère certes usurpé (son pouvoir n’est le résultat d’aucune élection –soi-disant frauduleuse à la Gnassingbe, Deby, Biya… ou présumée régulière à la Bazoum, Kaboré, Akufo Addo-) mais adossé sur la volonté de redonner aux Maliens cette raison d’espérer qu’ils avait perdue sous IBK.
Ci-dessous, l’intégralité du message du président de la transition en place à Bamako
« Je suis un mortel, je ne suis pas parfait. J’en suis conscient. L’histoire me jugera un jour, mais en attendant je demande juste votre soutien. Je n’ai pas choisi ce destin. Elle s’est imposée à moi. Dieu sait ce qu’il fait.
J’irai jusqu’au bout mais si je meurs avant d’atteindre notre idéal à tous, continuez le projet sans moi et posez les jalons du changement avec mon sang et ma chair.
Aucun sacrifice n’est énorme pour ce pays.
Je ne suis pas Thomas Sankara, ni Jerry Rawlings, je suis Assimi Goïta. Souvenez-vous de moi comme un réformateur pas d’un révolutionnaire. Souvenez-vous de moi comme le porteur d’espoir du peuple, celui qui est venu quand votre sang fut versé pour votre désir du changement.
J’irai jusqu’au bout de ma mission. Je ne la trahirai jamais, je ne trahirai pas votre confiance.
La mort ne m’effraie pas, je l’ai côtoyé au quotidien sur le champ de bataille, c’est l’échec qui m’effraie.
Si la mort m’épouse sur le chemin de cet idéal, ne me pleurez pas. Ne faîtes pas de ma tombe un sanctuaire. J’ai fait ce que je croyais juste pour mon pays. Je l’ai fait pour moi mais je l’ai fait pour vous aussi.
Je suis Assimi, l’homme qui sourit chaque jour avec la mort, le poignet fermé. »
(*)(**) Le Capitaine Isidore Noël Thomas Sankara fut le 5ème président de l’ancienne Haute Volta qu’il rebaptisa Burkina Faso en 1984, un an après sa prise du pouvoir. Le Capitaine d’aviation John Jerry Rawlings est le 8ème et 10ème dirigeant du Ghana où il dut, par deux fois, prendre le pouvoir par la force, et, surtout, travailla à le restituer au peuple par les voies démocratiques. Tué par Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré pour le premier, et décédé le 12 novembre 2020 pour le second, les deux officiers furent des dirigeants révolutionnaires et panafricanistes aux méthodes de gouvernement très éclairés –participative pour le premier qui préférait faire un seul pas avec le peuple plutôt que dix sans le peuple, et autoritaire pour le second qui imposa la rigueur et la moralisation à son pays en brillant par son caractère exemplaire. Les deux hommes d’Etat rêvaient de restituer définitivement le pouvoir à leurs peuples respectifs, mais si Jerry Rawlings y parvint, au prix cependant de notables violations des droits de l’homme, le fondateur du “Pays des Hommes Intègres n’eut le temps que de faire prendre conscience aux Burkinabé de la nécessité de se libérer à tout prix de la domination occidentale et de ses suppôts de l’intérieur.



