Sommet du Tchad contre le terrorisme dans le Sahel : HRW exige l’arrêt des violations massives des droits humains

A deux jours de la réunion du G5 Sahel qui regroupera lundi 15 février 2021 le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Mauritanie, le Tchad,  la France et le Conseil de l’Europe, des organisations de défense des des droits de l’homme relayées par Human Rights Watch ont appelé à la fin des abus massifs qui caractérisent depuis quelques temps les opérations de contre-terrorisme dans la région du Sahel

 Human Rights Watch a demandé samedi aux présidents impliqués dans l’opération de s’engager personnellement dans la protection des droits des civils et des détenus, et d’enquêter sur les allégations d’abus lors d’opérations de contre-terrorisme dans  Région du Sahel. Le sommet prévu dans la capitale tchadienne, N’Djamena les 15 et 16 février 2021, sera l’occasion d’évaluer  les progrès  de la coalition internationale qui lutte contre les groupes armés islamistes dans la région.

Plus de 600 exécutions sommaires commises par les forces de sécurité burkinabés et nigériennes lors d’opérations de lutte contre le terrorisme ont été répertoriées fin 2019 par Human Rights Watch, les Nations Unies et des organisations locales de défense des droits de l’homme, et les victimes, ainsi que leurs familles, restent dans l’attente des résultats des enquêtes promises par les autorités de ces pays.

Bien entendu, les groupes armés islamistes alliés à Al-Qaïda et à DAESH ne font pas dans la dentelle, et des meurtres d’une extrême atrocité leur sont attribués depuis 2019 : plus de 100 villageois au Niger en janvier dernier,, 32 au Mali en juillet 2020 et plus de 350 villageois au Burkina Faso imputés depuis 2019.

Selon la directrice Sahel à Human Rights Watch¸ Corinne Dufka, «Les homicides illégaux commis par des soldats et des islamistes armés alimentent le recrutement dans des groupes armés et aggravent la crise sécuritaire dans la région». «Pour inverser la tendance, préconise-t-elle,  les dirigeants du G5 Sahel et leurs partenaires doivent assurer la discipline dans les opérations, demander des comptes aux agresseurs et redoubler d’efforts pour empêcher de nouvelles atrocités. Les droits humains doivent être au centre de l’ordre du jour du sommet.»

 L’insécurité au Sahel a causé d’importants déploiements militaires des forces armées du Burkina Faso, du Mali et du Niger; plus de 5000 soldats français font partie de l’opération Barkhane;  400 éléments des forces spéciales européennes avec l’opération Takuba aussi, sans oublier le soutien militaire (renseignement et logistique) des États-Unis.

Depuis 2012, et malgré les nombreuses initiatives sécuritaires, les attaques de ces groupes se sont propagées du Mali au Burkina Faso et au Niger, et menacent désormais le Bénin et la Côte d’Ivoire.

Human Rights Watch a déclaré avoir constaté à plusieurs reprises que les opérations antiterroristes abusives – et l’impunité quasi totale pour les crimes commis par les forces gouvernementales – ont alimenté les efforts de recrutement islamistes armés.

Des soldats et gendarmes burkinabés ont sommairement exécuté des suspects lors d’opérations de contre-terrorisme au Burkina Faso et au Mali lors d’opérations transfrontalières. Human Rights Watch a documenté que les restes de 180 hommes, dont beaucoup avaient les yeux bandés et les mains liées, ont été retrouvés autour de la ville nordique de Djibo au Burkina Faso entre novembre 2019 et juin 2020. Début mars 2020, les forces de sécurité du village de Cissé auraient exécuté 23 personnes. 31 autres détenus auraient été exécutés lors d’une opération de l’armée à Djibo en avril. Le 11 mai, 12 hommes arrêtés par des gendarmes dans la région de Tanwalbougou Est ont été retrouvés morts dans leurs cellules quelques heures plus tard. L’ONU a rapporté que les forces burkinabés ont été impliquées dans au moins 50 exécutions extrajudiciaires lors d’opérations transfrontalières au Mali entre le 26 et le 28 mai 2020.

Les forces de sécurité maliennes ont été impliquées dans plus de 270 homicides illégaux de suspects et civils lors d’opérations de contre-terrorisme depuis 2019. Parmi ceux-ci, 26 commerçants dont les corps ont été retrouvés dans un puits de la région de Ségou en décembre 2019; 43 personnes tuées dans les villages de Niangassadou et Binidama en juin 2020; et au moins 22 personnes auraient été exécutées au cours d’une opération menée avec la milice progouvernementale dans le village de Libe le 22 octobre 2020, dans la région de Mopti.

Les allégations d’homicides illégaux au Niger se sont concentrées sur Tillabéri région frontalière du Mali et du Burkina Faso. Ces actions faisaient suite à deux attaques mortelles contre les bases des forces de sécurité nigériennes, en décembre 2019 et janvier 2020. Une enquête menée par Human Rights Watch, des groupes locaux de la société civile et la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) du Niger fait état de ce que les forces de sécurité nigériennes ont exécuté de manière extrajudiciaire 82 personnes et en ont fait disparaître de force 105 autres entre octobre 2019 et avril 2020. Une enquête de la CNDH a trouvé six fosses communes contenant 71 corps dans la commune d’Inates. Des témoins ont déclaré à Human Rights Watch que six autres fosses communes contenant 34 corps se trouvaient dans les communes d’Inates et de Banibangou.

Bon nombre des atrocités que Human Rights Watch a documentées à travers le Sahel semblent être des meurtres en représailles à la mort de soldats lors d’attaques par des groupes islamistes armés. Les commandants militaires ont une obligation en vertu du droit de la guerre d’empêcher les soldats sous leur commandement de commettre des abus à titre de représailles.

Human Rights Watch exhorte les gouvernements concernés au sommet à faire pression pour un meilleur commandement et contrôle des unités de première ligne, et de s’assurer que les prévôts des maréchaux (chargés de garantir la discipline et les droits des détenus) sont présents dans toutes les opérations militaires et de veiller à ce que les soldats reçoivent un soutien médical et psychologique adéquat.

Les gouvernements partenaires devraient exprimer leur inquiétude concernant la quasi-absence de enquêtes et poursuites approfondies contre les membres des forces de sécurité impliqués dans des crimes graves lors d’opérations antiterroristes, et s’engager à soutenir davantage les institutions judiciaires, y compris les tribunaux militaires, mandatés pour enquêter sur les allégations.

«Les villageois à travers le Sahel sont confrontés à une menace très réelle de Des groupes armés islamistes qui menacent désormais d’autres pays de l’Ouest Afrique », a déclaré Dufka. «Mais la logique faussée du meurtre illégal suspects au nom de la sécurité ne font qu’alimenter un militantisme violent et sape la confiance dans les autorités. Les gouvernements sahéliens et leurs les partenaires doivent faire plus pour protéger les droits des détenus et des civils. »

Les recherches de Human Rights Watch font état de ce que la présence des forces, notamment de la force de maintien de la paix de l’ONU, de la MINUSMA et de la Barkhane, a semblé dissuader les abus des forces de sécurité du Mali et du Burkina Faso.

Aussi l’organisation pense-telle que le leadership de la France pour assurer une transparence et enquête impartiale sur une frappe aérienne de janvier à Bounti, au Mali, qui tué 19 hommes, des civils, qui, selon certains témoins, est crucial.

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