Mouvement d’humeur : Au Cameroun, les enseignants de nouveau en grève pour une période illimitée

En cause, les promesses non-tenues du gouvernement (non paiement de leurs salaires malgré de nombreuses années de retard) et l’inertie du même gouvernement qui n’a pas jugé utile, 22 après la promulgation par Paul Biya du décret portant statut particulier des fonctionnaires des corps de l’Education nationale, de lui trouver un texte d’application.

A quarante-huit heures de la célébration de la Journée Internationale de l’enseignant, trois organisations corporatistes des “ouvriers de la craie” ont lancé un débrayage qui s’annonce plus ravageur que celui qui a marqué le deuxième trimestre de l’année scolaire dernière.

Il s’agit en effet d’une deuxième grève des enseignants en l’espace de huit mois, après une précédente qui avait duré plus d’un mois entre mi-février et fin mars derniers à l’initiative du mouvement “On a Trop Supporté” (OTS), faisant craindre une année blanche.

Moins d’un mois après la rentrée, et à 48 heures de la célébration de la 29ème Journée Mondiale des Enseignants qui  se célèbre cette année 2022 sous le thème « La transformation de l’éducation commence avec les enseignants », des enseignants du secondaire réunis  au sein de trois organisations corporatistes, à savoir le mouvement « On a trop supporté » (OTS), le collectif « On a trop attendu » (OTA) et le Syndicat des enseignants du Cameroun pour l’Afrique –(SECA), ont  entamé hier lundi, 3 octobre une grève illimitée.

Selon l’enseignant Olen Jeudong, membre du SECA dont nos confrères de Radio France Internationale (RFI) ont rapporté les propos, la pomme de discorde entre les enseignants du Secondaire et le gouvernement se situent au niveau de l’ajournement sans cesse –et ce depuis de nombreuses années- du paiement des salaires qui a fini par constituer une dette de l’Etat vis-à-vis des enseignants. « … les enseignants ne sont pas directement payés dès qu’ils commencent à travailler, ce qui fait qu’avec le temps, il y a une dette qui se forme et qui est par la suite reversée sous forme de rappels. Sauf que parfois, le temps de l’attente est trop long et on peut se retrouver à 5 ans, voire 10 ans. », a-t-il indiqué.

Un remake du mouvement OTS de février –mars 2022 ?

En février dernier, les enseignants du primaire et du secondaire  avaient mis les autorités de Yaoundé dos au mur en lançant à travers le mouvement « On a Trop Supporté » une grève baptisée « opération “craie morte” » pour intéresser les autorités à leur situation précaire et instable.

La promesse –finalement non intégralement tenue- de leur payer 2/3 de ce que leur doit l’Etat sur instruction du président de la République, des actes de manipulations ourdis par le gouvernement consistant à infiltrer le mouvement enseignant avec  des personnes étrangères au corps se désolidarisant de leurs collègues grévistes et les pressant  de lever le mot d’ordre par “patriotisme” et “amour de la jeunesse”,  ainsi que les menaces proférées à leur encontre par le ministre du Travail et de la Sécurité Sociale, Grégoire Owona (par ailleurs  Secrétaire Général adjoint du Comité Central du parti au pouvoir, le RDPC), ou encore les pressions et intimidations émanant du ministère de l’Administration territoriale, sans oublier les sanctions qui auraient été infligées à certains syndicalistes trop visiblement impliqués par le ministère des Enseignements secondaires, avaient fini par avoir raison de l’unité du mouvement OTS  qui finit par reprendre les activités –au grand bonheur des parents des apprenants et de leurs parents ainsi que des autorités plus préoccupés de boucler une année scolaire au rabais que de la qualité des  enseignements dispensés. C’est ainsi qu’au terme d’une année scolaire rafistolée de toutes pièces,  des examens officiels furent organisés et les résultats proclamés. “L’essentiel” était sauf !

La Journée Mondiale de l’Enseignant boycottée  

Sauf qu’en réalité, les problèmes des enseignants demeurèrent entiers ou presque. La maladive inclination à la procrastination -pour ne pas dire la mauvaise foi- des autorités de Yaoundé est passé par là. A titre d’illustration, le peu de cas que font celles-ci de l’application du décret présidentiel N° 2000/359 DU 05 DECEMBRE 2000, portant statut particulier des fonctionnaires des corps de l’Education nationale, selon l’enseignant Olen Jeudong qui  évoque chez nos confrères de RFI un problème d’ordre structurel : « Il y a un texte qui est rédigé et signé depuis l’an 2000 et qui attend juste un décret d’application pour entrer en vigueur. Or, ce texte-là, qui défend le statut particulier des enseignants, renferme beaucoup d’avantages, dont nous ne jouissons pas et cela nous empêche de vivre de façon décente et de travailler dans de bonnes conditions. »

Pour manifester leur dépit, le mouvement OTS, le collectif OTA et le SECA ont instruit à leurs membres une observation à fond du mouvement de grève qui ne devrait prendre fin qu’après qu’il sera donné satisfaction à leurs revendications. Même la Journée mondiale de l’enseignant, qui a lieu demain, mercredi 5 octobre, devra en pâtir.

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