Libye : Quand Derna était bombardée par l’Egypte avec des Rafale français et des F16 étatsuniens (Sam La Touch)

par SLT

Le principe même d’avoir des discussions ouvertes entre les 7 principaux pays industrialisés qui partagent des valeurs démocratiques est utile. (…) C’est parfois d’éviter le pire, et ensuite de construire pas à pas le meilleur. Sur des crises comme la Libye, qui nous touche, parce que c’est le sujet de l’immigration, de la stabilité de l’Afrique, là aussi, on a réussi avec nos amis africains à se mettre d’accord sur deux réunions importantes à venir et, en tout cas, d’arrêter de se battre les uns contre les autres par procuration sur le territoire de la Libye.” Emmanuel Macron sur France 2, le 26.08.2019 à l’occasion du G7 de Biarritz.
Lire aussi : – Le “chef de guerre” du régime néocolonial français a-t-il reconnu avoir fait une guerre par procuration en Libye lors de son interview sur une des chaînes d’Etat ? (Vidéo)

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Libye: les rafales égyptiens impliqués dans la guerre civile

L’analyse des innondations de Derna en Libye doit, pour une meilleure compréhension, tenir compte de la géopolitique internationale et plus particulièrement de l’effort de déstabilisation occidentale de la Libye visant à balkaniser celle-ci. Depuis la destruction du régime de Kadhafi par l’OTAN sous l’égide du triumvirat Sarkozy-Obama-Cameron sans oublier Hillary Clinton, la Libye est plongée dans l’enfer de la guerre civile, de l’esclavage, d’une immigration de masse devenue incontrôlable et de l’absence d’un gouvernement centralisé.


La France, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont avalisé le gouvernement post-Kadhafi reconnu par l’ONU ou gouvernement d’union nationale (GNA) mais ont armé les milices du général Haftar plongeant ce pays dans une guerre civile post-Kadhafi qui dure depuis plus de dix ans.


De plus, la Turquie et la Russie (qui a laissé avec la Chine l’ONU avaliser “l’opération Right to Protect” otanesque) sont entrées dans le jeu, la première en antagonisme avec les trois premières grandes puissances citées, la deuxième soutenant les milices Haftar tout comme la France, les USA et la Grande-Bretagne.


Les bombardements à plusieurs reprises de Derna en 2017 par l’Egypte sont une illustration du rôle de premier ordre des pays étrangers dans la crise qui secoue la Libye. Prenant le massacre de chrétiens coptes à Minya en Egypte comme prétexte, la dictature de Sissi soutenue par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne a bombardé Derna avec ses Rafale et F-16 à plusieurs reprises.

  • Disclose Libye : Haftar et le soutien des Rafale égyptiens – Disclose …A l’époque, la ville revêt un enjeu stratégique majeur pour le « Maréchal » Khalifa Haftar, en guerre contre le gouvernement d’union nationale (GNA) basé à Tripoli. Dans sa confrontation avec le GNA, reconnu par la communauté internationale, Haftar, à la tête de l’autoproclamé Armée nationale libyenne (ANL), bénéficie justement d’un allié de poids… l’Egypte. En 2015, déjà, l’aviation égyptienne avait frappé la ville de Derna.Pour mener son raid aérien, l’armée de l’air égyptienne envoie des chasseurs américain F-16. Mais aussi des Rafales made in France, comme le démontre l’enquête de Disclose et ses partenaires du projet French arms*. Dans la nuit du 26 au 27 mai, les F-16  décolle de la base aérienne de Cairo-West. Le lendemain, les autorités égyptiennes postent une vidéo de l’opération. Sur les images, on peut voir deux des 24 Rafale vendus en 2015 décoller de la base de Gebel El Basur. Difficle de déterminer leur rôle exact. Mais le fait qu’ils soient dotés de missiles air-air laisse à penser qu’ils ont été envoyés pour protéger les F-16. Selon les autorités égyptiennes, les trois jours de bombardement auraient uniquement ciblé Derna et ses alentours. Or, notre enquête révèle qu’ils ont également été menés sur une ville située à 700 km au sud ouest de Derna : Houn. Dans la vidéo diffusée par l’armée égyptienne apparaissent des images infrarouges enregistrées par un avion participant à l’opération. En le confrontant à des images satellites, nous sommes en mesure de démontrer que le raid a également frappé plusieurs quartiers de Houn. Une information confirmée par des articles de la presse locale :  le 29 mai, le journal Al-Wasat, par exemple, relate qu’un bombardement aérien a détruit un complexe administratif et coupé l’électricité à certains endroits de la ville. Plutôt qu’une opération antiterroriste, les Rafale ont manifestement servi à conduire une mission de soutien militaire au « Maréchal » Haftar. Contacté, le ministère des Armées et des Affaires étrangères n’ont pas répondu à nos questions. Au moment où ont lieu les bombardements, la ville de Houn est contrôlée par des milices locales et des groupes armés en conflit larvé avec l’ANL du « Maréchal ». Houn fait alors partie de ses principaux objectifs. Il finira par prendre le contrôle de la ville quelques semaines plus tard. Avec l’aide de l’Égypte, donc. Et avec le soutien discret de la France, qui n’a jamais condamné l’action de Haftar contre le gouvernement légitime en Libye. « Haftar a lutté contre le terrorisme à Benghazi et dans le sud de la Libye, et cela était dans notre intérêt, celui des pays du Sahel, celui des voisins de la Libye« , a déclaré Jean-Yves Le Drian en mai dernier, quelques semaines après le début d’une grande offensive militaire lancée sur Tripoli. Et le ministre des Affaires étrangères de conclure : « Je soutiens tout ce qui sert la sécurité des Français et des pays amis de la France« . A commencer par ceux qui lui achètent des armes. … Lire la suite
  • Du bruit pour rien ? Dessous et implications des raids égyptiens sur Derna (Middle East Eye)
    Des avions militaires égyptiens ont bel et bien procédé à des bombardements à Derna, le jour même de l’attaque de Minya. Mais la nature des cibles privilégiées par l’aviation égyptienne suscite des interrogations. Selon des témoins locaux, mis à part al-Fanar, quartier réputé pour concentrer en son sein les membres du Conseil de la Choura des moudjahidine de Derna (CSMD), l’aviation égyptienne ne s’en serait prise dans la ville de Derna qu’à des cibles sans valeur ajoutée stratégique : al-Dhahr al-Ahmar par exemple, quartier pourtant réputé n’accueillir ni résidence, ni édifice gouvernemental. Mais il est intéressant de voir comment, rapidement, c’est l’Armée nationale libyenne (ANL), placée sous le commandement de Khalifa Haftar, qui mettra en avant l’importance de son propre rôle dans la contribution à la défaite des « terroristes de Derna et au-delà », défaite supposée être favorisée par une coordination stratégique conjointe de la part des forces aériennes libyenne et égyptienne. Car de fait, l’ANL « de » Khalifa Haftar a vite pris le relais des bombardements opérés par l’Égypte, et l’Égypte n’a pas contredit officiellement les affirmations de l’ANL supposant leur coopération en commun. On pourrait cependant voir là aussi bien la preuve d’une coopération étroite implicite entre l’Égypte et l’ANL, qu’une indication de ce que l’Égypte aurait décidé de faire cavalier seul sur cette histoire…
  • MEE « Nous ne sommes pas des terroristes » : à Derna, l’Égypte pourchasse un ennemi imaginaire


L’Egypte est au côté du maréchal Haftar avec les 3 grandes puissances citées précédemment sans oublier la Russie. Tandis que Derna est une ville aux mains des autorités libyennes à l’Est.

  • MEE Libya: Haftar told Russians that Egypt agreed to brief Moscow on US activity (“Libye : Haftar a déclaré aux Russes que l’Egypte a accepté d’informer Moscou sur les activités des Etats-Unis”).
    Haftar, qui contrôle de vastes étendues de l’est de la Libye, a bénéficié d’un soutien important de la Russie, des Émirats arabes unis et de l’Égypte, ainsi que d’une couverture diplomatique de la France….


Il était clair que les bombardements successifs de Derna par l’Egypte visait à affaiblir le camp de l’Est combattu par la France, les Etats-Unis, la Russie et la Grande-Bretagne sans oublier les EAU, le Qatar.

Ces éléments éclairent les difficulté dans lesquelles les Libyens se débattent sans gouvernement centralisé et en proie à une guerre civile alimentée par les grandes puissances depuis la destruction du régime panafricain de Kadhafi. La catastrophe de Derna doit aussi prendre en compte ces éléments géopolitiques majeures qui impactent fortement la Libye et au-delà. Attention à ce que cette guerre ne se propage pas non plus au Sahel tout entier.

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