Cameroun/Tragédie du NOSO : Après Kamto, le Sénat américain tient le régime Biya responsable et accuse la France

Expliquant leur énième intervention par le fait que «La politique étrangère américaine doit être ancrée dans nos valeurs, y compris notre obligation de soutenir les droits de l’homme partout dans le monde », les sénateurs USA observent que « La situation au Cameroun a continué d’évoluer et le Sénat des États-Unis ne peut rester silencieux face aux graves violations des droits de l’homme»

La tragédie des régions anglophones camerounaises était au menu de la 116ème session du congrès américain le mardi 8 septembre à l’initiative d’un groupe de sénateurs  conduit par le président de la commission des relations extérieures du Sénat, Jim Risch, et Ben Cardin, membre éminent du sous-comité sur l’hémisphère occidental, la criminalité transnationale, la sécurité civile, la démocratie, les droits de l’homme et les problèmes mondiaux des femmes. Après d’intenses débats, les membres de la Chambre haute du parlement américains ont adopté des résolutions visant à obliger les parties en conflit à mettre fin à la folie meurtrière dont ils font montre dans les deux régions au grand détriment des populations civiles.

L’arsenal de mesures brandies par les autorités camerounaises pour convaincre de leur volonté d’éteindre l’immense brasier qu’elles ont allumé dans les régions anglophones depuis 2016 ne réussit plus à tromper personne. Même pas le fonds de reconstruction des deux régions présenté par les officiels camerounais comme la mesure d’apaisement à laquelle nul ne saurait résister, mais, que les anglophones considèrent sinon comme une provocation, du moins une façon de mettre la charrue devant les bœufs. Au même titre que le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration créé en novembre 2018, ou encore le “Grand Dialogue National” de 2019, qui n’ont tous servi à rien, les uns autant que les autres, du fait de l’insincérité notoire de leur auteur, à savoir le gouvernement camerounais.    

La preuve, au moment où plane sur le pays une menace de prise de la rue par les Camerounais à l’appel du leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) si les élections régionales devaient avoir lieu avant qu’il ait été trouvé au moins un début de solution à la guerre de sécession dans le NOSO, la Chambre haute du parlement américain effectue une sortie pour marquer son désarroi face à l’irresponsabilité des protagonistes de cette guerre particulièrement meurtrière qui a connu une escalade impitoyable ces deux derniers mois, donnant même  l’impression que c’était à qui brillerait le plus dans les exécutions les plus odieuses et les plus horripilantes des personnes.

A tout seigneur tout honneur, les Sénateurs USA pointent certes du doigt la coresponsabilité indéniable des groupes armés pro-séparatistes anglophones dans le drame des populations de ces deux régions camerounaises privées de toutes activités pouvant leur assurer subsistance ou assurer éducation  à leurs enfants, mais la cible des reproches reste le gouvernement dont on note qu’au fond, il ne fait rien pour que l’on en arrive à une situation de confiance pouvant émousser les ardeurs bellicistes des uns et des autres.

A cet effet, on peut voir dans la note injonctive ou exhortative du sénat américain (dont extrait ci-dessous) une véritable mise en accusation du gouvernement camerounais qui doit, pour une fois, faire amende honorable en se mettant à la recherche de la paix vraie, en sortant des sentiers battus du discours vain et irresponsable qui consiste à dire que «l’Etat ne baisse pas les armes face aux terroristes», alors que lesdits “terroristes”, plus réalistes, disent n’être prêts à baisser leurs armes que si l’Etat baisse les siennes.   

En attendant, des centaines de Camerounais continuent de mourir (de s’entretuer), indifféremment de leurs opinions et origines, dans le cadre de cette guerre déclenchée par le gouvernement qui postule, depuis le début, que le camp d’en face qu’il a façonné et radicalisé par sa pratique de l’injustice, doit lui faire purement et simplement allégeance. 

Une situation que le principal adversaire de Paul Biya à la présidentielle de 2018 dénonçait il y a quelques semaines après les assassinats par décollation et charcutage de certaines personnes dans les régions en crise, en affirmant que la faute revenait à ceux qui avaient déclenché la guerre et ne faisaient rien pour y trouver une solution définitive ou durable. Le même Maurice Kamto, puisqu’il s’agit de lui, est itérativement revenu sur la question, en conditionnant toute élection au Cameroun à la solution de ce problème, mais s’entend menacer de graves représailles par le ministre de l’Administration territoriale du régime, Atanga Nji, dont on connait le rôle sulfureux dans le pourrissement de la crise anglophone.

Une posture encouragée visiblement par la France, mentor incontestable et maître és stratégies des dirigeants camerounais, qui semble se complaire du bain de sang dans lequel se meut le pays d’Afrique centrale sous la houlette de Paul Biya, tant que les intérêts hexagonaux semblent intacts. D’où le désappointement des sénateurs américains qui, dans leur résolution, s’étonnent que la France, nonobstant «ses intérêts considérables au Cameroun … n’a pas suffisamment utilisé son influence pour endiguer les atrocités commises dans les régions anglophones ou soutenir une action internationale plus forte pour rechercher une résolution le conflit».

#ctaText??#  Au Cameroun, Régime Biya et partisans des manifestations du 22 septembre sur le pied de guerre

EXTRAITS DE LA RESOLUTION DU SÉNAT AMÉRICAIN

 
(1) Le Sénat Américain condamne fermement les abus commis par les forces de sécurité de l’État et les groupes armés dans les régions du NOSO, y compris les exécutions et détentions extrajudiciaires, le recours à la force contre les civils et les manifestants non violents, la torture, les viols, enlèvements et autres formes de violence contre les femmes et les violations des libertés presse et d’expression.

(2) Le Sénat exhorte toutes les parties au conflit en zone anglophone au Cameroun, y compris les partis politiques d’opposition:

(A) à-conclure et maintenir une cessez-le-feu;

(B) à garantir une action humanitaire sans entraves et assistance au NoSo.

(C) à faire preuve de retenue et s’assurer que les manifestations litigieuses sont pacifiques et sans violence;

(D) à établir un processus crédible pour un dialogue inclusif qui inclut tous les enjeux pertinents, y compris les acteurs de la société civile, pour atteindre une solution politique durable qui respecte les droits et libertés de tous les habitants du Cameroun;

(3) Le Sénat Américain affirme que le gouvernement des États-Unis continue de tenir le gouvernement du Cameroun à nouveau responsable de la protection de la sûreté, de la sécurité et droits constitutionnels de tous les citoyens, indépendamment de leur région d’origine ou les régions dans lesquelles ils résident, ou leurs croyances religieuses ou opinions politiques;

(4) Le Sénat exhorte le gouvernement du Cameroun à:

(A) initier une démarche crédible, inclusive et de bonne foi pour mettre fin au conflit armé dans les régions du Nord ouest et du sud-ouest du Cameroun et examiner les causes profondes de la crise et des tueries et opter pour des solutions non violentes pour résoudre le conflit, y compris l’implication d’un médiateur indépendant dans les négociations;

(5) Le Sénat envisage:

(A) d’imposer des sanctions ciblées sur les membres du gouvernement et les dirigeants séparatistes «Responsable d’exécutions extrajudiciaires, de torture, ou d’autres violations flagrantes des règles internationales «droits de l’homme reconnus» »;

(B) de presser le gouvernement du Cameroun de fournir un accès humanitaire sans entraves aux organisations de la société civile qui souhaitent se rendre dans le nord-ouest et le sud-ouest du Cameroun ;

(C) de soutenir les efforts crédibles visant à analyser les causes profondes du conflit et parvenir à la paix durable, à la réconciliation, à la relance économique et pour la lutte contre le coronavirus dans le nord-ouest et le sud-ouest du Cameroun.

(D) de soutenir les actions humanitaire et de développement, dans l’optique de faire avancer la résolution non-violente des conflits et la réconciliation, la promotion de la relance économique et le développement, la reprise des l’enseignements et le renforcement du processus de démocratie, y compris la décentralisation politique, consacré comme principe fondamental de l’État actuel à travers la Constitution du Cameroun;

(E) de continuer à limiter l’assistance en matière de sécurité au Cameroun et veiller à ce que les équipements ne soient pas utilisés pour les violations des droits humains dans le Nord-Ouest et sud-ouest du pays.

(F) de prioriser les efforts pour aider à développer et maintenir une surveillance civile efficace et professionnelle des services d’application de la loi et de sécurité Cameroun pour s’assurer qu’ils sont tenus responsables des éventuels abus;

(G) s’engager dans un effort continu pour assurer que la crise dans les régions anglophones est disjuré dans les forums internationaux, y compris le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui se concentre sur engagement diplomatique international.

(6) Le Sénat Américain exhorte les membres de la communauté internationale.

(A) à se joindre à un effort collectif stratégique pour faire pression sur le gouvernement du Cameroun et les groupes armés séparatistes, notamment par l’utilisation des outils diplomatiques et punitifs disponibles, pour conclure et maintenir un cessez-le-feu immédiat, et participer à un dialogue inclusif et significatif pour s’attaquer aux causes profondes du conflit et griefs en suspens, et rechercher une solution non violente au conflit, y compris en faire appel à un médiateur indépendant et crédible.

(B) à fournir une aide humanitaire et de développement, y compris pour lutter contre le coronavirus, pour les communautés infectées par la crise du Nord-Ouest et du Sud du Cameroun;

(C) à tirer parti des relations bilatérales pour encourager des partenaires clés du Cameroun, en particulier France, pour contribuer à une résolution pacifique de la crise du nord-ouest et du sud-ouest du Cameroun et mettre en œuvre le programme convenu pour traiter les griefs et les marginalisation;

(D) d’utiliser les forums régionaux et internationaux, y compris l’Union africaine, la communauté des États d’Afrique centrale, et la Conseil de sécurité des Nations Unies pour discuter de la crise en cours dans le nord-ouest et le sud-ouest du Cameroun et faire pression pour l’arrêt de violence, une résolution rapide, la mise en œuvre d’un programme convenu d’un commun accord pour s’attaquer aux causes profondes et l’enquête et les poursuites des violations des droits de l’homme et des crimes opposés aux civils.

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