“A toi cher Dakolle Daissala” : Albert Dzongang réexplique comment Kodock et Bello Bouba poussèrent Dakole Daissala à s’allier à Biya en 1992

Cela ressemble à un dédouanement en règle d’un fervent allié du régime Biya que de nombreux Camerounais considèrent comme l’un des fossoyeurs de leurs aspirations pour ce changement politique pacifique qui aurait pu se réaliser il y a trente ans, mais qui est rendu quasiment impossible au jour d’aujourd’hui, à l’allure où vont les choses.

De la part de monsieur Albert Dzongang,  un des Conseillers du leader du MRC, la véritable alternative de l’heure au régime “indéboulonnable”(?) en place depuis 1982, une telle démarche, devenue répétitive, peut bouleverser plus d’un. Qui plus est pour quelqu’un qui à l’époque des faits relatés dans son hommage au défunt était de l’autre bord, et que certains commentateurs ont présenté à tort ou à raison comme un  nostalgique de l’époque où il évoluait dans les rangs de ses adversaires d’aujourd’hui.

Il n’en demeure pas moins que la sortie, visiblement très sincère de l’ancien parlementaire RDPC, pourfendeur attitré de ce parti et de son chef depuis pratiquement 25 ans a le respectable mérite d’éclairer d’un nouveau jour le mystère relatif aux motivations du retournement de veste en 1992 du leader du MDR qui, sorti de prison grâce à la pression d’un peuple avide de liberté et de démocratie, opta de lui tourner le dos pour rejoindre le régime qui l’avait emprisonné et qui continuait d’emprisonner ledit peuple.

A la lumière de la révélation de Albert Dzongang dans la lettre ouverte-hommage qu’il adresse à la mémoire de son ancien collègue parlementaire Dakole Daissala, sur la volonté de celui-ci de court-circuiter ceux qui voulaient le devancer dans la mangeoire, on peut toutefois se demander pourquoi Dakole, personnage volubile, parfois d’une franchise volcanique, en tout cas de ces hommes francs et  épidermiques dont on dit trivialement que « la bouche ne porte pas de caleçon » n’a jamais révélé ce secret lui-même, alors que l’opposition en particulier et l’opinion publique en général le désignaient à la vindicte de l’histoire comme l’un des « fieffés traîtres » à la cause des Camerounais luttant pour leur liberté ?

En attendant de ne jamais avoir de réponse à cette question l’ancien ministre Dakolé Daissala étant décédé depuis le 9 août dernier à 79 ans, après avoir vécu “jouissivement”  une trentaine d’années sous –ou plutôt dans-  les ors de la République (ministre d’Etat des PTT de 1992 à 1997 et ministre des Transports de 2004 à 2007 soit pendant un total de huit ans ; député de 1997 à 2002 et Sénateur de 2013 à sa disparition il y a environ trois mois, soit 22 ans de pur bonheur effectif sur les 31 années écoulées de sa sortie de prison son décès), nous donnons à lire aux visiteurs de Cameroonvoice la lettre sur fond de restitution d’une vérité historique de l’Honorable Albert Dzongang.         

« A TOI CHER DAKOLLE DAISSALA

Je me souviens des années où tu officiais comme Directeur Général de la SOTUC, et nos virées nocturnes pleines de gaieté.
 
Je me souviens aussi de cette période noire, que tu as passée dans les geôles du Renouveau et des tristes souvenirs des souffrances que tu en as gardé. Tu n’as cessé de dire que tu as été mêlé à une affaire dont tu étais étranger.
 
Je me souviens de ta joie d’avoir retrouvé ta liberté, quoi que moins exubérant, et plus allié à cet ami qui ne te quittait plus, l’alcool. Je voudrai parler d’un épisode de ta vie, celui qui t’a vu en 1992 élu avec cinq autres membres de ton parti, Député à l’Assemblée Nationale du Cameroun, en même temps que moi.
 
Lors de nos rencontres, alors que, le RDPC mon parti d’alors cherchait comment se sortir du piège de l’opposition, après son échec aux législatives. Tu m’as dit : « Dzongang, quand tu vas manger avec ton ami Paul Biya, dis lui qu’au Nord, il n’y a pas que des moutons, il y a quelques boucs, et j’en fais partie. Votre connerie est terminée et le Cameroun va être libéré ».
 
Mon parti avait fait démissionner les cinq Députés UNDP des Bamboutos, ignorant que la loi électorale prévoyait que les Suppléants viendraient remplacer les démissionnaires, un véritable fiasco, mené par le très regretté TCHOUTA MOUSSA, à coup des millions, pensant ainsi régler le problème de la minorité du parti au pouvoir à l’Assemblée Nationale.
 
Tu le disais, fort de ce que, ce qui s’appelait opposition à l’époque (UNDP, UPC et MDR) avait la majorité absolue et pouvait prendre les rênes du pouvoir législatif et imposer des changements au gouvernement. Il est vrai que dans notre camp, c’était la grande déception et nous attendions seulement qui de vous allait devenir Président de l’Assemblée Nationale et avec quelle conséquence sur la gouvernance du pays.
 
Tu étais loin, dans ta naïveté et ton envie d’en découdre avec tes bourreaux d’hier, de penser que l’UPC et l’UNDP avaient les mêmes objectifs que toi. Nous aussi au RDPC avons été agréablement surpris de voir ces opposants nous approcher pour négocier des postes, c’était le monde à l’envers. Celui qui au vu des résultats était le gagnant, demandait des faveurs au battu. Comme l’un et l’autre se montraient gourmands, exigeants le poste de Premier Ministre ou tout autre avantage hors norme, le pouvoir t’a approché et t’a fait écouter certains échanges entre tes collègues de l’opposition et le RDPC.
 
Tu t’es senti trahi, lâché et tu as décidé de leur couper l’herbe sous le pied, en concluant un accord avec le pouvoir pour lui permettre d’avoir une majorité à l’Assemblée Nationale, passant de 98/180 à 104/180 Députés. L’UNDP et l’UPC n’ont eu que leurs yeux pour pleurer, et ont négocié fort, au rabais cette fois-ci pour entrer au gouvernement.
 
Lors des accords, le RDPC a pris des dispositions pour régionaliser ces partis. Ainsi une clause voulait que les postes ministériels accordés à l’un et l’autre leader soient tous de leurs régions d’origine respectives. Nordistes pour l’UNDP, Bassa en gros pour l’UPC de KODOCK.
 
L’opinion a cru que le traitre de l’opposition ayant roulé le peuple, était toi. Je tiens, aujourd’hui que tu n’es plus là pour te défendre, à rendre ce témoignage pour ton honneur et le repos de ton âme.
 
Je ne saurais terminer sans relever ta lutte permanente pour un Cameroun dépourvu du tribalisme. Tu ne cessais de nous rappeler que ton fils s’appelle Toupourbami (Toupouri Bamileké), montrant ainsi ta vision d’un Cameroun uni et solidaire.
 
L’histoire de notre pays te réservera la place que tu mérites. J’espère que d’autres boucs naîtront dans ta région, pour y impulser un développement et un éveil de conscience. C’est indispensable pour le devenir de ce beau pays que tu as aimé à ta manière.
 
Vas cher combattant
Ecce Homo
Requiescat in pace !
Albert Dzongang
»

 

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