Polémique autour de la Chinafrique : Accusée de toutes parts la Chine contre-attaque (The Africa Report)

 Le commerce est-il toujours dynamique, en forte baisse ou totalement insignifiant ? A l’heure où l’inflation mondiale atteint de nouveaux sommets et où les équilibres géopolitiques se reconfigurent, retour sur les relations sino-africaines et les enjeux qui sous-tendent les partenariats entre le continent et le géant asiatique.

L’offensive de Pékin sur le continent aurait considérablement ralenti ces derniers mois. La Chine, elle-même secouée par la pandémie de Covid, s’est montrée inhabituellement réservée en Afrique. Et la critique (de l’Occident, menée par les États-Unis) des “prêts massifs” de Pékin à certains pays africains, qui conduisent à un surendettement, a monopolisé le débat sur les relations sino-africaines.

Cependant, ce n’est pas le cas. C’est du moins ce que tentent de montrer les autorités chinoises à travers leur médiatisation et leurs initiatives accrues ces dernières semaines. Accusée de ne pas adhérer au cadre commun du G20 pour restructurer la dette des pays en difficulté, la Chine a annoncé fin août qu’elle annulerait 23 prêts accordés à 17 pays africains et son intention de rediriger l’équivalent de 10 milliards de dollars de son budget spécial Droits de tirage (DTS) à l’Afrique par le biais du FMI. “Ceux qui accusent Pékin de piéger l’Afrique avec sa dette ont maintenant un défi : eux aussi peuvent renoncer à des montants équivalents et libérer leurs DTS [au continent]”, a déclaré l’économiste bissau-guinéen Carlos Lopes sur les réseaux sociaux.

Mais Thierry Pairault, sinologue, socio-économiste et directeur de recherche émérite (CNRS/EHESS), y voit une démarche politique qui ne coûte rien à la Chine, représentant au mieux 1% de la dette africaine envers Pékin, et dont l’impact économique est presque nul pour l’Afrique.

Alhassane Diop, spécialiste sénégalais de la Chine-Afrique, n’est pas d’accord : “C’est un geste fort, une manière de montrer le soutien continu de Pékin à l’Afrique”.

Des relations de haut niveau

Quelques jours plus tôt, l’Empire du Milieu communiquait les derniers chiffres de son commerce avec le continent, démontrant que les relations commerciales entre les deux parties se portent bien.

En effet, selon les données des douanes chinoises, le commerce entre la Chine et l’Afrique a atteint une valeur de 137,4 milliards de dollars au cours du premier semestre 2022, ce qui représente une augmentation de 16,6 % par rapport à la même période en 2021. Dans le détail, entre le 1er janvier et le 30 juin, les importations chinoises en provenance du continent ont augmenté de 19,1% par rapport au premier semestre de l’année dernière, atteignant 60,6 milliards de dollars. Les exportations de la Chine vers l’Afrique se sont élevées à 76,8 milliards de dollars (+14,7%). Ces statistiques confirment une tendance déjà observée au premier trimestre, au cours duquel la valeur des échanges entre le géant asiatique et le continent était près de huit fois supérieure à celle des échanges entre les États-Unis et l’Afrique, et 15 fois supérieure dans le cas de la France. Bien que le second semestre de l’année en cours s’annonce moins dynamique, en raison notamment des perturbations majeures causées par la politique « Zéro Covid » qui a conduit à la fermeture de certains ports chinois et au confinement de plusieurs provinces, le gouvernement chinois se montre optimiste.

Pékin mise sur le renforcement des liens avec ses principaux partenaires africains : l’Afrique du Sud (54 Md$ d’échanges en 2021), le Nigeria (26 Md$), l’Angola (23 Md$) et l’Égypte (19 Md$).

Commerce négligeable ou co-dépendance fructueuse ?

Pairault n’est pas convaincu de l’importance de cette relation commerciale. Selon l’expert français, les échanges économiques entre la Chine et le continent restent “négligeables”. « L’Afrique n’existe pas économiquement parlant pour la Chine, elle représente à peine 3 % de son commerce. L’Europe et l’Asie représentent chacune 18 % et les États-Unis 10 % », nous a-t-il dit. Il a ajouté : « L’Afrique est celle qui a le plus intérêt à voir son partenariat avec la Chine s’intensifier. Pas l’inverse. »

Diop ne partage pas cet avis : « Il faut bien comprendre que la Chine et l’Afrique sont dans une relation de co-dépendance qui ne cesse de croître. La Chine est le premier fournisseur de produits finis du continent, l’Afrique est donc un marché majeur pour la vente de ces produits, ainsi qu’un réservoir de matières premières. De plus en plus de champs agricoles africains sont exploités par les Chinois, qui exportent leurs récoltes. Cette façon de faire doit changer pour permettre à l’Afrique d’accéder à l’autosuffisance. »

 Par ailleurs, afin de dynamiser ses échanges avec le continent, Pékin mise de plus en plus sur la coopération agricole. Lors du forum Chine-Afrique de Dakar en novembre 2021, le président chinois Xi Jinping a annoncé son intention d’ouvrir des « couloirs verts » pour les exportations agricoles africaines. L’objectif est ici de faciliter l’accès des produits frais africains au vaste marché chinois. Jusque-là, seuls les produits surgelés étaient autorisés, ce qui pénalisait de nombreux exportateurs africains.  Récemment, la Chine a autorisé l’importation d’avocats frais du Kenya, d’agrumes du Zimbabwe, de graines de soja de Tanzanie, de bœuf de Namibie et du Botswana et de fruits d’Afrique du Sud.

#ctaText??#  L'Afrique paie le prix de la pêche illégale

La Chine, l’Europe, les États-Unis – qui aide le plus l’Afrique ?

Illustration du rattrapage commercial chinois en Afrique par rapport aux États-Unis dans les années 2000. Source image : les-yeux-du-monde.fr

 Au total, 10 projets sont déjà prévus, 500 experts agricoles chinois seront déployés en Afrique et 10 milliards de dollars de crédits commerciaux seront mis à disposition. Et, comme l’a souligné le porte-parole du ministre des Affaires étrangères Wang Wenbin lors d’une conférence le 16 août, « depuis le Sommet sur la coopération sino-africaine de 2018, 25 produits agricoles et alimentaires de 14 pays africains, dont l’Afrique du Sud, le Kenya, le Bénin et l’Égypte, ont été autorisé à entrer en Chine ». L’Empire du Milieu est devenu le deuxième importateur de produits agricoles africains, avec une augmentation annuelle moyenne des flux commerciaux de 11,4 % au cours des 10 dernières années. “Nous sommes convaincus qu’avec les efforts conjoints des deux parties, le commerce agroalimentaire sino-africain prospérera et apportera plus d’avantages aux peuples chinois et africain”, a-t-il ajouté.

« … Il ne faut pas oublier, par ailleurs, qu’aujourd’hui le sentiment anti-français est de plus en plus fort en Afrique. Et que la stratégie américaine, bien qu’elle soit plus efficace que celle de l’Europe, n’est pas à la hauteur de la Chine. »

 Mais, selon Pairault, « les expériences agricoles que la Chine a menées en Afrique n’ont pas donné de résultats probants […]. En comparaison, la France, à travers son organisme de recherche agronomique et de coopération internationale (CIRAD), a plus de liens avec l’Afrique à cet égard ».

 Le Sénégalais Diop préfère analyser cette coopération agricole sous un autre prisme : « De plus en plus de champs agricoles africains sont exploités par les Chinois, qui exportent leurs récoltes. Cette façon de faire doit changer, pour permettre à l’Afrique d’atteindre l’autosuffisance. Diop estime aussi désormais que l’Europe a d’autres urgences internes (à cause de la guerre en Ukraine), ce qui signifie que la Chine a moins de concurrence et donc plus de marge de manœuvre sur le continent ». Il ajoute : « Il ne faut pas oublier, par ailleurs, qu’aujourd’hui le sentiment anti-français est de plus en plus fort en Afrique. Et que la stratégie américaine, bien qu’elle soit plus efficace que celle de l’Europe, n’est pas à la hauteur de la Chine. »

Source : The Africa Report (traduction Cameroonvoice)

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